Comment les guerres et les trahisons ont fait passer Rome de la république à l'empire

Il y a 2 000 ans, des figures telles que Jules César, Marc Antoine, Cléopâtre et Auguste se battirent pour le pouvoir à Rome : un récit de guerres et de trahisons qui transforma une république bien établie en un empire qui marqua l'Histoire.

De Editors of National Geographic
Publication 25 août 2022, 17:31 CEST
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L'assassinat de Jules César est représenté dans ce tableau.

PHOTOGRAPHIE DE GL Archive, Alamy Stock Photo

Tout commença avec la République romaine, établie en 501 avant notre ère, un modèle de gouvernement dont les nations d’Europe et les États-Unis s’inspirèrent des siècles plus tard. L’impeachment, le jugement par jury, le checks and balances et l’élection par les citoyens de représentants chargés de gouverner en leur nom, sont autant de concepts provenant du droit romain. Pour comprendre comment cet idéal de démocratie se transforma en un empire dirigé par des dictateurs qui ouvra la voie au premier empereur romain, il faut comprendre qui précéda cette transition : Jules César.

(À lire : Veni, vidi, vici : comment Rome célébrait ses victoires.)

 

L’ARRIVÉE DE CÉSAR AU POUVOIR

Général et homme politique romain rusé et ambitieux qui gravit rapidement les échelons de la République, Caius Iulius Caesar avait pour objectif de devenir l’un des deux consuls du Sénat romain, un rôle similaire à celui d’un président. Pour se faire élire, il forma le premier triumvirat, une alliance avec Marcus Licinius Crassus, l’homme le plus riche de Rome, et Pompée, le grand général de Rome. Cette alliance, scellée par le mariage de la fille de César, Julia, avec Pompée, porta ses fruits : grâce à leur soutien, César fut élu consul en 59 avant notre ère. Ensemble, le trio s’assura que le gouvernement ne prenne aucune mesure ne respectant pas leurs objectifs. César promulgua des réformes foncières qui attribuèrent des terres aux vétérans de Pompée, et modifia le code des impôts, amadouant ainsi les partisans de Crassus.

À la fin de son mandat, César s’assura le commandement des armées, unifia toute la Gaule et envahit la Grande-Bretagne, se révélant être un général impitoyable tout en amassant une incroyable richesse pour lui-même et pour Rome. Puis la tragédie frappa : sa fille Julia mourut en 54 avant notre ère et, l’année suivante, son allié Crassus fut tué au combat, brisant ainsi le puissant triumvirat. Ne s’étant jamais vraiment appréciés, Pompée et César s’affrontèrent.

 

LA FIN D’UNE ÉPOQUE

Ce vaste territoire remporté par César fut divisé en provinces.

PHOTOGRAPHIE DE Musée Condé, Chantilly, France, Bridgeman Images

César estimait devoir retourner à Rome en tant que consul. Cependant, le Sénat n’était pas du même avis et soutenait Pompée, qui considérait désormais son ancien allié comme une menace. César sa lança alors dans la célèbre traversée du Rubicon, attaquant ainsi officiellement l’Italie et déclenchant une guerre civile. Il ne tarda pas à s’emparer de Rome, et le peuple le nomma dictateur. César poursuivit alors Pompée et d’autres ennemis jusqu’en Grèce, et les vainquit à Pharsale en 48 avant notre ère.

En tant que dictateur, un rôle officiellement accordé pour dix ans par le Sénat en 46 avant notre ère, César fit du bon travail : il annula par exemple la dette, changea le calendrier et la monnaie, et accorda la citoyenneté aux résidents des régions éloignées de la République romaine. Malgré tout, sa façade « d’homme du peuple » s’estompa lorsque, en 44 avant notre ère, il prit la fonction de « dictateur à vie ». Moins de deux mois plus tard, le jour des ides de mars, une foule de sénateurs romains dirigée par le préteur Marcus Junius Brutus poignarda César à mort.

La déclaration de Jules César « veni, vidi, vici », « je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu », est gravée sur cette pièce.

PHOTOGRAPHIE DE AKG Images

Malgré sa violente destitution, le bref règne de César marqua la fin d’une époque. Le gouvernement républicain fut remplacé par une succession d’empereurs totalitaires : c’est ainsi que l’Empire romain vit officiellement le jour. Cependant, avant toute chose, il lui fallait un chef. Il fallut treize longues années et une série de luttes de pouvoir désespérées pour que la République romaine s’effondre enfin, et que le dernier candidat au rôle d’empereur enfile sa toge triomphale.

(À lire : La mort de César, un meurtre fondateur.)

