Nouvelle-Zélande : quand les Maoris ont pris les armes contre l'Empire britannique

Face à l'expansion de la colonisation britannique au 19e siècle, les Maoris ont livré une série de guerres pour défendre leurs terres, leur autonomie politique et leur mode de vie.

De Jordi Canal-Soler
Publication 2 août 2026, 09:33 CEST
L'attaque britannique de Waikato Pā pendant les guerres de Nouvelle-Zélande dans les années 1860. Aquarelle d'Orlando ...

L'attaque britannique de Waikato Pā pendant les guerres de Nouvelle-Zélande dans les années 1860. Aquarelle d'Orlando Norie, 1863.

PHOTOGRAPHIE DE Erich Lessing, Album

L'attaque britannique de Waikato Pā pendant les guerres de Nouvelle-Zélande dans les années 1860. Aquarelle d'Orlando Norie, 1863.

PHOTOGRAPHIE DE Erich Lessing, Album

Dans l'histoire des migrations humaines, la Nouvelle-Zélande compte parmi les dernières grandes terres émergées à avoir été occupées par l'être humain. Les Maoris y arrivèrent au milieu du 13e siècle en provenance de la Polynésie orientale et occupèrent l'ensemble du territoire, se répartissant en tribus et sous-tribus. Pour survivre, ils chassaient les dinornithiformes (des oiseaux disparus semblables à l'autruche), qui finirent par disparaître, et introduisirent des cultures, des rats et des chiens comme sources de nourriture. Pour faire face au climat froid des îles, ils prirent l'habitude de porter des fourrures et d'utiliser les sources naturelles d'eau chaude. 

L'archipel fut repéré en 1642 par une expédition du Néerlandais Abel Tasman et James Cook y débarqua en 1769, tandis que les Européens ne commencèrent à s'y installer qu'à la fin du 18e siècle. Les colons étaient des baleiniers, des chasseurs de phoques et des commerçants à qui les Maoris achetaient des tissus, des clous et même des armes, afin de régler des querelles tribales de longue date. 

Les missionnaires qui arrivèrent peu de temps après furent stupéfaits par le chaos qui régnait dans les colonies, où l'alcoolisme, la prostitution et les escroqueries visant à obtenir des terres maories à bas prix étaient monnaie courante. Ils demandèrent rapidement au gouvernement britannique d'intervenir. Certains chefs maoris adressèrent également une pétition à la Couronne britannique en 1831 pour demander sa protection, craignant une invasion des Français, qui avaient massacré pas moins de 250 Maoris en représailles d'un affrontement survenu en 1772. Après un moment de réticence, les autorités de Londres conclurent que la meilleure solution serait d'annexer les îles. Cela permettrait de faire d'une pierre deux coups : protéger les Maoris en maîtrisant les colons sans foi ni loi et, surtout, garantir les intérêts commerciaux britanniques dans la région. 

Tāmati Wāka Nene était un chef maori allié aux Britanniques.

Tāmati Wāka Nene était un chef maori allié aux Britanniques. 

PHOTOGRAPHIE DE Album

Tāmati Wāka Nene était un chef maori allié aux Britanniques. 

PHOTOGRAPHIE DE Album

En 1833, le premier représentant du gouvernement britannique arriva dans les îles. Installé à Waitangi, James Busby forgea des alliances avec des chefs locaux dans le but de préparer le terrain pour l'annexion. Puis, en 1840, le capitaine William Hobson arriva, chargé par le gouvernement britannique d'obtenir « le consentement libre et éclairé des natifs » afin de faire de la Nouvelle-Zélande une colonie britannique. Il fut décidé qu'un traité devait être conclu entre le Royaume-Uni et les chefs tribaux de l'archipel, selon lequel les Maoris accepteraient la reine Victoria comme souveraine et, en contrepartie, elle reconnaîtrait aux Maoris la propriété de leurs terres, achèterait ces terres à un prix juste et garantirait aux peuples maoris tous les droits et privilèges des sujets britanniques. 

 

SUJETS DE LA REINE VICTORIA

Le traité de Waitangi, considéré comme le document fondateur de la Nouvelle-Zélande, fut rédigé par William Hobson, son secrétaire et James Busby, et fut signé par environ quarante rangatira, ou chefs, maoris le 6 février 1840. Au cours des mois suivants, 500 autres rangatira signèrent le document mais seuls trente-neuf d'entre eux apposèrent leur signature sur la version anglaise du texte. Ils étaient nombreux à penser que la Couronne britannique régnerait sur les pākehā (étrangers) et laisserait aux Maoris le contrôle de leurs propres communautés, terres et ressources. 

les plus populaires

voir plus

Mais les choses changèrent rapidement après que William Hobson eut proclamé la souveraineté britannique sur la Nouvelle-Zélande en 1840. L'afflux de colons fut si important que les terres se firent rares. Sous la pression de la puissante New Zealand Company, dont le modèle économique reposait sur la colonisation systématique, le gouvernement britannique commença à acheter les terres des Maoris à des prix plus bas, pour les revendre ensuite aux colons en réalisant des bénéfices. Le traité de Waitangi de 1840 promettait aux Maoris les mêmes droits que tous les sujets britanniques. Néanmoins, lors de la création du premier Parlement néo-zélandais en 1852, les Maoris ne purent pas voter car ce droit dépendait de la propriété foncière individuelle alors que les terres des Maoris étaient détenues en propriété communautaire. Ce n'est qu'en 1867 que le suffrage universel fut étendu à tous les hommes maoris âgés de plus de vingt-et-un ans. 

