Marie Stuart : martyre ou manipulatrice ? Le destin d’une reine en sursis

Selon certaines sources, le père de Marie Stuart aurait prédit que le dernier souverain d’Écosse serait une femme. Mais personne n’aurait pu imaginer les nombreux rebondissements qui mèneraient finalement à l’exécution de sa fille.

De Pedro García Martín
Publication 11 mars 2026, 17:41 CET
Portrait de Marie Stuart réalisé par un artiste français inconnu du 19e siècle. Musée d’art régional Voronezh, ...

Portrait de Marie Stuart réalisé par un artiste français inconnu du 19e siècle. Musée d’art régional Voronezh, Russie.

PHOTOGRAPHIE DE FINE ARTS IMAGES, Album

Rares sont les femmes au cours de l’histoire à avoir été une source d’inspiration aussi importante pour la littérature et l’art que Marie Stuart. Sa vie a captivé les artistes à travers les siècles, comme en attestent la pièce de théâtre de Friedrich von Schiller, l’opéra de Gaetano Donizetti ou encore les innombrables films et biographies sur la souveraine écossaise. Dans une biographie écrite par Stefan Zweig, l’auteur autrichien fait remarquer que la vie de Marie et sa force de caractère ont été façonnées par la controverse dont elle faisait l’objet depuis sa naissance : « Il ne lui a jamais été permis de développer son égo sans entrave. Pendant toute sa vie, elle a été un pion politique, reine ou héritière du trône, alliée ou ennemie, mais jamais un simple enfant, une fille ou une femme ». Deux rôles opposés ont été attribués à Marie Stuart : martyr aux yeux de l’Église catholique ; hérétique aux yeux des anglicans. Paradoxalement, ce que les historiens savent de sa vie obscurcit la vérité à son sujet.

 

UNE ENFANCE PASSÉE EN FRANCE

La vie de Marie Stuart a été inextricablement liée à la lutte pour le pouvoir dès son tout premier souffle. Née en 1542 à Linlithgow Palace, Marie perd son père, Jacques V, quelques jours après sa venue au monde et devient reine d’un royaume en sang, frappé par les rivalités entre les clans et la menace grandissante d’une annexion par les Anglais. Avant sa mort, après avoir appris qu’il venait d'avoir une fille, le roi Jacques aurait eu les mots prophétiques qui suivent : « Elle est arrivée avec une femme et elle partira avec une femme », prévoyant ainsi que la couronne serait perdue lorsqu’une femme serait sur le trône.

Marie devint rapidement un enjeu politique pour les monarques d’Angleterre et de France. Henri VIII, son grand-oncle par alliance, voulait la marier à son fils pour unir les maisons Tudor et Stuart. Mais la mère de Marie, Marie de Guise, une femme de la noblesse française et fervente catholique qui détestait les Anglais, préféra une alliance avec l’héritier du royaume de France, Henri II.

Copie d’un double portrait datant du 19e siècle représentant Jacques V et Marie de Guise, les parents de ...

Copie d’un double portrait datant du 19e siècle représentant Jacques V et Marie de Guise, les parents de Marie Stuart.

PHOTOGRAPHIE DE Bridgeman, ACI

En 1548, alors qu’elle n’avait que cinq ans, Marie fut donc envoyée en France pour être élevée par la cour française. Là-bas, elle reçut une éducation humaniste de la Renaissance. Pour ne pas oublier ses racines, la jeune Marie avait sa propre petite cour écossaise, composée de deux demi-frères et de quatre « Marie », des filles ayant à peu près son âge et issues de familles nobles écossaises. Connue pour sa beauté et ses bonnes manières, Marie épousa en 1558 le dauphin de France à la cathédrale Notre-Dame. L’année suivante, ce dernier devint le roi François II, après la mort de son père, survenue à la suite d’une blessure reçue lors d’un tournoi de joute. Mais le jeune monarque, qui bégayait, manquant d’assurance et d’expérience politique, fut manipulé par les oncles de Marie, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine. Il mourut en 1560, après avoir régné pendant seulement dix-sept mois.

 

UN RETOUR SUR LE TRÔNE MOUVEMENTÉ

Après la mort de François, Marie retourna en Écosse en 1561. En son absence, les lords protestants d’Écosse s’étaient révoltés contre sa mère, qui avait régné en tant que régente jusqu’à sa mort en 1560. À son arrivée à Édimbourg, la jeune reine catholique aux manières françaises trouva le pays profondément changé. L’Écosse avait adhéré au protestantisme, et Marie était désormais considérée comme une étrangère.

