George Washington : la longue lutte pour l'indépendance

Vaincue à New York et pourchassée par les tuniques rouges, une armée tourmentée triompha à Trenton et redonna vie à la cause révolutionnaire américaine.

De Stephen Hyslop
Publication 18 juin 2026, 09:08 CEST
Des révolutionnaires de New York célèbrent la Déclaration d’indépendance en renversant une statue équestre de George ...

Des révolutionnaires de New York célèbrent la Déclaration d’indépendance en renversant une statue équestre de George III.

PHOTOGRAPHIE DE IanDagnall Computing, Alamy

Des révolutionnaires de New York célèbrent la Déclaration d’indépendance en renversant une statue équestre de George III.

PHOTOGRAPHIE DE IanDagnall Computing, Alamy

Au moment où les États-Unis déclarèrent leur indépendance, le 4 juillet 1776, l’armée de George Washington se trouvait en garnison dans la ville de New York et était dans l’attente d’une invasion britannique. New York abritait de nombreux loyalistes britanniques (les Tories) mais certains avaient fui et d’autres se faisaient discrets pour éviter les persécutions que menaient les révolutionnaires américains. Le gouverneur royal de New York, William Tryon, s’était réfugié au large à bord d’un sloop de guerre britannique au mois d’octobre 1775 depuis lequel il avait ourdi un complot en vue d’assassiner Washington, un projet qui fut découvert en juin 1776. 

Des patriotes, furieux de cette intrigue, s’en prirent à des personnes soupçonnées d’être des Tories et leur infligèrent des sévices. Un témoin rapporta avoir vu des hommes « être transportés à travers les rues sur des barres de fer, leurs vêtements arrachés du dos et leurs corps passablement mêlés à la poussière ». Peu après la lecture de la Déclaration d’indépendance dans la ville, quarante soldats et marins coloniaux célébrèrent l’événement en renversant une grande statue équestre du roi George III en plomb doré dans le parc de Bowling Green, puis en lui coupant la tête et en envoyant des parties de la statue dans le Connecticut, où l’on fit fondre son métal pour en faire des balles de mousquet destinées aux forces de Washington.

Bien que tous ses soldats ne fussent pas en état de combattre, 20 000 hommes garnissaient les troupes de George Washington, y compris des miliciens engagés pour de courtes périodes et des recrues de l’armée continentale. Face à eux se trouvaient 32 000 hommes placés sous les ordres du major général William Howe, un effectif plus grand que tout autre jamais projeté à l’étranger par les Britanniques. William Howe était arrivé par la mer depuis Halifax, en Nouvelle-Écosse, à la fin du mois de juin, et avait été suivi, en juillet, par une flotte redoutable commandée par son frère aîné, le vice-amiral Richard Howe.

Des Hessois contribuèrent à la défaite de George Washington à Long Island, après quoi il fit ...

Des Hessois contribuèrent à la défaite de George Washington à Long Island, après quoi il fit traverser l’East River en sécurité à l’essentiel de son armée pour qu’elle rejoigne Manhattan dans la nuit, comme le montre cette gravure.

PHOTOGRAPHIE DE Interim Archives, Getty Images

Des Hessois contribuèrent à la défaite de George Washington à Long Island, après quoi il fit traverser l’East River en sécurité à l’essentiel de son armée pour qu’elle rejoigne Manhattan dans la nuit, comme le montre cette gravure.

PHOTOGRAPHIE DE Interim Archives, Getty Images

Les Howe faisaient à la fois office de commandants militaires et de commissaires de paix et étaient autorisés à accorder des grâces et à cesser les hostilités si les chefs rebelles acceptaient de dissoudre le Congrès et de démanteler leurs forces armées, entre autres concessions. À cette fin, l’amiral Howe fit parvenir une lettre à Washington, mais ce dernier refusa de la recevoir, car elle ne s’adressait pas à lui en tant qu’officier des États-Unis. Il déclara au porteur de celle-ci qu’il n’avait aucun mandat du Congrès en vue de négocier ou de demander une grâce pour « avoir défendu ce que nous considérons comme nos droits incontestables ». De même, lorsque des émissaires du Congrès, parmi lesquels Benjamin Franklin et John Adams, rencontrèrent l’amiral Howe en septembre, ils exprimèrent clairement que les États-Unis ne renonceraient pas à l’indépendance et ne soumettraient pas à la Couronne.

