Islande : malgré une accalmie, l'éruption volcanique est loin d’être terminée

Une importante réserve de magma pourrait s’être créée sous la surface en périphérie de la ville de Grindavík et mener à une nouvelle série d’éruptions.

De Robin George Andrews
Publication 19 janv. 2024, 10:02 CET
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Une fissure volcanique crache de la lave et de la fumée lors d'une éruption près de la ville de Grindavík, en Islande, le 14 janvier 2024. Cette éruption est la dernière en date d'une série qui pourrait se poursuivre dans la région.

PHOTOGRAPHIE DE Snorri Thor, NurPhoto, Getty Images

Le dimanche 14 janvier, à trois heures du matin, heure locale, les habitants de la ville costale islandaise de Grindavík ont été brusquement réveillés par des sirènes d’alerte. Un essaim de séismes indiquait que du magma menaçait de sortir du sol et d’anéantir les rues et leurs maisons. À 7h57, la lave s’est mise à jaillir d’une fissure fraichement ouverte au nord de la ville. 

Grindavík a, pour la deuxième fois depuis novembre en raison de l’activité volcanique, été rapidement évacuée. La fissure s’est étendue jusqu’à mesurer 900 mètres, et a déversé sa lave vers la ville. Des murs de protection, mis en place en décembre, lors d’une autre éruption dans la zone, ont fait dévier la lave vers l’ouest de la ville. Malheureusement, la fissure a creusé sous ces murs et de la roche en fusion s’est lentement avancée vers la périphérie de la ville. 

Un scénario cauchemardesque a alors été observé. Aux alentours de 12h30, une deuxième fissure, plus petite, a émergé près de la frontière nord-est de la ville et la lave s’est frayé un chemin dans plusieurs maisons évacuées, les détruisant sans effort. Si ce déferlement de lave s’était poursuivi sur plusieurs jours, comme d'aucuns le craignaient, il aurait pu traverser des quartiers entiers.

« Puis, plus rien », raconte Mike Burton, volcanologue à l'université de Manchester.

Le 15 janvier, le volume de lave a diminué de façon drastique dans les deux fissures et la plus petite s’est complètement éteinte. L'activité sismique a ralenti et le sol a cessé de se convulser aussi intensément. Aux premières heures du 16 janvier, toute activité éruptive s’était arrêtée.

Après un tel prélude géologique, Grindavík a dû faire face à une éruption initialement très intense, mais finalement de courte durée qui a détruit plusieurs maisons. Grâce aux évacuations, on ne déplore aucune victime.

L'éruption pourrait s’être arrêtée ou s'est peut-être simplement interrompue. Un réservoir de magma peu profond s’est récemment injecté sous cette région de Svartsengi, dans la péninsule de Reykjanes, en Islande. Celui-ci a fourni la lave pour l'éruption de décembre et, après une pause, a fait de même pour l'éruption de ce mois-ci. Certaines données suggèrent qu’il s’agit d’un phénomène cyclique.

« Je pense que ces événements vont se répéter à l'avenir », déclare Þorvaldur Þórðarson, volcanologue à l'université d'Islande. Malheureusement, les habitants de Grindavík sont loin d'être au bout de leurs peines.

Le 14 janvier, Grindavík a été confrontée à une éruption volcanique en périphérie de la ville.

PHOTOGRAPHIE DE Karim Iliya

 

LES DEUX BRASIERS DE LA PÉNINSULE 

Il y a environ 800 ans, entre 1210 et 1240, des éruptions fissurales sporadiques ont eu lieu dans la péninsule islandaise de Reykjanes, une période d'activité suivie d'un long calme. En mars 2021, cette activité a repris avec une éruption spectaculaire dans une vallée à côté d'un monticule volcanique inhabité du nom de Fagradalsfjall.

En 2022 et 2023, deux autres éruptions ont éclaté à proximité, toutes deux à l'écart des agglomérations. Tout a changé en octobre dernier, lorsque la région de Svartsengi, au sud, où se trouvent le célèbre Lagon bleu, une importante centrale géothermique et la ville de Grindavík, a commencé à s'agiter.

Une série de tremblements de terre de plus en plus fréquents et intenses a atteint son apogée au début du mois de novembre. Le sol a tremblé et, dans certaines zones, a complètement changé de forme, endommageant des bâtiments et des routes de Grindavík. Le 10 novembre, un pic de tremblements de terre violents a laissé penser que le magma remontait rapidement à la surface, et les 4 000 habitants de Grindavík ont été rapidement évacués au milieu de la nuit.

Pourtant, l’éruption ne s’est pas produite instantanément. Le magma s’est en fait accumulé et étendu latéralement juste en dessous de la surface, menaçant d’émerger n’importe où sur une ligne de seize kilomètres, y compris à l’intérieur de la ville. Le 18 décembre, l’éruption est survenue au nord-est de la ville et, par chance, s’est écoulée vers le nord, loin de Grindavík.

Tout comme l’éruption de ce mois-ci, celle de décembre a entraîné la montée apparente d'une grande quantité de magma, suivie d'une courte éruption. Comment l'expliquer ? Et que va-t-il se passer par la suite ?

Des ouvriers équipés de pelleteuses et de bulldozers tentent de renforcer les structures défensives qui protègent Grindavík le plus vite possible, alors que les coulées de lave empiètent sur la ville.

PHOTOGRAPHIE DE Karim Iliya

Pour répondre à ces questions, il faut d'abord comprendre le tumulte sismique de la région. En novembre dernier, les scientifiques ont conclu qu'un volume important de magma s'était infiltré dans la croûte peu profonde de la région de Svartsengi. Les tremblements de terre indiquaient que celle-ci bougeait vigoureusement dans deux directions différentes, créant ainsi un espace pour le magma qui remontait par le bas.

