Archéologie : 100 grandes découvertes qui éclairent l'histoire du monde

Au cours des deux derniers siècles, notre compréhension du passé de l'humanité s’est considérablement enrichie à mesure que des fouilles sur six continents ont permis de découvrir les histoires de nos ancêtres.

De Andrew Lawler
Publication 5 nov. 2021, 17:21 CET
Enterrées pour accompagner le premier empereur de Chine dans l’au-delà, des statues grandeur nature de soldats et ...

Enterrées pour accompagner le premier empereur de Chine dans l’au-delà, des statues grandeur nature de soldats et de domestiques ont été découvertes par des paysans en 1974. Depuis, les archéologues en ont mis au jour près de 8 000.

Photographie de O. Louis Mazzatenta

La recherche de trésors enfouis est aussi ancienne que le premier pillage de tombe. La soif de découvrir des richesses ensevelies a obsédé d’innombrables chercheurs. Quelques-uns sont devenus riches, d’autres se sont retrouvés au bord de la folie.

« Il est des hommes qui passent presque toute leur vie à chercher des “trésors cachés” – kanûz [en arabe] –, écrivait la voyageuse britannique Mary Eliza Rogers au milieu du XIXe siècle. Certains d’entre eux deviennent fous, abandonnent leur famille et, bien qu’ils soient souvent si pauvres qu’ils mendient leur pain quotidien de porte en porte et de village en village, ils se croient fortunés. »

Tous les chasseurs de trésors croisés par l’écrivaine n’étaient pas des vagabonds désespérés. Elle a aussi rencontré des sahiri, que l’on peut traduire par nécromanciens, « qui sont censés pouvoir voir des objets cachés dans la terre ». Ces prétendus médiums, souvent des femmes, entraient dans une transe qui, selon Mary Eliza Rogers, leur permettait de décrire dans les moindres détails les cachettes de biens de valeur.

De ces « objets cachés dans la terre », considérés comme de simples trésors, l’archéologie a fait des outils puissants qui nous permettent d’entrevoir notre passé secret.

Au début, cette science (naissante à l’époque de Mary Eliza Rogers) ne différait guère des bons vieux pillages, dont les colonisateurs européens rivalisaient pour remplir les vitrines de leurs cabinets de travail de statues et de bijoux anciens provenant de pays lointains. Mais cette nouvelle discipline a aussi ouvert une ère de découvertes sans précédent qui a révolutionné la compréhension de la riche diversité de notre espèce ainsi que de notre humanité commune.

C’est en 1922 que l’archéologue Howard Carter ouvre la tombe de Toutankhamon. Depuis, le masque funéraire en or du pharaon, exposé au Musée égyptien du Caire, est l’un des objets anciens les plus célèbres jamais découverts.

Photographie de Kenneth Garrett

Si cela vous semble exagéré, imaginez un monde sans archéologie. Pas de luxueuse Pompéi. Pas de fantastique trésor thrace. Pas de cités mayas émergeant d’une forêt tropicale. Sans l’archéologie, nous ne saurions pas grand-chose des premières civilisations. En l’absence d’une pierre de Rosette, nous continuerions à chercher à déchiffrer les symboles énigmatiques gravés sur les murs des tombeaux et des temples égyptiens.

La première société lettrée et urbaine du monde, qui s’est développée en Mésopotamie, ne serait que vaguement connue à travers la Bible. Et l’existence de la plus grande et de la plus peuplée de ces civilisations, regroupée le long du fleuve Indus, dans le sous-continent indien, serait restée à jamais inconnue.

Sans l’étude systématique des sites et des objets anciens, l’histoire serait prise en otage par les quelques textes et les édifices monumentaux ayant survécu aux aléas du temps. Deux siècles de fouilles sur six continents ont permis de rendre la parole à un passé qui, jusqu’alors, était resté en grande partie englouti.

À son apogée, au XIIIe siècle, Angkor Vat, la capitale de l’Empire khmer était le site urbain le plus étendu du monde. Les archéologues cherchent des indices sur le déclin de cet ensemble de temples du Cambodge, qui demeure un sanctuaire religieux vénéré.

Photographie de Kike Calvo

Depuis l'époque du dernier roi de Babylone au moins, il y a plus de 2 500 ans, les souverains et les riches collectionnaient des antiquités pour profiter de la beauté et de la gloire des temps passés. Les empereurs romains ont fait traverser la Méditerranée à au moins huit obélisques égyptiens pour embellir leur capitale. L’un de ces monuments païens a même été érigé sur la place Saint-Pierre, à la Renaissance.

Plus tard, en 1710, un aristocrate français a financé le percement d’un tunnel à Herculanum, ville proche de Pompéi restée pratiquement intacte depuis l’éruption mortelle du Vésuve en 79 apr. J.-C. La découverte de statues de marbre a alors suscité dans toute l’Europe un engouement pour l’exploration des sites antiques.

Du temps de Mary Eliza Rogers, les passionnés de fouilles européens se dispersaient dans le monde entier. Peu d’entre eux étaient des savants. Le plus souvent, il s’agissait de diplomates, d’officiers de l’armée, d’espions ou de riches hommes d’affaires intimement liés à l’expansion coloniale. Le vol et l’étude allaient de pair : tout en remplissant leurs carnets de notes, ils profitaient de leur influence et de leur pouvoir pour emporter des momies égyptiennes, des statues assyriennes ou des frises grecques, destinées à des musées nationaux ou à leurs collections privées.