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    Marie Stuart récite un discours en latin devant Henri II de France. Peinture à l’huile de Gillot Saint-Èvre, 1836, Château de Versailles.

    PHOTOGRAPHIE DE Gérard Blot, RMN-Grand Palais

    Les pasteurs protestants détenaient la majorité dans son conseil privé et John Knox, l’impétueux pasteur calviniste, a très vite soulevé l’opinion publique à son encontre. Son seul allié fiable était son demi-frère illégitime, Lord James Stuart, qui deviendra par la suite comte de Moray.

    Dans le même temps, Elizabeth Ire, cousine de Marie et fille d’Henri VIII et d’Anne Boleyn, accéda au trône d’Angleterre. Les deux femmes, non mariées, devinrent les reines les plus courtisées d’Europe. Elles avaient des prétendants en Espagne, en France, en Autriche, en Suède et au Danemark. Un mariage royal pouvait garantir la domination de l’une ou l’autre des reines sur les îles britanniques et l’Europe. Mais ce n’est pas l’éventualité seule d’un mariage qui les mit en désaccord. En tant que petite-fille de la sœur d’Henri VIII, Marie Stuart pouvait prétendre au trône d’Angleterre si Elizabeth mourait sans enfant. Les catholiques anglais considéraient également la reine écossaise comme leur monarque légitime, eux qui rejetaient la légitimité de la naissance d’Elizabeth.

    Plutôt que d’épouser un prince européen, ce qui aurait constitué un choix politiquement avantageux, Marie tomba amoureuse d’un noble anglais, Lord Darnley, un catholique de sang royal et son cousin. Leur mariage en 1565 souleva un tollé. Le pape fit part de sa désapprobation quant au fait qu’il ne lui avait pas été demandé de dérogation. Le comte de Moray trahit la reine et mena un soulèvement protestant. Elizabeth Ire, alarmée par les implications, voyait ce mariage d’un œil suspicieux.

    Lord Darnley et Marie Stuart. Gravure aux couleurs améliorées.

    Lord Darnley et Marie Stuart. Gravure aux couleurs améliorées.

    PHOTOGRAPHIE DE Album

     

    UNE FIN VIOLENTE

    Lord Darnley était aussi beau qu’il était impulsif. Moins d’un après leur mariage, aveuglé par la jalousie, il organisa l’assassinat du secrétaire privé de la reine, David Rizzio. À partir de ce moment, le couple royal mena des vies séparées. Lord Darnley passa de longues périodes dans des châteaux reculés, loin d’Édimbourg, tandis que la reine commença à rendre visite au comte de Bothwell, le chef de ses partisans, qui était en convalescence après avoir été blessé par des bandits à la frontière, au château de l’Hermitage. Des rumeurs comme quoi tous deux étaient amants se répandirent rapidement. Rien ne permit au couple de se réconcilier, pas même la naissance d’un héritier, Jacques, en 1566. Finalement, un groupe de nobles catholiques, dont faisait partie le comte de Bothwell, décida d’éliminer Lord Darnley. Il mourut dans des circonstances mystérieuses sur le site de l’église collégiale de Kirk o’Field. Bien que les lords du conseil pensaient que Bothwell avait commandité cet assassinat, il fut acquitté après un procès devant le Parlement. Quelques semaines plus tard, il épousa Marie.

    Protégé de toutes parts par des falaises, le château d’Édimbourg est une véritable forteresse qui a ...

    Protégé de toutes parts par des falaises, le château d’Édimbourg est une véritable forteresse qui a servi de résidence officielle aux monarques écossais du 11e au 17e siècle.

    PHOTOGRAPHIE DE AWL Images

    Ce mariage a marqué un autre chapitre profondément controversé de la vie de la reine. Alors que Marie retournait à Édimbourg après être allée voir son fils Jacques, qui avait été placé au château de Stirling pour sa sécurité, Bothwell kidnappa Marie et l’emmena au château de Dunbar où, selon le témoin James Melville, « il la viola ». Selon certains, la souveraine était de mèche avec Bothwell, organisant son propre kidnapping, consommant volontiers l’union pour n’avoir d’autre choix que de l’épouser, puisque se marier de bon gré avec le principal suspect de la mort de son mari aurait été scandaleux. Aujourd’hui encore, la participation - réelle ou supposée - de la reine à son propre enlèvement est l'objet de débats.

