Les joyaux de la reine Victoria, symboles de pouvoir et de son grand amour
La reine Victoria exerça une influence immense sur ses sujets, mais ce sont peut-être ses joyaux qui demeurent les symboles les plus reconnaissables de son règne et de son amour pour le prince Albert.

La couronne miniature sertie de diamants de la reine Victoria fut conçue en 1870. De nos jours, elle fait partie intégrante des joyaux de la Couronne britannique, que l’on peut admirer au sein de la Jewel House dans la tour de Londres.
La couronne miniature sertie de diamants de la reine Victoria fut conçue en 1870. De nos jours, elle fait partie intégrante des joyaux de la Couronne britannique, que l’on peut admirer au sein de la Jewel House dans la tour de Londres.
Tôt, un matin de juin 1837, quelques semaines à peine après son dix-huitième anniversaire, la reine Victoria fut réveillée par sa mère pour aller saluer l’archevêque de Cantorbéry, qui venait annoncer la nouvelle de la mort récente du roi Guillaume IV. Victoria, en robe de nuit, venait de devenir reine. Ce soir-là, elle écrivit la chose suivante dans son journal : « Bien peu sont animés d’une volonté et d’un désir aussi sincère de faire ce qui convient et ce qui est juste que ma propre personne. »
L’accession au pouvoir de Victoria marqua un tournant majeur. Après près d’un demi-siècle dominé par des souverains vieillissants, une jeune reine allait désormais incarner la monarchie britannique. Comme le déclara plus tard le premier ministre Benjamin Disraeli devant la Chambre des communes lors d’un discours prononcé en 1861 : « Celle qui règne sur nous a choisi, au milieu de tout le faste de l’Empire, de fonder sa vie sur le principe de l’amour domestique. » La famille royale représentait désormais la jeunesse, la moralité et la vie de famille.
L’on changea également les insignes régaliens des anciens souverains. Une reine adolescente mesurant moins d’un mètre cinquante avait besoin d’emblèmes de l’autorité royale mieux proportionnés à sa stature. On fabriqua pour elle une nouvelle bague de couronnement et on modifia les hampes des sceptres pour qu’elle puisse les tenir confortablement.

Parmi les magnifiques joyaux de la reine Victoria figurait le diamant Koh-i-Noor, entré en sa possession après la conquête de l’Empire sikh par les Britanniques en 1849. Dans ce portrait réalisé en 1856, la jeune souveraine le porte en broche.
Parmi les magnifiques joyaux de la reine Victoria figurait le diamant Koh-i-Noor, entré en sa possession après la conquête de l’Empire sikh par les Britanniques en 1849. Dans ce portrait réalisé en 1856, la jeune souveraine le porte en broche.
VICTORIA ET ALBERT
L’une des fonctions traditionnelles de la monarchie, se marier et fonder une dynastie, demeurait toutefois, et la mère de Victoria, la princesse Marie-Louise-Victoire de Saxe-Cobourg-Saalfeld, et son oncle, le roi Léopold de Belgique, présentèrent Victoria à son cousin germain, le prince Albert de Saxe-Coburg-Gotha. Victoria et Albert se marièrent en février 1840. Plus qu’un simple mariage dynastique, leur union fut placée sous le signe de la dévotion et de la passion et dura plus de vingt ans, jusqu’à la mort d’Albert.
Le public britannique, mais aussi le Parlement, virent d’abord en Albert, né en Allemagne, un intrus. Il devint néanmoins le principal conseiller de Victoria et son plus proche allié, l’aidant souvent à rédiger sa correspondance. Il offrait également à son épouse des bijoux qu’il avait conçus lui-même, par exemple la broche sertie de saphirs et de diamants qu’il lui donna avant leur mariage, et un ensemble en or et en porcelaine comprenant une broche, des boucles d’oreilles et un collier évoquant la couronne de fleurs d’oranger qu’elle avait portée le jour de leur mariage. Il conçut également douze broches en forme d’aigles ornées de turquoises, symboles d’un amour véritable. Chacun de ces aigles a des rubis à la place des yeux et des perles dans les serres ; ils furent portés par les demoiselles d’honneur qui tenaient la traîne de Victoria.
L’EMPIRE S’ÉTEND
Plus l’influence impériale britannique s’étendait sous le règne de Victoria, plus sa collection de bijoux s’enrichissait. Le célèbre diamant Koh-i Noor (« montagne de lumière » en persan) avait déjà appartenu à plusieurs dynasties et puissances d’Asie centrale, notamment à Shah Jahan, bâtisseur du Taj Mahal, avant de finir entre les mains du souverain de l’Empire sikh, Ranjit Singh. Quand les Britanniques conquirent l’Empire sikh, en 1849, ils s'emparèrent du joyau du fils de Ranjit Singh et l’offrirent à la reine Victoria.
Albert, de même que les foules qui se pressèrent pour aller admirer le diamant lors de l’exposition universelle de 1851, n’aimait guère son apparence terne et irrégulière et fit retailler la pierre de 186 carats en un joyau ovale brillant, plus petit et plus contemporain. Lord Dalhousie, gouverneur général des Indes, écrivit à Victoria pour lui dire qu’il espérait qu’elle le porterait comme « un trophée de la gloire et de la puissance de Votre Majesté en Orient ». On dit pourtant que Victoria était mal à l’aise à l’idée de recevoir le Koh-i Noor et qu’elle éprouva de l’embarras lorsqu’elle le montra, retaillé, à son ancien propriétaire, le maharaja Dulhip Singh, lors de la visite de ce dernier en 1854.
Au lieu de le faire sertir sur la couronne royale, Victoria le porta comme broche personnelle (bien visible sur le portrait de 1856, à gauche). Les successeurs de Victoria, cependant, n’eurent pas ces scrupules et en ornèrent la couronne. Les visiteurs de la tour de Londres peuvent d’ailleurs aujourd’hui voir le diamant serti sur la couronne du couronnement de la reine mère.