Dans les Années folles, les bijoux spectaculaires trouvés dans la tombe de Toutankhamon et les tombes royales d’Our font la une des journaux et changent le cours de l’art, de l’architecture et de la mode. Cependant, à cette époque, des professionnels éclairés ont commencé à comprendre que ce qu’il y a de plus précieux dans les tranchées de fouilles n’est pas l’or, mais plutôt les informations que recèlent les poteries cassées et les ossements éparpillés.

La découverte de méthodes de récupération des données enfouies dans les fines couches du sol a fourni de nouveaux moyens de reconstituer la vie quotidienne. Et, à partir des années 1950, la datation au carbone 14 de la matière organique a donné aux chercheurs leur première horloge fiable pour dater les objets environnants.

Au XXIe siècle, l’archéologie se fait davantage en laboratoire que sur le terrain. Ce qui, autrefois, avait peu de valeur évidente (graines brûlées, excréments humains, résidus au fond d’un pot) est devenu le nouveau trésor. Grâce à une analyse poussée, ces restes peuvent révéler ce que les individus mangeaient, avec qui ils commerçaient et même où ils avaient grandi.

Les techniques avancées sont même capables de dater l’art rupestre, ce qui permet de mieux comprendre des cultures telles que celles des premiers peuples aborigènes d’Australie, qui ont laissé peu de traces durables. Et la mer n’est plus le monde impénétrable qu’elle était. Désormais, les plongeurs ont accès à des épaves telles que celle d’un navire marchand de l’âge du bronze ou celle du Titanic naufragé, la plus légendaire de toutes les catastrophes maritimes.

Notre capacité à extraire du matériel génétique à partir d’anciens ossements est l’innovation scientifique la plus révolutionnaire de ces dernières décennies. L’ADN ancien nous a permis de découvrir nos cousins les dénisoviens depuis longtemps disparus, ainsi que les hommes de petite taille de l’île indonésienne de Flores.

Lors d’une visite à Pompéi, en 1981, un groupe observe les victimes de l’éruption volcanique du Vésuve, qui a enseveli deux riches villes romaines. L’archéologue Amedeo Maiuri, responsable des fouilles de Pompéi de 1924 à 1961, écrivait ainsi : « Soudain, nous nous trouvons face à des êtres humains sortis du passé, au moment même de leur mort. Certains montrent une volonté de lutte acharnée contre leur destin ; d’autres semblent dormir. »

Photographie de David Hiser

Le passé souvent peu glorieux de l’archéologie continue néanmoins à lui porter ombrage. Ce n’est qu’au cours de la dernière décennie qu’un mouvement visant à rapatrier les objets étrangers mal acquis, des marbres du Parthénon aux bronzes du Bénin, a trouvé quelque appui politique. Pendant des siècles, Américains et Européens se sont montrés réticents à former ou à promouvoir des archéologues locaux. Aussi, lorsque les empires coloniaux se sont effondrés, peu de chercheurs autochtones avaient l’expérience nécessaire pour poursuivre le travail. Ceux qui se sont battus pour y parvenir ont été freinés par les guerres, le manque de ressources et les pressions dues au développement économique. L’un des plus anciens centres bouddhistes d’Asie centrale, Mes Aynak, en Afghanistan, a été menacé par des pillards, des attaques à la roquette et un projet gouvernemental d’exploitation minière du site, qui se trouve au sommet d’une vaste réserve de cuivre. En août dernier, il est tombé aux mains des talibans.

Le passé est une ressource non renouvelable et chaque site ancien détruit au bulldozer ou saccagé représente une perte pour l’humanité. Il est aujourd’hui communément admis que les communautés locales constituent un élément essentiel du maintien de la santé et du bien-être des écosystèmes tels que les parcs et les réserves naturelles. Il en va de même pour ce que nos ancêtres ont laissé derrière eux.

La destruction des sites du Moyen-Orient et d’Asie centrale est d’autant plus dramatique que les villageois appauvris ont souvent peu d’intérêt à les protéger. Parmi les menaces qui pèsent sur ce patrimoine, citons les groupes tels qu’Al-Qaida et les talibans, qui détruisent les « idoles », ainsi que les acheteurs et vendeurs d’objets pillés. La paix et la prospérité présentent elles aussi des dangers : de nouvelles constructions peuvent ainsi détruire des vestiges anciens.

Malgré des revers considérables, il y a de bonnes raisons de croire qu’un deuxième âge d’or de l’archéologie (délestée de ses pièges colonialistes et de ses présupposés racistes) a commencé. Nombre de femmes et de chercheurs locaux apportent en effet du sang neuf. Les archéologues travaillent aussi plus étroitement avec leurs collègues d’autres disciplines : ils suivent ainsi l’évolution de la planète à travers les âges avec l’aide de climatologues, collaborent avec des chimistes pour suivre les anciennes routes de la drogue (celle de la marijuana ou de l’opium) et étudient des méthodes de datation plus précises avec des physiciens.