 

LE NATIONALISME MAORI

Les tribus maories, contraintes de vendre leurs terres pour une somme dérisoire, se sentirent trahies. Ces terres étaient non seulement leur moyen de subsistance mais aussi la source de leurs traditions et de leur culture. Les vendre revenait à renoncer à leur passé et à leur avenir. Les chefs tribaux qui n'avaient pas signé le traité lancèrent la monarchie maorie, ou Kīngitanga en maori, décidant de nommer leur propre roi qui ferait office d'alternative locale à la reine Victoria. Potatau Te Wherowhero fut désigné roi maori en 1858 mais ne fut jamais reconnu par les Britanniques. À cette époque, les colons étaient déjà plus nombreux que les Maoris en Nouvelle-Zélande. 

Ce tableau représente les combats ayant eu lieu le 19 juillet 1847, la veille du jour ...

Ce tableau représente les combats ayant eu lieu le 19 juillet 1847, la veille du jour où les Britanniques brisèrent le siège maori de Whanganui, sur l'île du Nord de la Nouvelle-Zélande. Peinture de George Hyde Page.

PHOTOGRAPHIE DE ALEXANDER TURNBULL LIBRARY, WELLINGTON, New Zealand

Ce tableau représente les combats ayant eu lieu le 19 juillet 1847, la veille du jour où les Britanniques brisèrent le siège maori de Whanganui, sur l'île du Nord de la Nouvelle-Zélande. Peinture de George Hyde Page.

PHOTOGRAPHIE DE ALEXANDER TURNBULL LIBRARY, WELLINGTON, New Zealand

Un conflit violent semblait désormais inévitable. En 1844, la « Guerre du Nord » éclata lorsque le chef de la tribu Ngāpuhi, Hone Heke Pokai (premier signataire du traité), et ses hommes abattirent le mât du drapeau britannique à Koroāreka et pillèrent la ville. Cette rébellion fut réprimée en 1846. Au cours des années suivantes, d'autres conflits mineurs et escarmouches continuèrent d'opposer les Maoris aux colons. L'historien et militaire John William Fortescue considérait les Maoris comme les adversaires les plus extraordinaires que les Britanniques aient jamais rencontrés. 

À partir de 1860, les tensions s'intensifièrent rapidement. Autour du Taranaki Mounga, un volcan situé sur l'île du Nord de Nouvelle-Zélande, les Maoris lancèrent une guerre de guérilla. Le fait de combattre sur les terres hostiles qu'ils connaissaient si bien leur conférait un avantage et ils se révélèrent être de redoutables adversaires. Admirés pour leur traitement chevaleresque des blessés et leur attitude durant la guerre, les Maoris auraient demandé des munitions et de l'eau à leurs ennemis ou auraient envoyé de la nourriture aux Britanniques afin de pouvoir poursuivre la bataille. 

Une photo de Te Ua Haumēne datant d'environ 1866.

Une photo de Te Ua Haumēne datant d'environ 1866. 

PHOTOGRAPHIE DE Album

Une photo de Te Ua Haumēne datant d'environ 1866. 

PHOTOGRAPHIE DE Album

 

UNE RÉSISTANCE ACHARNÉE

L'un des moments charnières de la guerre eut lieu en 1864, pendant le siège d'Orākau, une fortification maorie où près de trois cents hommes, femmes et enfants se réfugièrent sous le commandement du chef tribal Rewi Maniapoto. Lorsque le général Duncan Alexander Cameron, à la tête de plus de mille quatre cents soldats, leur proposa de se rendre, la réponse fut : « Ka whawhai tonu mātou, Ake! Ake! Ake! » (nous continuerons à nous battre pour toujours). Et, lorsqu'il proposa un passage sûr aux femmes et aux enfants, Ahumai Te Paerata, la fille du chef tribal Te Paerata, répondit qu'elles resteraient pour se battre aux côtés des hommes. Cet après-midi-là, les Maoris quittèrent les lieux en plein jour et plus de la moitié d'entre eux furent tués alors qu'ils essayaient de s'échapper. Les Britanniques procédèrent ensuite à la confiscation de près d'un demi-million d'hectares de terres maories, dont certaines appartenaient même à des tribus étant restées neutres. On appelait ces terres les « raupatu », ou terres prises de force. 

Une reconstitution de la fortification maorie, prise en 1869 lors de la dernière grande bataille de ...

Une reconstitution de la fortification maorie, prise en 1869 lors de la dernière grande bataille de la guerre. 

PHOTOGRAPHIE DE Alamy, ACI

Une reconstitution de la fortification maorie, prise en 1869 lors de la dernière grande bataille de la guerre. 

PHOTOGRAPHIE DE Alamy, ACI

En 1865, une nouvelle loi autorisa les Maoris à vendre leurs terres directement aux colons, sans l'intervention de la Couronne britannique. Abattus par l'impossibilité de conserver leurs terres, les Maoris furent démoralisés. Le romancier Anthony Trollope, qui voyagea à travers la Nouvelle-Zélande en 1872, à la fin de la guerre, décrivait ainsi ce qu'il percevait comme l'absence de futur pour les Maoris : « ils finiront par vendre progressivement même les terres dont nous sommes actuellement bannis ». 

À la fin du 19e siècle, les Maoris ne représentaient plus que 6 % de la population néo-zélandaise et leurs terres avaient été réduites à 15 % de la superficie du pays. Au cours du 20e siècle, toutefois, ils se battirent pour leur autodétermination et pour récupérer leurs terres ancestrales. Aujourd'hui, les Maoris continuent d'exiger que le gouvernement néo-zélandais respecte le traité de Waitangi.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

les plus populaires

voir plus
loading

Découvrez National Geographic

  • Histoire
  • Santé
  • Animaux
  • Sciences
  • Environnement
  • Voyage® & Adventure
  • Photographie
  • Espace

À propos de National Geographic

S'Abonner

  • Magazines
  • Livres
  • Disney+
Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2026 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.