    Le mariage de Marie et Bothwell fut mal vu et désastreux. Pour les catholiques, il était illégitime, puisque la cérémonie avait eu lieu selon les rites protestants et parce que Bothwell était divorcé. Mais protestants et catholiques s’accordaient à dire que cette union était très suspecte. Profitant de la situation, les lords protestants prirent les armes. Lors de l’affrontement à Carberry, Marie se rendit et Bothwell fut autorisé à partir. Il finira par se réfugier en Norvège. Quant à Marie, elle fut emprisonnée au château de Lochleven et contrainte d’abdiquer au profit de son fils âgé d'un an, tandis que le comte de Moray assumait la régence.

     

    UNE REINE EMPRISONNÉE EN ÉCOSSE

    En 1568, Marie prit la fuite en direction de l’Angleterre, où elle espérait que sa cousine la reine Elizabeth l’aiderait à récupérer le trône d’Écosse. Grave erreur. Au lieu d’être reçue comme une souveraine, elle fut retenue captive par Elizabeth dans plusieurs châteaux de Londres et de la frontière écossaise, pendant que l’on enquêtait sur son implication dans le meurtre de Lord Darnley. La légalité de ce procès fait toujours débat parmi les spécialistes. Marie refusa de témoigner, déclarant qu’en tant que reine consacrée, elle ne pouvait être jugée par aucun tribunal. Le comte de Moray présenta le Coffret de lettres, des documents soi-disant écrits par Marie la mettant en cause dans l’assassinat de son deuxième époux. Le tribunal, sur les ordres d’Elizabeth Ire, décida de ne ni l’acquitter ni la condamner.

    Les dernières heures de Marie Stuart avant de monter sur l’échafaud. Philippe Jacques van Brée, 19e siècle, musée du Louvre, Paris.

    Les dernières heures de Marie Stuart avant de monter sur l’échafaud. Philippe Jacques van Brée, 19e siècle, musée du Louvre, Paris.

    PHOTOGRAPHIE DE ADRIEN DIDIERJEAN, RMN-Grand Palais

    Au cours de sa longue captivité, les partisans de Marie conspirèrent pour la libérer. En 1569, de nobles catholiques du nord de l’Angleterre se rebellèrent dans l’espoir de la secourir, de la marier au duc de Norfolk et de rétablir le catholicisme dans le pays. Mais la révolte échoua. Au début de l’année 1571, Philippe II d’Espagne envisagea de marier son demi-frère illégitime, don Juan d’Autriche, à Marie. Juan était commandant militaire dans les Pays-Bas espagnols, soit de l’autre côté de la mer du Nord et Marie constituerait une menace directe à Elizabeth, mais le plan tomba à l’eau. Marie s’impliqua dans d’autres complots, communiquant avec ses partisans au moyen de lettres codées dissimulées dans des pochettes en cuir elles-mêmes cachées dans des couvercles de fûts de bière.

     

    CONDAMNÉE À L’ÉCHAFAUD

    En 1586, le chef des services de renseignements d’Elizabeth, Sir Francis Walsingham, bien informé de ces machinations, mit au jour un complot mené par le catholique Anthony Babington visant à assassiner Elizabeth pour placer Marie sur le trône d’Angleterre. Les ennemis de Marie attendaient depuis longtemps une occasion de l’accuser de haute trahison. Les conspirateurs furent arrêtés et exécutés ; Marie, quant à elle, comparut devant un tribunal convoqué d’urgence qui la condamna à la peine de mort. L’exécution eut lieu le 8 février 1587 dans la grande salle du château de Fotheringhay. Elle était âgée de 44 ans.

    Marie Stuart demanda expressément à ce que quatre hommes et deux de ses dames d’honneur l’accompagnent à ...

    Marie Stuart demanda expressément à ce que quatre hommes et deux de ses dames d’honneur l’accompagnent à son exécution, ici dépeinte dans une partie de ce tableau, une peinture à l’huile datant du 19e siècle réalisée par Abel de Pujol. Musée des Beaux-Arts, Valenciennes.

    PHOTOGRAPHIE DE RMN-Grand Palais

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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