Mais le véritable pouvoir de l’archéologie tient à sa capacité à transcender les connaissances et les croyances du moment. La découverte de ce qui est resté longtemps caché nous relie intimement à nos ancêtres disparus.

Même si ce n’est qu’en regardant la vitrine d’un musée ou les pages d’un magazine, nous pouvons nous retrouver étroitement liés à la personne qui a façonné un pot, ou porté au combat une épée finement ouvragée. Ces empreintes de pas vieilles de 3,7 millions d’années, laissées un jour de pluie dans la savane tanzanienne, ont quelque chose de poignant et d’obsédant, comme si nous assistions à la naissance de l’humanité.

La tâche des archéologues n’est pas de trouver des trésors enfouis, mais de ramener celles et ceux qui sont morts il y a fort longtemps et de les ressusciter en des individus qui, comme nous, ont lutté et aimé, créé et détruit, et qui, à la fin, ont laissé derrière eux quelque chose d’eux-mêmes.

 

ARTISTES DE L’ÂGE DE GLACE

Un après-midi de septembre 1940, quatre adolescents se frayent un chemin à travers les bois d’une colline surplombant Montignac, dans le sud-ouest de la France. Leur but : explorer un trou sombre et profond qui, selon la rumeur, serait un passage souterrain vers le manoir voisin de Lascaux. Après s’être faufilés dans la cavité, les voilà qui découvrent des peintures incroyablement réalistes de chevaux au galop, de cerfs nageant, de bisons blessés et autres créatures – des œuvres d’art qui dateraient d’un peu plus de 20 000 ans.

La grotte de Lascaux, située dans le sud-ouest de la France, abrite les œuvres de peintres paléolithiques représentant à grande échelle les animaux qu’ils côtoyaient, il y a près de 20 000 ans.

Photographie de Sisse Brimberg

La collection de peintures de Lascaux fait partie des quelque 150 sites préhistoriques datant du paléolithique répertoriés dans la vallée de la Vézère, en France. Cette région du sud-ouest de l’Europe semble avoir été un haut lieu de l’art figuratif. La plus grande découverte depuis Lascaux a eu lieu en décembre 1994 : trois spéléologues ont alors découvert des œuvres d’art qui n’avaient pas été vues depuis qu’un éboulement, 22 000 ans plus tôt, avait obstrué l’entrée d’une grotte dans le sud-est de la France. Là, à la lumière vacillante du feu, des artistes préhistoriques avaient dessiné profils de lions des cavernes, troupeaux de rhinocéros et de mammouths, magnifiques bisons, chevaux, bouquetins, aurochs et ours des cavernes. En tout, 442 animaux ont été représentés durant, probablement, plusieurs milliers d’années et sur une surface totale (avec parois et voûtes) d’environ 40 000 m2. Aussi la grotte Chauvet-Pont-d’Arc est-elle parfois considérée comme la chapelle Sixtine de la préhistoire.

Durant des décennies, les spécialistes avaient émis l’hypothèse que l’art avait progressé par étapes lentes, des grattages primitifs aux rendus naturalistes. On ne doutait pas que les ombres subtiles et les traits élégants des chefs-d’œuvre de Chauvet les situaient à l’apogée de cette progression. Puis les datations au carbone 14 ont livré leur verdict, et les préhistoriens ont eu un choc : vieux de 36 000 ans, soit presque deux fois plus anciens que ceux de Lascaux, les dessins de Chauvet ne signaient pas l’apogée de l’art préhistorique, mais ses premiers balbutiements connus.

Toutefois, la quête des plus anciennes peintures pariétales du monde continue. Sur l’île indonésienne de Sulawesi, des scientifiques ont ainsi découvert une grotte ornée de peintures représentant des êtres mi-humains, mi-animaux, dont l’âge est estimé à 44 000 ans, plus anciennes que toutes les représentations figuratives répertoriées jusqu’à présent en Europe.

Les chercheurs ignorent encore si l’art a été inventé plusieurs fois au cours de l’histoire humaine ou s’il s’agit d’un savoir-faire développé dès le début de notre évolution. Ce dont nous sommes certains, en revanche, c’est que l’expression artistique est profondément ancrée chez nos ancêtres.

 

ÖTZI, L’HOMME DES GLACES

Un corps momifié dépassant de la glace. Voilà la découverte de deux randonneurs, en 1991, à la frontière entre l’Italie et l’Autriche. Ils sont loin d’imaginer que « l’homme des glaces » était un voyageur du temps de l’âge du cuivre. Des recherches ont en effet révélé qu’« Ötzi » (ainsi baptisé en référence à la vallée de l’Ötztal, proche du lieu de sa mort), âgé de 5 300 ans, est le plus ancien être humain intact jamais découvert.

Au cours des trois décennies qui ont suivi, les scientifiques ont utilisé les dernières technologies pour l’examiner. Et ce qui, au départ, semblait être l’histoire d’un chasseur néolithique solitaire englouti par les éléments s’est transformé en un fascinant mystère criminel.

