Quand les objets du quotidien lèvent le voile sur la Rome antique

Sandales, masques et autres artefacts archéologiques nous offrent une fenêtre intime sur le quotidien des citoyens durant l'ascension, l'apogée et la chute de l'Empire romain.

De Editors of National Geographic
Publication 18 nov. 2022, 19:03 CET
La gravure de ce scarabée datant du 2e ou 3e siècle avant notre ère représente une scène de ...

La gravure de ce scarabée datant du 2e ou 3e siècle avant notre ère représente une scène de la mythologie classique : Prométhée, créateur de l'humanité, attachant un bras sur un squelette. D'après la légende, Prométhée aurait façonné l'homme à partir d'argile et aurait défié les Dieux en volant le feu pour l'offrir à l'humanité.

PHOTOGRAPHIE DE Image courtesy of the Trustees of The British Museum

Les citoyens de la Rome antique ont laissé derrière eux de formidables ruines témoignant de leurs talents dans les domaines de l'ingénierie et de l'architecture, dont le Colisée est l'illustration parfaite. Outre ces œuvres colossales, les archéologues ont également découvert de petits objets du quotidien qui en disent long sur la vie menée par les Romains il y a plus de 2 700 ans, de la manière dont ils vénéraient leurs Dieux à la façon dont ils dépensaient leur argent, sans oublier leurs banquets légendaires. Gravures de scarabées, sandales de soldats en cuir ou bols finement décorés, explorez la Rome antique à travers une sélection de ces trouvailles fascinantes.

(À lire : Le mur d’Hadrien, frontière de l’Empire romain, fête ses 1 900 ans.)

 

ROME, SES DIEUX ET SES DÉESSES

Les Romains étaient majoritairement polythéistes et la plupart de leurs divinités étaient inspirées de la mythologie grecque. Pour les citoyens de Rome, la vie quotidienne était façonnée par ce panthéon qui comptait plus de 60 divinités et une multitude de demi-dieux. La triade capitoline rassemblait les trois principaux êtres divins : Jupiter, dieu de la terre et du ciel qui supervisait tous les aspects de la vie ; Junon, reine parmi les Dieux et plus particulièrement associée à la vie des femmes ; et Minerve, déesse de la sagesse. À mesure que l'Empire gagnait en puissance et en territoire, les Romains ajoutaient des Dieux et des déesses issus de diverses cultures, comme Isis d'Égypte ou Mithras de Perse.

Les archéologues ont découvert d'innombrables artefacts à l'effigie des divinités romaines qui ont permis de mettre en lumière ce monde céleste.

ROME, SES ARTISTES ET SES ARTISANS

Les artistes romains sont reconnus pour leurs imposantes sculptures en marbre, nécessitant un talent et une expertise hors du commun. L'une des œuvres les plus célèbres est la colonne Trajane de Rome qui arbore une frise en spirale. Cette imposante frise commémore les batailles de la Dacie après la conquête de ce territoire, qui coïncide avec l'actuelle Roumanie, au cours des campagnes menées par l'empereur Trajan entre 101 et 106 de notre ère. Cependant, les artisans romains maîtrisaient également la création d'objets du quotidien raffinés à travers lesquels ils pouvaient démontrer tout leur talent, comme les bijoux ou les instruments de musique.

La plupart des artisans romains vivaient à Rome dans les quartiers réservés à la classe ouvrière, le long de la partie sud du Tibre. De nos jours, il émane encore du Trastevere le parfum d'un quartier dédié à l'artisanat, où les souffleurs de verre, les cordonniers et les sculpteurs de marbre exerçaient autrefois leur métier.

Les Romains étaient particulièrement doués avec l'or, l'argent et le travail d'autres métaux, notamment grâce à l'influence de leurs prédécesseurs grecs et étrusques. Au fil des siècles, le savoir se transmettait de père en fils, ou de maître à élève.

Les archéologues ont découvert de nombreux objets d'artisanat qui nous offrent un aperçu de la vie quotidienne dans l'Empire romain.

(À lire : Les combats de gladiateurs, des spectacles sanglants et mis en scène.)