Le fait que ce magma ne soit pas immédiatement entré en éruption le 10 novembre implique que son chemin était semé d’obstacles, ou qu'il n'était pas prêt à exploser à ce stade.

Il est clair que ce qui l'en empêchait a cédé le 18 décembre et le 14 janvier, lorsque deux brèves éruptions ont eu lieu. Cela suggère plusieurs hypothèses, notamment que « le réservoir de magma est assez grand, peu profond et facile à briser », explique Burton.

Si ce réservoir magmatique est un peu trop pressurisé, par exemple à cause d'un magma plus riche en gaz qui s'y déverse par le bas, une partie du magma peut être poussée vers la surface. Seulement, lorsque la croûte est si peu profonde, « il y a peu de résistance à l'éruption », explique Burton.

Les deux éruptions de Grindavík ont commencé de façon très intense, en particulier celle de décembre, avec des volumes substantiels de magma jaillissant à des vitesses vertigineuses, ce qui indique que les forces motrices initiales des éruptions étaient élevées. « Plus on parvient à augmenter la pression interne avant la rupture, plus la lave sort rapidement », explique Þórðarson.

Cependant, dans les deux cas, la production de lave a considérablement diminué après les premières heures, avant de s'arrêter complètement. « Au fur et à mesure que le magma est libéré, la voie d'accès se referme presque aussitôt », explique David Pyle, volcanologue à l'université d'Oxford. Il compare ce phénomène à une trappe. Au début, la pression élevée pousse le magma vers l'extérieur, ce qui maintient la porte entrouverte. Finalement, la pression diminue et la porte se referme.

Une baisse de la pression fait que les roches qui entourent le magma ascendant se referment et scellent cette voie, empêchant toute nouvelle éruption de liquide provenant du réservoir. La situation se stabilise ensuite, mais un nouveau pic de pression interne, causé peut-être par l'injection de nouveau magma ou la fuite de gaz de la roche en fusion elle-même, peut déclencher une nouvelle éruption, petite mais intense.

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UN CYCLE IMMUABLE

Bien que les recherches sur ces éruptions n'en soient qu'à un stade précoce, les scientifiques pensent que l'activité volcanique autour de Grindavík pourrait être un cycle sans point de rupture clair.

Ce réservoir de magma « perd une si petite fraction de son volume qu'il ne s'évacue pas complètement, et peut donc continuer à le faire », explique Burton. Si le réservoir est suffisamment alimenté par les profondeurs, comme cela semble être le cas, beaucoup de temps pourrait passer avant que le système ne se fige suffisamment pour cesser complètement les éruptions.

Il est donc peu probable que l'éruption de ce mois-ci soit la dernière à perturber Grindavík. Rien n'indique qu'une nouvelle éruption soit imminente, mais la présence de magma juste en dessous de la ville et le gonflement du sol continu dans la région ne sont pas de bon augure.

Il est également possible que les éruptions de décembre et de janvier ne soient pas des événements distincts, mais une seule et même éruption interrompue par une brève pause. L’activité se serait à nouveau interrompue et la lave pourrait, dans un avenir proche, faire émerger de nouvelles fissures ou en réactiver d'anciennes.

Svartsengi et Fagradalsfjall, plus éloigné, pourraient ne pas rester les deux seuls centres volcaniques actifs de Reykjanes. Rien n'indique que le magma s'accumule ainsi sous d'autres régions actuellement, mais cela pourrait changer, comme le montre la multitude d'anciennes traces de fissures qui sillonnent la majeure partie de la péninsule.

La perspective de vivre des années, voire des décennies, d'éruptions de fissures éparses à Reykjanes peut paraître désespérante. Mais « le Met Office islandais [qui s'occupe de la science des risques naturels] a manifestement fait un travail remarquable », déclare Pyle. Une surveillance de pointe, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, a permis de protéger la population.

Les murs de protection construits autour de Grindavík au cours des mois d'hiver se sont avérés vitaux. Fabriqués en partie avec de la terre et des roches volcaniques compactées, ils ont détourné de la ville une grande partie du flux de lave provenant de la première fissure, plus importante.

« La barrière a fonctionné, mais elle a fonctionné parce que l'éruption n'a pas duré très longtemps », explique Burton. « Elle leur a donné du temps, ce qui est essentiel dans ce genre de situations. »

Néanmoins, ces murs ont leurs limites. Une nouvelle fissure éruptive peut apparaître sans crier gare, ce qui rendrait difficile la protection de la ville. Selon Þórðarson, la meilleure défense consiste à être aussi proactif que possible : cartographier les sites susceptibles de connaître des éruptions de fissures, déterminer la direction dans laquelle la lave peut s'écouler et placer du matériel dans les zones à haut risque pour être prêts à ériger des murs aussi rapidement que possible en cas d'éruption.

« Nous avons les outils pour le faire », déclare Þórðarson, mais ce ne sera pas facile. La péninsule de Reykjanes est bel et bien entrée dans une ère chaotique et hypervolcanique, où des choix difficiles devront être faits. « Il est temps d'accepter cette nouvelle réalité », déclare-t-il.

Fumée et coulées de lave lors de l'éruption volcanique du 14 janvier à la périphérie de Grindavik. L'activité sismique s'est intensifiée pendant la nuit, et la ville a pu être évacuée avant l'éruption.

PHOTOGRAPHIE DE ICELANDIC DEPARTMENT OF CIVIL PROTECTION AND EMERGENCY MANAGEMENT, AFP, Getty Images

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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