Europa regina, une carte pour rétablir la paix dans l'Europe du 16e siècle

En 1533, l'artiste Johannes Putsch cartographia l'Europe sous les traits d'une reine demandant la paix sur ses terres, une œuvre qui déclencha une mode de cartes représentant des lieux sous la forme d'animaux, d'humains, et même de plantes.

De Julius Purcell
Publication 8 juil. 2022, 17:05 CEST
Europa regina

Europa regina (« Reine Europe ») est ici représentée dans l'édition de 1588 de la Cosmographia Universalis de Sebastian Münster, d'après la gravure sur bois originale des années 1530 réalisée par Johannes Putsch.

PHOTOGRAPHIE DE Alamy, ACI

À la fin du 15e siècle, le domaine de la cartographie était florissant en Europe. La majorité des cartes produites à cette époque avaient un objectif purement pratique, fabriquées pour naviguer sur les routes commerciales en expansion. Mais certaines créations mémorables contenaient plus que de la simple géographie, reflétant les préoccupations culturelles, sociales et politiques de leur temps. L’une des plus remarquables fut produite dans les années 1530 par l’érudit et homme de cour autrichien Johannes Putsch, dont l’œuvre la plus célèbre personnifiait l’Europe sous les traits d’une reine tenant un globe et un sceptre entre ses mains.

(À lire : Cette carte utilisée par Christophe Colomb révèle ses secrets 500 ans plus tard.)

La carte originale de Putsch, une gravure sur bois assez grossière, fut connue sous divers titres, dont Europa regina (« Reine Europe »). Représentant l’ouest en haut et l’est en bas, Putsch y désigna chaque région par un nom latin : à l’ouest, l’Hispanie, la péninsule ibérique, représente la tête, et les régions orientales de la Bulgarie et de Moscou forment les pieds. Le bras de gauche est l’Italie, et la Sicile est représentée par un globe dans la main de la reine. Le bras de droite représente le Danemark.

Représenter l’Europe sous la forme d’une femme devait sembler naturel pour les lecteurs des mythes classiques, qui savaient sans doute que le continent avait été baptisé ainsi en référence à Europe, une princesse enlevée par le dieu grec Zeus. Des personnifications de l’Europe circulèrent sous la forme de dessins conçus par l’artiste du 14e siècle Opicinus de Canistris. Bien que l’on ne sache pas si Putsch avait vu les œuvres d’Opicinus, il est probable qu’il ait été témoin des processions impériales organisées par les souverains Habsbourg, dans lesquelles les continents étaient souvent personnifiés sous les traits de femmes.

 

POUR LA PAIX EN EUROPE

En outre, la magnifique œuvre de Putsch envoyait un message puissant, montrant l’Europe comme une seule et unique entité. L’empire des Habsbourg, centré sur l’Espagne et le Saint-Empire romain germanique, était la force militaire la plus puissante du continent, et son rôle dans le maintien de son unité est au cœur du thème d’unité de Putsch.

Des vers écrits en latin par Putsch accompagnent la carte. S’exprimant à la première personne, la « Reine Europe » demande l’unité et s’adresse directement à Charles Quint, empereur du Saint-Empire romain germanique et roi d’Espagne, ainsi qu’à son frère, Ferdinand Ier (à la cour duquel Putsch travaillait).

Charles V et son frère Ferdinand représentés dans une gravure de Christoph Bockstorfer.

PHOTOGRAPHIE DE Album

La reine s’adresse à eux comme aux « plus brillantes étoiles du monde » et les supplie de mettre fin aux guerres qui la déchirent, en Italie mais aussi entre protestants et catholiques. Avec les nouvelles menaces des Turcs ottomans à l’est, sa sécurité dépendait des positions « fidèles et puissantes » de l’Allemagne des Habsbourg, située près de son cœur, et de l’Espagne, dans sa tête.

Nous n’avons que peu de détails concernant la vie Putsch. Il mourut jeune en 1542, mais son œuvre perdura, lissée dans des éditions ultérieures et recolorée. Elle donna naissance à un concept d’unité européenne qui fut par la suite expérimenté pendant des siècles, et qui aboutit sans doute à l’Union européenne que nous connaissons aujourd’hui. Elle inspira également un nouveau genre cartographique, entraînant la création de versions représentant les pays sous forme d’animaux et de plantes. Populaires à la fin du 16e et au 17e siècles, ces cartes représentaient par exemple les Pays-Bas sous les traits d’un lion rugissant, et la Bohême sous la forme d’une rose.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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