Dans un laboratoire de Bolzano, en Italie, des scientifiques examinent la pointe de flèche mortelle logée dans l’épaule d’Ötzi. Le fût de la flèche était cassé, ce qui suggère qu’Ötzi ou son assassin a dû chercher à l’extraire. L’examen réalisé sur l’estomac de l’homme des glaces a révélé que son dernier repas était composé de bouquetin et de céréales.

Photographie de Robert Clark

Cet homme d’une quarantaine d’années était plutôt âgé pour son époque. Ses articulations étaient usées, ses artères sclérosées, il souffrait de calculs biliaires, d’une inflammation des gencives et de caries. Mais il n’est pas mort de ça.

En 2001, une radiographie a décelé une petite pointe de flèche en pierre, logée sous l’omoplate gauche d’Ötzi. Plus intrigant encore, en 2005, une nouvelle technique d’imagerie médicale a révélé que cette pointe, probablement en silex, avait fait une entaille d’un peu plus d’un centimètre dans l’artère située sous la clavicule gauche de l’homme des glaces. Cette blessure lui aura été presque aussitôt fatale. Conclusion : un agresseur, placé un peu plus bas en arrière, a tiré une flèche dans l’épaule gauche d’Ötzi. En quelques minutes, la victime a perdu connaissance et s’est vidée de son sang.

 

LES PHARAONS NOIRS

En 730 avant Jésus-Christ, un homme du nom de Piyankhi décida que le seul moyen de sauver l’Égypte d’elle-même était de l’envahir. La grande civilisation qui avait construit les pyramides de Gizeh était déchirée par des conflits entre petits seigneurs de la guerre. Pendant deux décennies, Piyankhi a régné sur son royaume en Nubie, une longue bande de terre située pour l’essentiel dans l’actuel Soudan. Mais il se considérait comme l’héritier légitime des traditions des grands pharaons.

Au terme d’une campagne d’un an, tous les chefs égyptiens avaient capitulé. En échange de leur vie, les vaincus implorèrent Piyankhi de vénérer leurs temples, de prendre leurs plus beaux bijoux et de réclamer leurs meilleurs chevaux. Il accéda à leurs demandes et devint le souverain de la Haute- et Moyenne-Égypte. À sa mort, après un règne de quelques décennies, ses sujets honorèrent sa volonté en l’enterrant dans une pyramide de style égyptien sur un site connu aujourd’hui sous le nom d’El-Kourrou. Aucun pharaon n’avait reçu une telle sépulture depuis plus de cinq cents ans.

Piyankhi fut le premier des pharaons dits « noirs », les souverains nubiens de la XXVe dynastie égyptienne. En soixante-quinze ans, ces rois ont réunifié une Égypte en lambeaux et créé un empire qui s’étendait de la frontière sud, où se trouve l’actuelle Khartoum, jusqu’à la Méditerranée, au nord.

Des chameliers soudanais passent devant les tombeaux des rois et des reines de Nubie, au pied du djebel Barkal. Durant environ soixante-quinze ans, les rois nubiens ont régné sur l’Égypte antique, réunifiant le pays et bâtissant un empire.

Photographie de Enrico Ferorelli

Ce chapitre de l’histoire a été raconté pour la première fois il y a peu. « Lorsque je suis allé au Soudan, on m’a lancé : “Vous êtes fou ! Il n’y a pas d’histoire là-bas ! Tout est en Égypte », se souvient l’archéologue suisse Charles Bonnet. Comme lui, d’autres chercheurs modernes révèlent aujourd’hui la riche histoire d’une culture longtemps ignorée. Les archéologues ont reconnu que les pharaons noirs n’étaient pas apparus de nulle part. Ils étaient issus d’une puissante civilisation africaine, née dans un royaume appelé Koush par les Égyptiens et qui s’est épanouie sur les rives sud du Nil dès la première dynastie égyptienne, vers 3000 av. J.-C. Les Égyptiens goûtaient peu l’existence d’un voisin aussi puissant au sud, d’autant qu’ils dépendaient des mines d’or de la Nubie pour financer leur domination de l’Asie occidentale. Les pharaons de la XVIIIe dynastie (1539-1292 av. J.-C.) ont donc envoyé des soldats conquérir la Nubie et ont établi des garnisons le long du Nil. Subjuguée, l’élite nubienne s’est mise à adopter les coutumes culturelles et spirituelles de l’Égypte – faisant sans doute des Nubiens le premier peuple à être frappé d’« égyptomanie ». Sans avoir jamais mis le pied en Égypte, ils en ont préservé les traditions et remis au goût du jour la pyramide (monument funéraire abandonné par les Égyptiens des siècles plus tôt) comme sépulture royale.

Les Assyriens envahirent l’Égypte par le nord au VIIe siècle av. J.-C. Les Nubiens se replièrent alors définitivement sur leur terre natale, mais continuèrent d’ériger des pyramides sur leurs sépultures royales, interprétant les monuments de l’Égypte antique à leur manière et parsemant d’édifices caractéristiques des sites comme El-Kourrou, Nuri et Méroé. Comme leurs modèles, les rois koushites emplissaient leurs chambres funéraires de trésors et d’images censées leur assurer une vie fastueuse après la mort.

