Ces six créatures en imitent d'autres... pour mieux survivre

Des fourmis pandas aux crabes léopards, voici quelques créatures étonnantes pour qui le déguisement est une affaire très sérieuse.Thursday, August 8, 2019

De LIZ LANGLEY
Photographié au zoo de Riverbanks en Caroline du Sud, ce serpent corail venimeux a un sosie : le serpent roi écarlate non-venimeux qui profite de cette ressemblance pour tenir éloignés ses prédateurs.

Pourquoi une fourmi ressemblerait-elle à un panda ? Ou un crabe à un léopard ?

Au cours de leur évolution, certains animaux ont vu leur apparence changer et ce n'est pas sans raison. Pour certains, l'objectif était d'impressionner de potentiels partenaires ou d'intimider des rivaux sexuels, explique Kevin Omland, professeur de biologie à l'université du Maryland, dans le comté de Baltimore aux États-Unis. Pour d'autres, c'était plutôt une question de camouflage, de thermorégulation ou de défense contre les prédateurs. Prenez par exemple le serpent roi écarlate non-venimeux ; il est le parfait sosie du serpent corail qui, lui, est venimeux, ce qui permet au premier de décourager ses potentiels prédateurs.

Alors que pour certains, ce mimétisme est intentionnel, pour d'autres il semblerait simplement que leurs couleurs aient évoluer pour copier celles de parents éloignés. Dans les deux cas, ces créatures ont toutes craqué pour un imprimé bestial.

 

LA FOURMI PANDA

La fourmi panda n'est ni un panda, ni une fourmi : c'est une guêpe sans ailes native du Chili.

Bien que ces insectes blanc et noir fassent partie d'un groupe appelé fourmis de velours, ces « pandas » sont en fait des guêpes chiliennes. Avec leurs corps noir et blanc pelucheux, leurs têtes blanches et leurs yeux entourés de noir, la fourmi panda et l'ours chinois se ressemblent comme deux gouttes d'eau.

De manière générale, ce sont plutôt les femelles qui optent pour cette apparence, précise par e-mail Denis J. Brothers de l'université du Kwa-Zulu Natal en Afrique du Sud. Leurs couleurs frappantes font peut-être office d'avertissement pour les prédateurs : leurs piqûres sont extrêmement douloureuses.

L'apparence des mâles se rapproche plus de celle d'une guêpe normale avec des ailes mais sans dard. Le dard des femelles est en fait un ovipositeur modifié, un organe qui leur permet de pondre des œufs, ce qui explique pourquoi il est absent chez les mâles, indique Justin Schmidt, entomologue à l'université de l'Arizona et auteur de Sting of the Wild.

 

LA CHENILLE À TÊTE DE SERPENT

La chenille du sphinx Hemeroplanes ornatus, photographiée ici au Pérou, imite la tête d'un serpent venimeux pour effrayer ses prédateurs.

La larve du sphinx Hemeroplanes ornatus dissuade les prédateurs en se faisant passer pour un redoutable crotale. Face à la menace, ces chenilles peuvent rentrer leurs pattes et gonfler leurs membres antérieurs pour passer rapidement d'un insecte inoffensif à un effrayant serpent.

Cependant, ils ont peu de temps pour profiter de leur talent. Ils ne peuvent prendre l'apparence d'un serpent qu'en période de mue, ce qui ne représente que quelques jours sur les trente que cet insecte passera sous forme de chenille.

 

LE FULGORE PORTE-LANTERNE

Le fulgore porte-lanterne, photographié ici en Colombie, est un as du mimétisme. L'appendice creux situé sur sa tête arbore des motifs rappelant la tête d'un prédateur bien connu, l'alligator, il est d'ailleurs surnommé « insecte alligator » dans plusieurs pays.

La tête de cette créature est surmontée d'une large structure creuse dont les motifs évoquent la tête d'un alligator, une large mâchoire surplombée de deux yeux. Ses yeux sont en fait positionnés à l'arrière de cet appendice. Pour ses prédateurs, les oiseaux par exemple, le masque porté par cet insecte lui confère une allure suffisamment proche de celles des reptiles pour renoncer à toute attaque.

En plus de cet accoutrement facial, les ailes du fulgore se déploient pour révéler deux yeux qui le font paraître beaucoup plus grand qu'il ne l'est vraiment. Et si par malheur, tous ces stratagèmes venaient à échouer, il peut encore éjecter une odeur nauséabonde qui repoussera même les prédateurs les plus têtus.

 

LE BOMBYLE

Le grand bombyle est une mouche qui use de sa ressemblance avec les abeilles pour pondre ses œufs dans les nids de ses sosies. On la voit ici butiner une reine-marguerite des Alpes.

« Personne n'ose s'attaquer à un bourdon, » déclare Katy Prudic, entomologue à l'université de l'Arizona. C'est pourquoi le grand bombyle s'est arrangé pour leur ressembler. Les couleurs de son corps rayé duveteux varient selon l'espèce et lui permettent d'éviter certains prédateurs comme les araignées-crabes ou les phymatinae qui s'en prendraient volontiers à une mouche mais hésiteraient longuement face à une abeille ou un bourdon.

Cette fourrure imitation abeille permet également aux femelles de s'introduire dans les terriers des abeilles solitaires. La femelle procède ensuite au lancer de ses œufs dans le nid grâce à l'ovipositeur situé à l'extrémité de leur abdomen : « Un peu comme un service au tennis, Serena Williams serait fière de cet insecte, » plaisante Prudic. Une fois les œufs éclos, les intrus bébés bombyles n'ont plus qu'à se servir dans le nid et finissent par manger à la fois les stocks de pollen et les jeunes abeilles.

 

LE CRABE LÉOPARD

Les taches de ce crabe léopard du Gulf Specimen Marine Lab and Aquarium de Floride lui permettent de se fondre dans le plancher océanique.

Comme son nom l'indique, le crabe léopard est recouvert de taches semblables à celles du léopard. L'imitation ne s'arrête pas là car le but de ces taches est également le même que pour les grands félins : perturber la perception des couleurs, indique par e-mail Jay Stachowicz, écologiste de la vie marine à l'université de Californie à Davis.

Il faut le voir comme l'imprimé camouflage d'un uniforme militaire, explique-t-il, dont l'objectif est de rendre difficile la perception d'un individu en déplacement depuis une certaine distance. Si un élément de couleur unie se déplace sur un arrière-plan multicolore, il ressortira. En revanche, un uniforme multicolore qui se déplace sur un fond multicolore parviendra à se fondre dans le paysage.

De la même façon, sur le plancher océanique, le crabe léopard qui vit la plupart du temps enfoui sous le sable est plus difficile à détecter pour un prédateur qu'un animal unicolore. (À lire : Le postérieur de cette grenouille est vénéneux... et gonflable.)

 

LE DYNASTE HERCULE

Dignes de celles du crabe, les pinces du dynaste Hercule sont l'instrument idéal pour s'imposer face à ses adversaires.

C'est l'un des animaux les plus puissants de la planète ; et son énorme pince de crabe le dynaste Hercule ne l'a pas héritée par hasard. Selon une étude parue en 2014 dans la revue PLOS One, cette pince est en fait adaptée à son style de combat. Non sans une certaine habileté, ce petit insecte utilise ses cornes démesurées pour empoigner et soulever ses rivaux lors d'une lutte acharnée censée lui assurer les bonnes grâces d'une femelle.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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