Gandhi : la naissance d’une forme de résistance pacifique

Jeune avocat, Mohandas Gandhi ne s’intéressait pas particulièrement à la politique jusqu’en 1894, quand une loi a été adoptée pour priver les Indiens de leurs droits civiques en Afrique du Sud.

De Rédaction National Geographic
Publication 26 mars 2026, 13:52 CET
Gandhi photographié avec ses collègues dans le Natal au début des années 1900.

Gandhi photographié avec ses collègues dans le Natal au début des années 1900. 

PHOTOGRAPHIE DE Bridgeman, ACI

Né en 1869 dans une famille de la classe moyenne dans le nord-ouest de l'Inde, Mohandas Gandhi suivit les traces de son père et devint avocat. Grâce à sa maîtrise de l'anglais, sa deuxième langue après le gujarati, Gandhi fit ses études de droit à Londres, où il se rendit en 1888. 

Il réfléchissait souvent à son hindouisme et était influencé par les intellectuels britanniques radicaux qui critiquaient la société victorienne. Après son retour en Inde où les perspectives professionnelles étaient peu nombreuses, il accepta en 1893 un poste dans le département juridique d'une entreprise indienne dans le Natal, en Afrique du Sud. 

De nombreux Indiens avaient été emmenés en Afrique du Sud en tant que travailleurs sous contrat et esclaves par les colons britanniques et néerlandais et, tout comme les Africains, subissaient de graves discriminations. 

Gandhi fut ainsi expulsé d'un train pour avoir refusé de quitter le wagon de première classe « réservé aux Blancs ». Malgré son indignation face au racisme qu'il subissait, il ne s'intéressait pas particulièrement à la politique jusqu'en 1894, date à laquelle l'assemblée du Natal introduisit une loi visant à priver les Indiens de leurs droits.

La nouvelle loi inspira au jeune avocat le principe de la résistance non violente, connu sous le nom de satyagraha. Cela conduisit Gandhi à mener son premier grand combat avec la création du Natal Indian Congress, une organisation visant à combattre la discrimination contre les Indiens en Afrique du Sud, et une campagne pour la défense des droits des Indiens. 

Gandhi mena la Marche du sel, un périple d'environ 386 kilomètres à destination du village côtier ...

Gandhi mena la Marche du sel, un périple d'environ 386 kilomètres à destination du village côtier de Dandi où il récolta du sel, violant la loi sur le sel. 

 

PHOTOGRAPHIE DE SÜDDEUTSCHE ZEITUNG PHOTO, Album

 

LA MARCHE DU SEL 

C'est en Afrique du Sud que Gandhi développa sa théorie et sa pratique de la résistance non violente. Son étude du christianisme et de l'islam conforta sa conviction, qu'il défendit toute sa vie, quant à la nécessité d'une coexistence pacifique des religions. À son retour en Inde en 1915, le soutien initial que Gandhi avait apporté aux Britanniques pendant la Première Guerre mondiale laissa place à un regard de plus en plus critique. 

La loi Rowlatt de 1919, qui autorisait les autorités britanniques à emprisonner des suspects sans procès, poussa Gandhi à organiser une campagne de satyagraha. Bien que l'appel à un activisme pacifique ait été largement respecté, des actes violents furent tout de même observés. Des soldats britanniques ouvrirent le feu sur des manifestants non armés à Jallianwala Bagh, dans l'État du Pendjab, en avril 1919, tuant plusieurs centaines de personnes. 

Gandhi fut emprisonné pour rébellion en 1922 et, à sa libération en 1924, il était devenu l'homme le plus célèbre d'Inde. En 1930, il lança une nouvelle campagne de satyagraha en opposition à une nouvelle loi du gouvernement britannique visant à limiter la production et la vente de sel par les Indiens, un produit de première nécessité. Entre la fin du mois de mars et le début du mois d'avril de cette année-là, Gandhi mena la Marche du sel, un périple d'environ 386 kilomètres à destination du village côtier de Dandi, où il récolta du sel, violant ouvertement la loi. 

En associant la non-violence au spectacle et en rassemblant des Indiens de toutes les castes et toutes les religions, Gandhi s'imposa non seulement comme le leader de l'Inde mais également comme une légende mondiale de la résistance. 