On savait assez peu de choses sur ces rois avant l’arrivée au Soudan de George Reisner, un égyptologue de Harvard, au début du XXe siècle. Il réussit à localiser les tombes de cinq pharaons nubiens d’Égypte et de plusieurs de leurs successeurs. Ces découvertes et les suivantes ont tiré de l’ombre la première haute civilisation de l’Afrique subsaharienne.

 

LE DOMAINE D’UN ROI MAYA

Dans un tunnel à 15 m sous les places herbeuses de Copán, une ancienne cité maya aujourd’hui située au Honduras, l’archéologue George Stuart, membre de l’équipe de National Geographic, jette un œil par une ouverture dans un mur de terre et de pierre : là, dans un espace étouffant et sujet aux tremblements de terre, il aperçoit un squelette reposant sur une grande dalle de pierre. Ses collègues archéologues avaient déjà découvert auparavant une sépulture royale, probablement celle de K’inich Yax K’uk’ Mo’, ou Grand-Soleil Quetzal Ara Ier. Ce dieu-roi vénéré, dont le nom apparaît dans de nombreux textes hiéroglyphiques du site, était le fondateur d’une dynastie qui a conservé le pouvoir sur cette vallée maya durant pas moins de quatre siècles.

En 1989, au Honduras, des archéologues découvrent dans l’ancienne ville maya de Copán, la tombe du roi fondateur d’une dynastie qui a régné pendant près de 400 ans.

 

Photographie de Kenneth Garrett

Si cette découverte capitale date de 1989, les spécialistes des Mayas connaissaient depuis longtemps l’importance considérable de Copán. Plus d’un siècle de recherches leur avait permis de comprendre que les bâtiments en ruine situés près de la rivière Copán avaient constitué la capitale politique et religieuse d’un puissant royaume jusqu’à sa chute, il y a plus de mille ans. Ils avaient réalisé très tôt que la zone connue aujourd’hui sous le nom d’Acropole comprenait certaines des architectures et des sculptures les plus spectaculaires de la ville, ainsi que le siège du pouvoir à l’apogée de la période classique maya (de 400 à 850 apr. J.-C. environ).

Les souverains de Copán se prétendaient descendants du Soleil et gouvernaient en vertu de ce droit. Ils régnaient sur quelque 20 000 sujets, allant des fermiers qui vivaient dans des maisons rudimentaires à l’élite qui occupait des palais près de l’Acropole. En creusant un tunnel sous l’Acropole, les archéologues ont découvert une tombe. Ils n’avaient jamais mis au jour une sépulture aussi construite et élaborée sur ce site. La dépouille d’une noble dame gisait sur une épaisse dalle de pierre. Richement vêtue, elle portait l’un des plus extraordinaires ensembles de jade maya jamais découverts. Selon les archéologues, il pourrait s’agir de l’épouse du fondateur, la reine mère des quinze souverains à venir de la dynastie de Copán.

Il est vite devenu évident que cette partie de l’Acropole constituait une sorte de centre du monde – en fait, un empilement sacré de sépultures et de bâtiments sanctifiés par la présence d’une personne dotée d’une puissance quasiment inimaginable aux yeux des habitants de Copán. Compte tenu de tous les indices convergeant vers K’inich Yax K’uk’ Mo’, la dernière demeure de ce grand seigneur ne devait probablement pas être bien loin. Les archéologues ont donc creusé plus profondément.

Derrière une façade de masques rouges du dieu du Soleil, ils ont fini par découvrir un squelette qu’ils pensent être celui du fondateur. Le roi avait au moins 50 ans, des incrustations de jade dans deux dents et l’avant-bras droit cassé.

Abîmée par le temps, la stèle en pierre d’un roi maya connu sous le nom de 18-Lapin abrite le nid d’un oiseau gobe-mouches. La ville de Copán était en pleine expansion durant le règne de ce roi, au VIIIe siècle.

Photographie de Kenneth Garrett

D’autres recherches montrent que le pouvoir de la dynastie a commencé à vaciller avec la capture et le sacrifice, en 738, du treizième souverain de Copán par le roi d’une cité-État rivale. À l’époque du roi Yax Pasah, un quart de siècle plus tard, le pouvoir de Copán n’avait toujours pas été rétabli. Après que les Mayas eurent abandonné le site à la forêt et à la rivière, probablement vers l’an 900, les bâtiments en pierre se sont progressivement effondrés. Pourtant, même en ruine, les édifices ornés et les sculptures qui subsistent en font l’un des plus grands trésors d’art et d’architecture présents sur le continent américain.

 

SANCTUAIRE BOUDDHISTE ET MINE DE CUIVRE

À une heure de route au sud de Kaboul, sur l’autoroute de Gardez, un virage serré à gauche débouche sur une route non goudronnée. Le chemin longe le lit asséché d’une rivière, passe par des petits villages et croise barrages paramilitaires et miradors. Plus loin, on découvre une vallée dénudée, parsemée de tranchées et de murs anciens.

C’est ici qu’en 2009, une équipe composée d’archéologues afghans et internationaux et d’ouvriers locaux a commencé à mettre au jour des milliers de statues bouddhiques, de manuscrits, de pièces de monnaie et de monuments sacrés. Des fortifications et des monastères entiers ont été découverts, remontant jusqu’au IIIe siècle apr. J.-C. Il s’agissait, de loin, des fouilles les plus ambitieuses de l’histoire de l’Afghanistan.