 

LA BATAILLE DE LONG ISLAND

Washington demeurait incertain quant à l’endroit où les troupes du général Howe allaient lancer leur assaut et il continua de redouter une attaque sur Manhattan même après le débarquement des Britanniques sur Long Island le 22 août. Quelques milliers de soldats américains tinrent trois passages par lesquels les forces britanniques étaient susceptibles de progresser au sud de la position de Washington à Brooklyn Heights, mais un quatrième, l’étroit Jamaica Pass, un défile situé sur le flanc gauche des Américains, n’était gardé que par cinq cavaliers. Cette faille dans les défenses américaines fut justement détectée par un officier britannique, le major général Henry Clinton, qui avait grandi à New York et qui persuada Howe de concentrer le gros de ses forces sur Jamaica Pass.

Le 27 août, bien avant l’aube, Henry Clinton et le général Howe, à la tête de 10 000 soldats britanniques, franchirent le défilé et capturèrent les hommes qui le gardaient. Aucun soldat américain n’attendait les Britanniques quand ils débouchèrent de l’autre côté. Ils eurent alors tout le loisir de déborder par l’arrière, le long de la crête, les défenseurs distraits par des tirailleurs britanniques qui les harcelaient de front.

À neuf heures du matin, des tirs de canon signalèrent le début d’un assaut dévastateur mené sur l’avant-garde de George Washington, à la fois de front et par l’arrière. Dans les rangs américains, certains tombèrent ou furent capturés avant d’avoir eu le temps de tirer un seul coup de feu, mais ceux qui se trouvaient sur le flanc droit, près de Gowanus Bay, combattirent avec acharnement sous les ordres du brigadier général William Alexander, un New-Yorkais connu sous le nom de Lord Stirling, car il revendiquait un comté en Écosse. On raconta plus tard qu’il s’était « battu comme un loup ». 

Et ses troupes aussi lorsqu’elles tentèrent de se replier. Leur ligne de retraite traversait des marécages où des hommes « s’embourbaient et imploraient leurs camarades, au nom de Dieu, de leur venir en aide », se souvint un soldat de Pennsylvanie. D’autres tentèrent de traverser Gowanus Creek, dont la profondeur devenait traîtresse à marée haute, et se noyèrent. William Alexander lui-même fut capturé et fait prisonnier de guerre.

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Le vice-amiral Richard Howe, qui gravit les échelons jusqu’à devenir Premier Lord de l’Amirauté et comte ...

Le vice-amiral Richard Howe, qui gravit les échelons jusqu’à devenir Premier Lord de l’Amirauté et comte Howe, échoua dans sa mission de commissaire de paix en 1776 mais parvint à s’emparer de New York avec son frère, le lieutenant général William Howe.

PHOTOGRAPHIE DE NATIONAL MARITIME MUSEUM, GREENWICH, London, Bridgeman Images

Le vice-amiral Richard Howe, qui gravit les échelons jusqu’à devenir Premier Lord de l’Amirauté et comte Howe, échoua dans sa mission de commissaire de paix en 1776 mais parvint à s’emparer de New York avec son frère, le lieutenant général William Howe.

PHOTOGRAPHIE DE NATIONAL MARITIME MUSEUM, GREENWICH, London, Bridgeman Images

Les troupes de George Washington déployées le long de la crête furent mises en déroute si rapidement qu’il se vit cantonner au rôle de spectateur désespéré à Brooklyn Heights, où le gros de ses forces demeurèrent durant les deux journées suivantes, retranchées derrière des fortifications tandis que William Howe menait le siège. Le 29 août, sa base en péril, Washington fit évacuer ses troupes, 9 000 hommes en tout, qui traversèrent l’East River jusqu’à Manhattan dans la nuit et à la faveur du brouillard sans éveiller les soupçons des Britanniques. Cette fuite remarquable ne suffit cependant pas à atténuer la douleur d’une défaite humiliante. « Les Tories se réjouissent », écrivit le révérend Ezra Stiles, qui cofonda l’Université Brown, dans son journal, à Newport, à Rhode Island. « Les Fils de la Liberté sont abattus. »

 

LA RETRAITE DE NEW YORK

Washington parvint bientôt à la conclusion qu’il était dans l’incapacité de tenir la ville de New York. Il était encore en train d’évacuer la ville, qui se limitait alors à l’extrême sud de Manhattan, lorsque 4 000 soldats britanniques débarquèrent à Kips Bay, au nord de la ville, sur la rive orientale de l’île et prirent par surprise les miliciens du Connecticut stationnés là et en grande infériorité numérique. Le soldat Joseph Plumb Martin faisait partie de ceux qui se retrouvèrent sous le feu ennemi avec pour seul abri un fossé. Lorsque l’artillerie lourde ouvrit le feu, se souvint-il, « je fis un bond de grenouille dans le fossé et y restai aussi immobile que possible et commençai à me demander quelle partie de ma carcasse allait être emportée en premier ».

Ceux qui ne furent ni tués, ni blessés, fuirent l’envahisseur, dans les rangs duquel figuraient des Hessois, des soldats originaires de Hesse-Cassel et d’autres États du Saint-Empire romain germanique loués par leurs dirigeants à l’armée britannique.