ROME ET SON ARMÉE 

L'un des secrets de la construction de l'Empire romain réside dans la puissance de son armée, une force nécessaire pour conquérir de nouveaux territoires tout en assurant paix et prospérité. Selon la tradition, seuls les propriétaires pouvaient servir dans l'armée. Cependant, avec la diminution du nombre de propriétaires et l'augmentation du nombre de mercenaires employés par l'armée dans ses unités auxiliaires, le pouvoir impérial décida de créer une armée professionnelle avec la citoyenneté romaine pour seul critère de recrutement. Bien décidés à réclamer leur part du butin des conquêtes, les citoyens les plus pauvres n'ont pas hésité à rejoindre les rangs.

L'armée romaine favorisait également l'assimilation culturelle. En servant dans l'armée, les résidents des territoires conquis pouvaient devenir des citoyens romains, avec tout ce que cela implique de privilèges, notamment le droit à la propriété, au mariage, le droit de vote et même celui d'occuper un poste au sein du gouvernement. Néanmoins, avant de prétendre au statut de citoyen, un soldat devait au préalable servir vingt-cinq ans dans l'armée.

De nombreux artefacts mis au jour par les archéologues nous donnent une idée de la vie des soldats sous l'Empire romain.

(À lire : Comment les guerres et les trahisons ont fait passer Rome de la république à l'empire.)

ROME ET SA MONNAIE

Les Romains n'ont pas inventé l'utilisation de la monnaie, les Grecs s'en servaient déjà depuis des siècles, mais ils en ont fait un art. Au départ, les pièces étaient frappées sur du bronze, puis avec l'expansion de l'Empire, l'argent et l'or amassés lors des campagnes militaires sont devenus la base du système monétaire. Les dénominations et les valeurs ont évolué au fil des siècles, avec certaines exceptions comme le sesterce et le denier qui figurent parmi les pièces les plus célèbres de l'histoire.

(À lire : À Pompéi, de nouveaux indices ensevelis sous les cendres.)

Malheureusement, c'est également la monnaie qui a causé la perte de Rome. Au 2e siècle, les Romains ont vécu une série de désastres économiques, parmi lesquels la peste antonine de l'an 165, la hausse des dépenses militaires pour protéger la frontière septentrionale de l'envahisseur germain, ou encore les guerres civiles et l'agitation sociale. À l'heure où le pouvoir impérial frappe plusieurs millions de pièces pour couvrir les dépenses, Septime Sévère (193 - 211) décide de réduire la quantité d'argent composant chaque denier, une décision qui ébranlera la confiance publique envers la monnaie romaine et alimentera l'inflation. La situation aboutira à la crise du 3e siècle (235 - 284), cinquante années durant lesquelles vont se succéder plus de vingt empereurs. L'inflation aura raison des richesses de 99 % de la société, déclenchant de multiples émeutes et guerres civiles. La solution de l'empereur Dioclétien sera de diviser cet empire aux abois, et l'Empire romain ne sera plus jamais le même.

Les archéologues ont mis au jour une multitude de pièces différentes retraçant l'ascension et la chute de l'Empire.

(À lire : La mort de César, un meurtre fondateur.)

ROME ET SA GASTRONOMIE

En véritables gastronomes, les Romains savaient exploiter l'ensemble des ingrédients disponibles sur leur territoire pour confectionner des plats raffinés. L'assaisonnement, le vin, le pain et les pâtisseries n'avaient plus aucun secret pour eux. Parmi leurs ingrédients de prédilection figuraient les pois chiches, le poulet ou les oursins qu'ils rehaussaient de miel, de cumin, de sel ou de poivre. Le mets le plus prisé d'entre tous n'était autre que le garum, une sauce à base de poisson fermenté qui agrémentait aussi bien le gruau que les desserts.

Et comment ne pas évoquer les célèbres banquets auxquels l'élite romaine s'adonnait durant des heures ? À table, les huîtres, le homard, le lapin, le sanglier et une avalanche de mets luxueux côtoyaient des spécialités truculentes tels que le ragoût de langue de perroquet ou le loir farci. Hédonistes parmi les hédonistes, les Romains les plus fortunés se délectaient de ces plats allongés sur des chaises longues afin de réduire la sensation de ballonnement. Ils mangeaient jusqu'à s'en faire vomir pour mieux manger encore.

Grâce aux découvertes des archéologues, nous pouvons encore goûter à l'art de la table romaine près de deux mille ans plus tard.

(À lire : Cinq sociétés secrètes qui ont changé le monde.)

Des extraits de cet article apparaissent dans l'Atlas du monde romain. Copyright © 2020 National Geographic Partners, LLC.
Pour en savoir plus, explorez l'Atlas du monde romain, disponible en librairie.

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