Le diable de Jersey, la terrifiante créature légendaire qui hante les forêts du New Jersey

Nombreuses sont les théories concernant les origines du monstre démoniaque qui hanterait les vastes forêts du New Jersey depuis près de 300 ans. Mais d'où vient vraiment cette légende urbaine qui a terrifié tant de personnes au fil des siècles ?

De Amy Briggs
Publication 11 nov. 2022, 10:45 CET
Wings and claws

Cette illustration de 1697, tirée du Physica Curiosa de Gaspar Schott, représente un monstre ressemblant au diable de Jersey.

PHOTOGRAPHIE DE Album, AKG, Liszt Collection

Le New Jersey est un État où il fait bon vivre. Situé entre New York et Philadelphie, c’est l’État le plus densément peuplé des États-Unis, avec plus de 450 personnes par kilomètre carré. Bien que réputé pour ses banlieues, le New Jersey est doté d’une vaste étendue de nature : les Pine Barrens. Également connue sous le nom de Pinelands, cette immense zone forestière couvre plus de 445 000 hectares, soit 22 % de la superficie totale de l’État.

Le sol sablonneux, les forêts denses et les cours d’eau cristalline des Pine Barrens sont en grande partie inexploités… mais ils abritent une entité monstrueuse : le diable de Jersey. Cette créature aux ailes géantes de chauve-souris, à la tête de cheval, aux yeux rouges et aux griffes acérées, hante les landes et effraie les habitants de la région depuis près de 300 ans.

 

ORIGINES D’UN MONSTRE

Selon la légende, c’est lors d’une nuit sombre et orageuse de 1735 que le diable de Jersey fut mis au monde par une femme connue sous le nom de mère Leeds. Cette dernière vivait avec sa famille à Leeds Point, une petite ville située sur la côte sud-est du New Jersey. Enceinte pour la treizième fois, elle vécut un accouchement long et douloureux et, dans son agonie, s’écria : « Que celui-ci soit un démon ! ». À sa naissance, le bébé semblait être en parfaite santé… jusqu’à ce qu’une queue et des ailes apparaissent sur son petit corps. L’enfant poussa alors un cri à glacer le sang, puis s’envola par la cheminée pour rejoindre les ténèbres de la nuit.

(À lire : Cornes, sabots et damnation : la représentation du Diable au Moyen Âge.)

Le folklore du New Jersey propose plusieurs versions de l’origine de ce monstre. Dans l’une d’elles, la mère Leeds est une sorcière qui a eu des rapports sexuels avec le diable. Dans une autre, le monstre est le fruit d’une union maudite entre une fille de la région et un soldat britannique pendant la guerre d’indépendance des États-Unis. Les Lenapes, peuple natif du sud du New Jersey, vénéraient également un dieu de la forêt, baptisé M’sing et décrit comme une créature ressemblant à un cerf avec des ailes de chauve-souris. Il est possible que les colons européens de la région aient appris l’existence de ce dieu et aient transposé le récit dans leur mythe sur le diable de Jersey, également connu sous le nom de Leeds Devil, le diable de Leeds.

Les vastes étendues de forêt protégée des Pine Barrens sont très appréciées des randonneurs et des campeurs, qui doivent braver les histoires du diable de Jersey pour profiter de cette merveille de nature.

PHOTOGRAPHIE DE Skip Brown, National Geographic

 

À LA RECHERCHE DE LA MÈRE LEEDS

Ces récits représentent pour les historiens un mystère fascinant à résoudre : celui des véritables origines du diable de Jersey. Brian Regal et Frank Esposito, deux professeurs de l’université Kean, ont établi un lien entre la légende et Daniel Leeds, un colon anglais du 17e siècle. Né vers 1652 dans la ville anglaise de Leeds, de parents membres de la Société religieuse des Amis (surnommés quakers), Daniel Leeds aurait choisi de prendre part à leur foi à l’âge adulte avant de s’installer dans le New Jersey vers 1677. Il s’installa à Burlington avec sa famille, au sein d’une communauté dynamique de quakers.

Entre autres activités, Leeds travailla comme arpenteur, et acheta des terres sur la côte atlantique sud du New Jersey dans les années 1690. Ce terrain devint le siège de la famille, et fut connu sous le nom de Leeds Point. Il commença également à publier des écrits, en commençant par un almanach qui présentait des symboles astrologiques ainsi que les mouvements des corps célestes. Cet almanach et ses publications ultérieures lui valurent la colère des quakers, qui finirent par le qualifier de « maléfique » et de « messager de Satan ». Selon Regal et Esposito, ce serait en raison de la réputation impie de Leeds que son nom fut associé avec des forces monstrueuses et surnaturelles.