Photographié sous cet angle, ce sanctuaire haut de 2,5 m, à Mes Aynak, en Afghanistan, semble beaucoup plus grand. Seule une partie de ce complexe bouddhiste tentaculaire, qui date du IIIe au VIIIe siècle de notre ère, a été fouillée par les archéologues.

Photographie de Simon Norfolk

Mais un hasard géologique a mis en péril ces trésors culturels. Mes Aynak signifie « petit puits de cuivre » dans le dialecte local. Le filon de minerai de cuivre enterré sous les ruines est l’un des plus grands gisements inexploités du monde, estimé à 12,5 millions de tonnes. En 2007, un consortium chinois a obtenu les droits d’extraire le minerai pour un bail de trente ans. L’entreprise a fait une offre de plus de 3 milliards de dollars et a promis de fournir des infrastructures à cette région isolée et sous-développée.

Avant que l’accord avec les intérêts chinois ne soit rendu public, les objets risquaient déjà d’être volés par des pilleurs d’antiquités et perdus pour la science. Les défenseurs du patrimoine culturel afghan ont exigé que les trésors soient déterrés et enregistrés correctement avant le début de l’exploitation à ciel ouvert. Le projet minier a été bloqué par des différends contractuels, la chute des prix du cuivre et le conflit entre le gouvernement afghan et les fondamentalistes talibans. Maintenant que les talibans contrôlent le pays, l’avenir du site semble encore plus incertain.

Le passé révélé par les archéologues présente un contraste saisissant avec la violence et le désordre actuels. Du IIIe au VIIIe siècle de notre ère, le centre spirituel de Mes Aynak a prospéré dans une paix relative. Au moins sept enceintes de monastères bouddhistes de plusieurs étages forment un arc autour du site, chacune protégée par des tours de guet et de hauts murs. Le cuivre a fait la richesse des moines bouddhistes et les importants dépôts de scories (résidu solidifié de la fonte) témoignent d’une production à grande échelle.

On en sait beaucoup sur les liens du bouddhisme antique avec le commerce et les échanges, mais assez peu sur sa relation avec la production industrielle. Sur ce point, Mes Aynak pourrait combler d’importantes lacunes. Des années de recherches seront nécessaires pour que le site livre ses mystères. Les archéologues espèrent que le temps jouera en leur faveur – et qu’ils en apprendront davantage sur ce volet peu connu des jours glorieux du bouddhisme en Afghanistan.

 

L’EMPIRE SWAHILI

« La ville de Kilwa est parmi les plus belles des villes et élégamment construite », écrivait, au Moyen Âge, Ibn Battuta, l’un des grands voyageurs de l’histoire. Prospères, ses habitants portaient des vêtements en soie importée. Pendant son âge d’or, du XIIe au XVIIIe siècle, Kilwa, qui frappait sa propre monnaie, figurait parmi la trentaine de ports de ce que l’on appelle la côte swahilie. Ces ports, disséminés entre la Somalie et le Mozambique actuels, s’étaient transformés en de puissantes cités-États enrichies grâce au commerce de l’océan Indien. Leur fortune provenait des navires d’Arabie, d’Inde et de Chine y faisant escale pour charger les marchandises qui ont fait la richesse des Swahilis.

Un boutre navigue dans les eaux de l’île de Lamu, au Kenya. Pendant des centaines d’années, ces navires ont relié les ports de la côte de l’Afrique de l’Est à l’Arabie et à l’Asie. Les commerçants swahilis vendaient de l’or, de l’ivoire et des esclaves aux marchands. Encore aujourd’hui, ces bateaux transportent des passagers et des marchandises sur de courtes distances.

Photographie de Michael S. Yamashita

Les marins arabes qui arrivaient en Afrique trouvaient là une mer poissonneuse, des terres fertiles et des opportunités de commerce. Beaucoup d’entre eux sont restés et se sont mariés sur place, apportant avec eux la foi islamique. Le mélange des langues et des coutumes africaines et arabes a créé une culture unique sur cette côte.

De fait, cette culture était essentiellement africaine, ce que les premiers archéologues n’ont pas su reconnaître. Or, par la suite, des fouilles ont permis par exemple de découvrir, sur l’île de Songo Mnara, en Tanzanie, une communauté bien organisée, protégée par un mur d’enceinte et occupant un palais orné de tapisseries, plusieurs dizaines de quartiers, six mosquées et quatre cimetières.

Le réseau commercial swahili s’est effondré lorsque les Portugais se sont imposés et ont destiné les marchandises à la Méditerranée et à l’Europe. Pour autant, la riche culture swahilie a survécu à des siècles d’occupation coloniale. « L’histoire du monde swahili est faite d’adaptation et d’intégration, explique l’historien tanzanien Abdul Sheriff. La culture swahilie ne sera peut-être pas tout à fait la même demain qu’aujourd’hui, mais c’est le propre de tout ce qui vit.»