Dénoncés dans la Déclaration d’indépendance comme des mercenaires envoyés pour « achever les œuvres de la mort, de la destruction et de la tyrannie », une sombre réputation les suivait. Un officier britannique stationné à Kips Bay aurait vu « un Hessois décapiter un rebelle puis planter son chef au bout d’une pique ».

Coiffe de grenadier brunswickois (allemand) saisie lors de la bataille de Bennington en 1777 et offerte ...

Coiffe de grenadier brunswickois (allemand) saisie lors de la bataille de Bennington en 1777 et offerte par le général Stark à l’État du Massachusetts.

PHOTOGRAPHIE DE Don Troiani, Bridgeman Images

Coiffe de grenadier brunswickois (allemand) saisie lors de la bataille de Bennington en 1777 et offerte par le général Stark à l’État du Massachusetts.

PHOTOGRAPHIE DE Don Troiani, Bridgeman Images

Washington était furieux à cause de la retraite chaotique de Kips Bay et perdit son sang-froid en tentant de l’arrêter. Selon le colonel George Weedon of Virginia, Washington était « si exaspéré qu’il frappa plusieurs officiers dans leur fuite, jeta son chapeau au sol à trois reprises et, enfin, s’exclama : “Bon Dieu, voilà les troupes avec lesquelles je dois me battre !” »

Après avoir regroupé ses forces à Harlem Heights, dans le nord de Manhattan, Washington parvint à repousser brièvement les tuniques rouges lors d’une escarmouche, chose qui, selon ses propres mots, « inspira grandement l’ensemble de nos troupes ». 

Mais à la suite de cela, Washington retira la plupart de ses troupes de Manhattan pour les repositionner à White Plains, où le rejoignit son second, le major général Charles Lee, né en Grande-Bretagne, dont l’expérience militaire acquise avant la guerre d’indépendance dépassait largement celle de George Washington, ce qui conduisit certains à le juger plus apte à diriger l’armée continentale. C’était là un point de vue que Charles Lee partageait et encourageait lui-même. De nouveau attaqués par Howe le 28 octobre, les Américains furent contraints de se replier une fois de plus, cette fois plus au nord encore, à North Castle.

Peinture de l’artiste et officier britannique Thomas Davies, qui se joignit à l’attaque et réalisa des ...

Peinture de l’artiste et officier britannique Thomas Davies, qui se joignit à l’attaque et réalisa des croquis sur place. Des troupes britanniques descendent la Harlem River et débarquent à l’est de Fort Washington, qui se situe en terrain élevé près de l’Hudson, sur lequel on aperçoit un navire en arrière-plan. Le général Howe lança une triple offensive contre le fort : par l’est, par le nord et par le sud.

PHOTOGRAPHIE DE Fotosearch, Getty Images

Peinture de l’artiste et officier britannique Thomas Davies, qui se joignit à l’attaque et réalisa des croquis sur place. Des troupes britanniques descendent la Harlem River et débarquent à l’est de Fort Washington, qui se situe en terrain élevé près de l’Hudson, sur lequel on aperçoit un navire en arrière-plan. Le général Howe lança une triple offensive contre le fort : par l’est, par le nord et par le sud.

PHOTOGRAPHIE DE Fotosearch, Getty Images

Au lieu de prendre une nouvelle fois Washington en chasse, Howe se dirigea vers le sud en direction de Fort Washington, position fortifiée située sur l’Hudson et point culminant de Manhattan. Celle-ci était supervisée par le major général Nathanael Greene, installée à Fort Lee, de l’autre côté du fleuve, dans le New Jersey.

Les deux forts abritaient une artillerie censée empêcher les navires britanniques de remonter l’Hudson mais qui s’avéra incapable de le faire. Washington était tenté d’abandonner Fort Washington, dernier bastion américain à New York, mais se rangea derrière l’avis de Nathanael Greene, l’un de ses officiers les plus prometteurs, qui plaidait pour un maintien.

Pour se prémunir du risque que Howe ne s’empare de Fort Washington, ne traverse jusqu’au New Jersey et ne descende jusqu’à Philadelphie, alors capitale américaine, Washington franchit l’Hudson à Peekskill, au nord de Manhattan, avec quelques milliers de soldats et marcha en direction du sud jusqu’à Fort Lee, laissant près de 10 000 hommes à l’est du fleuve sous le commandement de Charles Lee au cas où Howe changerait de stratégie et se mette en route vers la Nouvelle-Angleterre. L’armée continentale était dangereusement divisée.