La reine Victoria portant sa petite couronne en 1885.
La reine Victoria portant sa petite couronne en 1885.
LA COURONNE D'UNE VEUVE
Le 14 décembre 1861, Albert, l’« Ange » de Victoria, mourut. « Sans lui, la vie n’est que ténèbres », écrivit la veuve de 42 ans. Anéantie, elle refusa d’assister aux événements officiels, se dérobant aux devoirs cérémoniels que sa fonction impliquait. Toutefois, bien que retirée de la vie publique, elle utilisa sa plume pour continuer à jouer un rôle quotidien et actif dans les affaires politiques domestiques et européennes et présida notamment à une période d’intenses réformes sociales dans les années 1870 et 1880. La santé publique s’améliora et l’électorat doubla presque. Elle persuada le gouvernement de renforcer l’armée britannique, dissuada la Russie de tenter de conquérir Constantinople et supervisa l’expansion de l’influence britannique en Asie de l’Est.
Elle était également préoccupée par les vies et par les mariages de ses neuf enfants et de ses petits-enfants, toujours plus nombreux. Ainsi, dans les années 1890, Victoria se trouva liée aux maisons royales de presque toutes les puissances européennes, soit directement, soit par alliance. Par l’intermédiaire de ses enfants, elle suivit de près les changements prenant place en Allemagne et l’avènement de Bismarck en Prusse.
Victoria retourna à la vie publique en 1866 pour l’ouverture du Parlement, mais elle le fit en habits de deuil noirs et blancs. Refusant de porter la couronne impériale d’apparat car celle-ci était lourde et impossible à porter avec sa voilette de deuil en dentelle, elle commanda en 1870 une nouvelle couronne, de petite taille, pouvant être placée sur celle-ci.
Malgré ses dimensions (elle ne pesait que 140 grammes et ne mesurait que dix centimètres dans toutes les directions), cette couronne en argent est ornée de 1 187 diamants récupérés sur un grand collier. Sa légèreté et son élégance la distinguent de ses prédécesseurs, mais cette minuscule coiffe imite la forme d’une couronne anglaise traditionnelle avec ses arches, ses croix alternées et ses fleurs de lys.
Victoria la porta pour la première fois lors de l’ouverture du Parlement de 1871 et continua à la porter à toutes les cérémonies officielles, tandis que l’on plaçait la couronne impériale d’apparat à son côté sur un coussin. Elle la portait également lors d’événements moins formels et pour ses portraits peints et photographiés. À sa mort, en 1901, cette couronne était si associée à son image qu’on la plaça sur son cercueil durant ses obsèques. En 1937, le roi George VI l’ajouta aux insignes régaliens conservés dans la tour de Londres, où elle est encore exposée de nos jours.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.