Les chercheurs ne sont pas parvenus à déterminer la véritable identité de la mère Leeds. Daniel Leeds se maria à quatre reprises : sa première femme, Mary, avec qui il eut plusieurs enfants, mourut avant qu’il ne quitte l’Angleterre. Sa troisième épouse, Dorothy Young, pourrait bien être la véritable mère Leeds, lui ayant donné huit enfants avant sa mort en 1699. Cependant, aucune source du 17e siècle ne fait référence ni à Dorothy, ni à aucune autre épouse du quaker, sous le nom de « mère Leeds » ; il est donc peu probable que l’une d’elles soit la mère maudite citée dans la légende.

 

TÉMOIGNAGES EN SÉRIE

Les conflits de Daniel Leeds avec la religion semèrent les graines qui donnèrent naissance à la légende du diable de Leeds. Les récits du monstre continuèrent à hanter la région, circulant comme des histoires de fantômes ou des avertissements sur les dangers qui rôdent dans les forêts. Durant les 17e et 18e siècles, la légende était bien ancrée dans la région.

C’est au début du 19e siècle que le diable de Jersey commença à se faire connaître auprès d’un public plus large. L’officier de la marine américaine Stephen Decatur se serait retrouvé face au diable de Leeds dans sa fonderie dans les Pine Barrens ; l’ex-roi d’Espagne, Joseph Bonaparte, prétendit également avoir rencontré la terrifiante créature sur son domaine de Point Breeze, dans le New Jersey. Des historiens tentèrent de retrouver la source originale de ces récits dans les documents de Decatur et de Bonaparte, mais ne trouvèrent aucune preuve. Une série d’attaques sur du bétail en 1840 fut également attribuée au monstre : la première mention imprimée du diable de Leeds remonte à un article sur les Pine Barrens publié dans l’Atlantic Monthly en 1859. L’auteur ne voyait pas d’un bon œil les habitants de la région et leur légende, mais notait que « des petits enfants [avaient] été mangés et des servantes maltraitées » par le monstre.

L’intérêt pour le diable de Jersey explosa à la fin du 19e et au début du 20e siècle, lorsque des témoignages commencèrent à figurer dans les journaux. Dans un article publié en 1893 dans le New York Sun, un ingénieur du chemin de fer Erie Railroad affirmait que le monstre avait attaqué son train. En 1905, le Trenton Times rapporta que le diable de Leeds était né à Bordentown, mais le monstre en question ressemblait davantage à un singe ou à un chimpanzé.

(À lire : Frankenstein, la naissance d’un mythe.)

Au début du mois de janvier 1909, les journaux de Philadelphie donnèrent beaucoup d’importance au diable de Jersey et aux rumeurs selon lesquelles d’étranges empreintes de pas décoraient le sol des Pine Barrens. Certains récits détaillaient les attaques de tramways et de clubs par une créature décrite comme un « kangourou ailé » aux yeux rouges. Les articles des médias terrifièrent le public, et les autorités locales instaurèrent des couvre-feux et formèrent des groupes de chasseurs.

Un homme de Philadelphie prétendit avoir capturé le diable de Jersey et l’exposa au Ninth and Arch Street Dime Museum de Philadelphie. Les foules se pressèrent pour voir la bête, qui s’avéra être un kangourou peint et portant de fausses ailes. Le canular ne tarda pas à être découvert, le New York Times le révélant au grand jour à la fin du mois de janvier 1909. La folie collective se calma, mais la légende resta bien présente : de nouveaux témoignages continuèrent à être rapportés tout au long du 20e siècle, à une fréquence certes moins élevée qu’en 1909.

Le Jersey Devil Coaster se trouve au Six Flags Great Adventure à Jackson, dans le New Jersey. Cette attraction atteint une vitesse de 93 km par heure.

PHOTOGRAPHIE DE Thomas P. Costello, Asbury Park Press, Imagn Content Services, LLC

Les spécialistes du folklore continuèrent à exploiter les histoires du diable de Jersey, renforçant la présence de bête dans l’imaginaire des habitants de la région, à tel point que des montagnes russes et une équipe de la Ligue nationale de hockey, les Jersey Devils, furent nommées en son honneur. Le monstre devint un véritable symbole de fierté pour le New Jersey et, aujourd’hui, les visiteurs peuvent se rendre sur les lieux associés à la légende locale dans les forêts tranquilles, et parfois inquiétantes, des Pine Barrens.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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