 

UN NÉGOCIATEUR INTERNATIONAL

Les manifestations en opposition aux lois sur le sel conduirent à l'emprisonnement de milliers d'Indiens, y compris de personnalités du Congrès national indien, un parti politique indien. 

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    Une foule londonienne accueille Gandhi.

    Une foule londonienne accueille Gandhi. 

    PHOTOGRAPHIE DE Bridgeman, ACI

    En mars 1931, Lord Irwin, vice-roi des Indes à l'époque, signa un accord avec Gandhi visant à mettre fin aux lois sur le sel et à libérer les prisonniers politiques en échange de l'abandon de la campagne par Gandhi. Outre ces concessions, cet accord revêtait une certaine importance car il reconnaissait Gandhi comme personnalité centrale des négociations. 

    En septembre de la même année, Gandhi fut invité à Londres pour assister à la deuxième Round Table Conference avec le gouvernement britannique pour discuter du futur de l'Inde. Sur la photo ci-dessus, une foule londonienne accueille le célèbre militant indien dont le pagne et les sandales firent sensation. Même si la conférence n'aboutit pas à grand chose, elle s'avéra être un coup de maître en termes de propagande pour le mouvement pour l'indépendance de l'Inde. 

     

    LE ROUET, SYMBOLE DU SALUT 

    Gandhi a poussé à plusieurs reprises ses compatriotes indiens à recommencer à utiliser des rouets chez eux, comme il le fait sur la photo ci-dessous datant des années 1930. Le charkha, un rouet servant à filer le coton, devint alors un symbole puissant des aspirations de l'Inde à l'indépendance. 

    Gandhi utilise un rouet.

    Gandhi utilise un rouet. 

    PHOTOGRAPHIE DE ADOC-Photos, Album

    De la même façon que la Marche du sel avait utilisé un grief économique pour faire passer un message visuel fort, le fait que les Indiens filent chez eux permettrait à l'Inde de se passer des vêtements britanniques importés, qui détruisaient l'industrie textile locale et l'économie indienne.

    Pour Gandhi, le filage inculquait des valeurs d'indépendance et était une activité apaisante, méditative et même spirituelle : « Je file chaque jour pendant un moment. Pendant que je file, je réfléchis. Je pense à beaucoup de choses. Mais j'essaie toujours d'écarter ces pensées de l'amertume. Observez mon rouet. Cela vous apprendrait bien plus que je ne le peux : la patience, le travail, la simplicité. Pour des millions d'Indiens affamés, ce rouet est le symbole du salut. »

     

    JEÛNER POUR LA LIBERTÉ

    L'hindouisme, le dialogue interreligieux et le militantisme jouèrent un rôle dans le credo politique de Gandhi. Habitué au jeûne comme forme de pénitence et de purification, il en vint à croire que les grèves de la faim pouvaient aussi être une méthode efficace de lutte politique. 

    « Jeûner jusqu'à la mort », affirmait Gandhi « fait partie intégrante du programme satyagraha et constitue l'arme la plus puissante et efficace de son arsenal. » 

    Gandhi reste allongé dans son lit pour économiser ses forces pendant une grève de la faim ...

    Gandhi reste allongé dans son lit pour économiser ses forces pendant une grève de la faim en 1939. 

    PHOTOGRAPHIE DE Ullstein Bild, Getty Images

    Sur la photo ci-dessus, Gandhi reste allongé dans son lit pour préserver ses forces pendant une grève de la faim en 1939 qui dura plusieurs jours jusqu'à ce que les autorités britanniques acceptent de relâcher les prisonniers satyagraha

    En janvier 1948, cinq mois après que l'Inde et le Pakistan nouvellement créés eurent obtenu leur indépendance, Gandhi déclara qu'il se laisserait mourir de faim jusqu'à la fin des violences entre hindous, musulmans et sikhs à Delhi. Les dirigeants politiques s'empressèrent d'agir et les violences cessèrent. 

    Pour de nombreux Indiens, Gandhi était le mahatma, un titre sanskrit signifiant « Grande âme ». Toutefois, tous les Indiens n'étaient pas de cet avis : presque deux semaines après la fin de sa dernière grève de la faim, Gandhi fut assassiné par un nationaliste hindou. L'Inde fut alors plongée dans le deuil et un million de personnes participèrent à sa procession funèbre. 

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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