Alors que Howe rassemblait ses forces pour attaquer Fort Washington, Washington et Greene se posèrent la question de l’évacuation de ses défenseurs de l’autre côté de l’Hudson. Malgré ses réserves, Washington laissa la décision à Nathanael Greene, qui pensait que le fort pouvait résister à l’assaut.

Dans « Victory or Death, Advance on Trenton » de Don Troiani, on voit George Washington à cheval, ...

Dans « Victory or Death, Advance on Trenton » de Don Troiani, on voit George Washington à cheval, épée à la main (centre-droit), tandis que ses troupes se dirigent vers Trenton au matin du 26 décembre 1776. L’artillerie que ses rameurs parvinrent à acheminer sur un Delaware pris par la glace le soir de Noël permirent de mettre en déroute les Hessois stationnés à Trenton.

PHOTOGRAPHIE DE Don Troiani

Dans « Victory or Death, Advance on Trenton » de Don Troiani, on voit George Washington à cheval, épée à la main (centre-droit), tandis que ses troupes se dirigent vers Trenton au matin du 26 décembre 1776. L’artillerie que ses rameurs parvinrent à acheminer sur un Delaware pris par la glace le soir de Noël permirent de mettre en déroute les Hessois stationnés à Trenton.

PHOTOGRAPHIE DE Don Troiani

Malheureusement… Le 16 novembre, sous les assauts furieux provenant de toutes parts, l’officier en charge de Fort Washington se rendit plutôt que de se battre jusqu’à la mort contre une force qui comptait des milliers de mercenaires hessois. Washington perdit près de 3 000 soldats au fort qui portait son nom, la plupart capturés et enfermés dans des prisons ou dans des bateaux-prisons surpeuplés où beaucoup tombèrent malades et moururent.

Washington et ses troupes abandonnèrent ensuite Fort Lee et se replièrent vers Trenton. Le 1er décembre, Washington perdit les services de 2 000 miliciens dont l’engagement expirait.

Washington convainquit la moitié environ de ses soldats continentaux de servir six semaines supplémentaires à partir du Nouvel an en leur offrant chacun un bonus de dix dollars et en leur disant que « votre pays est en jeu, vos épouses, vos maisons, et tout ce que vous avez de plus cher ». Il reçut également des renforts de la Pennsylvanie, qui craignait d’être le prochain État à subir une invasion.

Mais la bataille pour Trenton n’était pas terminée. Charles Cornwallis défia Washington en faisant marcher plus de 5 000 hommes vers la ville le 2 janvier 1777, après avoir laissé 1 200 hommes derrière lui en guise d’arrière-garde à Princeton, à une quinzaine de kilomètres au nord. Sous pression, Washington se retira de Trenton mais laissa 500 hommes campés dans les environs. Alors que ces hommes maintenaient des feux allumés pour simuler une présence plus importante, Washington fit un détour pour revenir vers Princeton avec 5 000 soldats environ et s’en prit à l’arrière-garde de Charles Cornwallis le lendemain matin. 

Ce tableau documente la traversée du Delaware par Washington dans la nuit du 25 au 26 ...

Ce tableau documente la traversée du Delaware par Washington dans la nuit du 25 au 26 décembre 1776, dans le cadre d’une attaque surprise lors de la bataille de Trenton, durant la guerre d’indépendance américaine.

PHOTOGRAPHIE DE GraphicaArtis, Getty Images

Ce tableau documente la traversée du Delaware par Washington dans la nuit du 25 au 26 décembre 1776, dans le cadre d’une attaque surprise lors de la bataille de Trenton, durant la guerre d’indépendance américaine.

PHOTOGRAPHIE DE GraphicaArtis, Getty Images

L’assaut initial fut repoussé, mais Washington se lança dans la bataille, rallia ses troupes et les conduisit à la victoire. Certaines tuniques rouges résistèrent dans le Nassau Hall de l’Université de Princeton jusqu’à ce qu’une batterie d’artillerie commandée par le capitaine Alexander Hamilton ne les oblige à se rendre. Selon la légende, un boulet de canon aurait traversé un portrait du roi George III accroché dans le hall.

L’armée de Washington continua à souffrir cet hiver-là autour de Morristown en raison de l’expiration des enrôlements et de fléaux tels que la variole, qui pouvait être plus meurtrière que les combats pour les soldats vivant dans la promiscuité. En février 1777, Washington commença à faire varioliser ses soldats. Sur son insistance, tous les soldats continentaux se virent inoculés par la suite, et l’arrivée de recrues de long terme ce printemps-là vint grossir ses rangs.

George Washington n’était pas au bout de ses peines, mais il avait démontré sa capacité à les surmonter. Ainsi que le fit observer Nathanael Greene, il « ne sembla jamais tant à son avantage que dans les moments de détresse ».

Cet article est adapté du livre National Geographic Atlas of the American Revolution, édité en langue anglaise.

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