 

LE MACHU PICCHU

À quatre pattes, trois hommes gravissent une pente de montagne raide et glissante, au Pérou. Nous sommes le 24 juillet 1911, au matin. Hiram Bingham III, 35 ans, professeur adjoint d’histoire de l’Amérique latine à l’université Yale, aux États-Unis, vient de quitter son camp sur la rivière Urubamba avec deux compagnons péruviens. Les trois hommes sont à la recherche de ruines signalées sur une crête imposante connue sous le nom de Machu Picchu (« vieille montagne » en quechua, la langue des Incas). Ils se frayent un chemin dans la forêt épaisse, traversant un pont fait de rondins et se faufilant dans les broussailles où se camouflent des serpents fer-de-lance venimeux.

La vision du Machu Picchu « m’a coupé le souffle », raconte Hiram Bingham, dont les travaux ont attiré l’attention du monde entier sur ce site en 1913. La « retraite royale », aux pierres taillées et aux cascades de terrasses parfaitement agencées, illustre les talents de bâtisseurs des Incas.

Photographie de Hiram Bingham

Deux heures après le début de la randonnée, à environ 600 m au-dessus du fond de la vallée, les alpinistes rencontrèrent deux fermiers qui assurèrent à un Bingham de plus en plus sceptique que les ruines alimentant la rumeur étaient proches et ils envoyèrent un jeune garçon ouvrir le chemin.

Quand Bingham finit par atteindre le site, il resta bouche bée : émergeant de l’enchevêtrement de broussailles se dressait un labyrinthe de terrasses et de murs façonnés sans mortier, dont les pierres s’emboîtaient si étroitement que même la lame d’un couteau ne pouvait s’y glisser. Le site allait s’avérer être l’un des plus grands trésors archéologiques du XXe siècle : une ville fantôme inca intacte, invisible au monde extérieur depuis près de quatre cents ans.

Hiram Bingham a reconnu qu’il n’était pas le premier à avoir découvert le Machu Picchu. Les habitants de la région aussi connaissaient le site. Agustín Lizárraga, un paysan péruvien, avait même inscrit son nom sur l’un de ses murs, près de dix ans plus tôt. Mais Bingham est l’homme qui a attiré l’attention du monde sur la citadelle au sommet de la montagne, grâce au récit de son travail sur place ainsi que sur d’autres sites de la région, qui a été publié dans le numéro d’avril 1913 de National Geographic.

Enrique Porres et d’autres habitants ont aidé Bingham à explorer et à fouiller le site du Machu Picchu.

Photographie de Hiram Bingham

L’explorateur fut également le premier à étudier scientifiquement le Machu Picchu. Avec le soutien financier de Yale et de la National Geographic Society, il est retourné deux fois sur le site. Ses équipes ont dégagé la végétation qui avait envahi le sommet et ont expédié des milliers d’objets au musée Peabody d’histoire naturelle de Yale (objets restitués au Pérou en 2012). Elles ont également cartographié et photographié les ruines. Les milliers de photos que Bingham a prises ont changé l’archéologie, en démontrant le pouvoir des images dans la légitimation et la vulgarisation de la science.

 

DES TRÉSORS RÉVÉLÉS PAR LE DÉGEL

Le site archéologique de Nunalleq, sur la côte sud-ouest de l’Alaska, a préservé un moment tragique, figé dans le temps. Ce carré de terre boueuse est rempli d’objets quotidiens que le peuple yupik utilisait pour survivre et célébrer la vie sur ces terres. Leur état est identique à celui d’il y a quatre siècles environ, lors d’une attaque mortelle.

Comme souvent en archéologie, une tragédie du passé constitue une aubaine pour la science moderne. Les archéologues ont récupéré plus de 100 000 objets intacts à Nunalleq : des ustensiles de cuisine, mais aussi des objets extraordinaires comme des masques rituels en bois, des aiguilles de tatouage en ivoire, des morceaux de kayaks de mer, une ceinture en dents de caribou. Ces artefacts, restés dans le sol gelé depuis environ 1660, sont étonnamment bien conservés.

Les régions polaires sont durement touchées par le changement climatique, engendrant une perte désastreuse d’objets de cultures anciennes et peu connues, comme celle de Nunalleq, le long des côtes de l’Alaska et au-delà. Un dégel massif met à nu les traces des peuples et des civilisations du passé dans les régions septentrionales du globe – qu’il s’agisse d’arcs et de flèches néolithiques en Suisse, de bâtons de randonnée de l’ère viking en Norvège, ou des tombes somptueuses des nomades scythes en Sibérie.

L'archéologue Rick Knecht utilise une rame de son bateau pour soutenir et protéger un arc en bois vieux de 400 ans. Dans le cadre de leurs efforts pour sauver les restes de l’ancien village côtier qui porte aujourd’hui le nom de Nunalleq, Rick Knecht et son équipe ont récupéré plus de 100 000 objets anciens.

Photographie de Erika Larsen

Dans les régions côtières de l’Alaska, les sites archéologiques sont menacés à la fois par la hausse des températures et par la montée des eaux. Lorsque les archéologues ont commencé à creuser à Nunalleq en 2009, ils atteignaient un sol gelé à environ 46 cm sous la surface de la toundra. Aujourd’hui, le sol est dégelé à 1 m de profondeur. Et c’est ainsi que des objets sculptés dans des bois de caribou, du bois flotté, de l’os ou de l’ivoire de morse émergent du sol gelé qui les a préservés en parfait état. S’ils ne sont pas sauvés, ils commencent immédiatement à pourrir et à s’effriter.