 

LE SECOND TRIUMVIRAT

L’année suivant la mort de César, en 43 avant notre ère, Octave, son petit-neveu et protégé, forma le second triumvirat aux côtés de Lépide, général et homme d’État romain, et de Marc Antoine, général romain sous César, proclamant « restaurer la République ». Sur le long terme, cette alliance s’avéra fragile et seul un des trois hommes y survécut. Mais dans un premier temps, le triumvirat travailla de concert pour élaborer et empêcher des lois à son avantage, nommer les gouverneurs et les consuls, et trancher les affaires judiciaires sans appel, même si le Sénat et les assemblées se réunissaient toujours et que les élections se poursuivaient.

L’un de leurs actes les plus atroces fut la mise à mort d’environ 3 000 patriciens et la confiscation de leurs biens ; Cicéron, qui avait ouvertement critiqué le triumvirat, compta parmi les victimes. Le grand philosophe romain critiquait ouvertement Antoine et, à sa mort, Fulvie, la femme d’Antoine, prit la tête coupée de Cicéron, cracha dessus et lui perça la langue à plusieurs reprises avec son épingle à cheveux, prenant ainsi une revanche post mortem sur le célèbre orateur.

(À lire : Cicéron, l’idéaliste qu’il fallait abattre.)

Le triumvirat de Marc Antoine, Lépide et Octave décrètent des proscriptions contre leurs ennemis politiques dans une illustration de 1880, réalisée par Otto von Corvin et Wilhelm Held.

LA CHUTE DE LÉPIDE

Le pouvoir du triumvirat était la cible de constantes menaces, notamment par les conspirateurs exilés responsables de l’assassinat de César, Brutus et Cassius, qui levèrent une armée pour renverser le trio. Antoine les battit à Philippes en 42 avant notre ère, absorba leurs forces dans les siennes et prit le contrôle des territoires orientaux de Rome. Estimant qu’Antoine méritait d’être le seul dirigeant, sa femme, Fulvie, et son frère, Lucius, organisèrent une guerre civile qui fut réprimée par Octave. La tension montait entre les triumvirs.

Un arc à Philippes, en Grèce, marque l'endroit où Marc Antoine vainquit les assassins de Jules César, Brutus et Cassius.

PHOTOGRAPHIE DE Tony Gervis, robertharding.com

Pendant ce temps, Sextus, le fils de Pompée, qui avait défendu la cause de son père contre Jules César, rassembla des flottes navales qui attaquèrent les forces du triumvirat dans une série d’affrontements au large des côtes italiennes. Après avoir battu Sextus, Lépide exigea plus d’un tiers du crédit, ainsi que davantage de pouvoir et de prestige. Octave l’écarta alors du pouvoir, laissant Antoine comme seul adversaire.

 

LA SOIF DE POUVOIR D’ANTOINE

Cléopâtre, reine d'Égypte de la dynastie lagide, forgea des alliances avec Rome mais fut finalement vaincue.

Antoine se rendit en Égypte dans le cadre de l’accord des triumvirs sur le partage de l’Empire. Là-bas, il s’éprit de Cléopâtre, et les histoires racontées sur leur débauche alimentèrent le mépris envers Antoine, tandis qu’Octave, de son côté, se révélait être un Romain modèle. Il veilla à ce que les citoyens aient suffisamment à manger, supervisa l’amélioration du système d’approvisionnement en eau de la ville et s’installa dans un mariage stable et conservateur avec Livia Drusilla. En 32 avant notre ère, Octave prétendit avoir la preuve qu’Antoine était sur le point de déplacer la capitale de la République à Alexandrie, et déclara la guerre.

En réaction, Antoine et Cléopâtre tentèrent d’envahir l’Italie, mais furent bloqués dans la baie d’Actium. L’armée d’Octave fut victorieuse sur terre et sur mer, ce qui poussa le couple à fuir vers l’Égypte, où ils s’ôtèrent la vie.

(À lire : Césarion, fruit de l’alliance de César et Cléopâtre.)

 

LE PREMIER EMPEREUR ROMAIN

Suite à la bataille d’Actium, Octave avait vaincu tous ses ennemis. Il était alors le dernier survivant de l’alliance, et le seul maître du monde romain. L’héritier de César marqua l’Histoire sous le nom d’Auguste, nom qu’il prit en 27 avant notre ère, lorsqu’il devint le premier empereur romain. Bien que son ascension au pouvoir fut assurée après des défaites militaires, des troubles civils, des alliances brisées, des trahisons politiques, et après avoir frôlé la mort à plusieurs reprises, le règne d’Auguste inaugura une ère de paix et de prospérité à Rome.

L'arc d'Auguste à Rimini est le plus ancien arc romain conservé en Italie. Il fut érigé par le Sénat pour honorer le premier empereur de Rome, Auguste.

Des extraits de ce travail ont déjà été publiés dans Atlas of the Roman World. Copyright © 2020 National Geographic Partners, LLC.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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