Depuis 1900, le niveau global des océans a augmenté de 20 à 23 cm. Cela constitue une menace directe pour les sites côtiers tels que celui de Nunalleq, vulnérable aux dommages causés par les vagues, maintenant que le dégel du pergélisol fait s’enfoncer la terre. « Une seule tempête hivernale et nous pourrions perdre tout ce site », s’inquiète l’archéologue en chef, Rick Knecht.

Quand des objets en bois ont commencé à s’échouer sur la plage, Warren Jones, le chef de la communauté, a aidé à convaincre le village que la fouille de Nunalleq était une bonne idée. Il s’ensuivit une collaboration unique entre la communauté et les archéologues. Les Yupiks se rendent désormais sur le site en VTT pour en savoir plus sur leur patrimoine. Un centre culturel et archéologique propose même des ateliers célébrant la culture yupik d’hier et d’aujourd’hui. « Je souhaite que nos enfants, qui sont maintenant à l’université, dirigent le centre et soient fiers qu’il nous appartienne », espère Warren Jones.

 

RETROUVER LE TITANIC

À 2h20 du matin, le 15 avril 1912, l’ «insubmersible» RMS Titanic disparaît sous les flots, emportant avec lui quelque 1 500 âmes. Cette disparition a toujours été une histoire de superlatifs : un navire si puissant et si grand, qui coule dans des eaux si froides et si profondes. Son destin a été scellé lors de son voyage inaugural de Southampton, en Angleterre, à New York. À 23 h 40, la collision latérale avec un iceberg dans l’Atlantique Nord a déchiré des parties de la coque tribord sur 90 m, exposant les six compartiments avant à l’océan. Le naufrage était inéluctable.

À presque 3 800 m de fond, la proue du Titanic surgit des ténèbres, couverte de « rusticules », sortes de stalactites orange dues aux bactéries se nourrissant de fer.

Photographie de Emory Kristof

Pendant des décennies, plusieurs expéditions ont cherché, en vain, à retrouver le Titanic. L’opération était particulièrement difficile en raison de l’imprévisibilité de l’Atlantique Nord, de la profondeur considérable (3800 m) où repose l’épave et des récits contradictoires sur ses derniers instants. C’est soixante-treize ans après son naufrage que la dernière demeure du Titanic a été localisée, le 1er septembre 1985, par Robert Ballard, Explorateur pour National Geographic, et le scientifique français Jean-Louis Michel. Le paquebot reposait à environ 610 km au sud-est de Terre-Neuve, dans les eaux internationales.

Des informations récemment déclassifiées ont révélé que la découverte provenait d’une enquête secrète de la marine américaine sur deux sous-marins nucléaires naufragés, l’USS Thresher et l’USS Scorpion. Les militaires voulaient savoir ce qu’étaient devenus les réacteurs nucléaires qui alimentaient les submersibles, et trouver d’éventuelles preuves en faveur de la théorie qui voulait que le Scorpion ait été coulé par les Soviétiques (ils n’en ont pas trouvé). Robert Ballard avait contacté la marine américaine en 1982 pour demander des fonds et développer la technologie des submersibles robotisés dont il avait besoin pour trouver le Titanic. Les militaires étaient intéressés, mais dans le but de recueillir des informations sur les sous-marins. Une fois que Robert Ballard aurait terminé la mission pour l’armée, libre à lui d’agir à sa guise s’il avait encore du temps. Quand il a enfin pu commencer sa recherche du paquebot, il lui restait moins de deux semaines. Et voilà qu’une nuit, à 1 h 05 du matin, les caméras ont filmé l’une des chaudières du navire. « Je n’en croyais pas mes yeux », écrira plus tard l’explorateur.

Depuis l’expédition de Ballard, les processus organiques n’ont cessé de détruire le Titanic : les mollusques ont englouti une grande partie du bois du navire, tandis que les microbes rongent le métal exposé, formant des « rusticules », des sortes de stalactites orange. La coque a commencé à s’effondrer, emportant les cabines avec elle. « C’est du côté tribord des quartiers des officiers [...] que les détériorations sont les plus marquantes », a constaté l’historien et spécialiste du Titanic Parks Stephenson, après une plongée sous-marine habitée en 2019. En utilisant un équipement de pointe, l’équipe a enregistré des images de l’épave pouvant servir à créer des modèles 3D, utiles aux chercheurs.

Combien de temps le Titanic restera-t-il dans cet état ? « Tout le monde a son avis », lâche Bill Lange, de l’Institut océanographique de Woods Hole. « Certains pensent que la proue s’effondrera dans un an ou deux. D’autres disent qu’elle restera en place des centaines d’années. » Dans tous les cas, l’histoire perdurera, celle d’un navire trop fier filant à toute vapeur vers un monde nouveau, avant une collision fatale avec quelque chose d’aussi vieux et lent que de la glace.

Cet article a initialement paru dans le numéro de novembre 2021 du magazine National Geographic. S'abonner au magazine.

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