Peut-on sauver le requin-marteau de l’extinction ?

La surpêche menace de faire disparaître ces requins vulnérables. Les efforts de conservation, qu'il faut poursuivre, ont déjà porté leurs fruits.

De Melissa Hobson
Publication 13 juil. 2026, 14:11 CEST
La surpêche menace de faire disparaître ces requins vulnérables. Mais les efforts de conservation peuvent aider ...

La surpêche menace de faire disparaître ces requins vulnérables. Mais les efforts de conservation peuvent aider et ont déjà porté leurs fruits.  

La surpêche menace de faire disparaître ces requins vulnérables. Mais les efforts de conservation peuvent aider et ont déjà porté leurs fruits.  

Au large des côtes mexicaines, Bertie Gregory, explorateur National Geographic, aperçoit une créature sans vie suspendue à une ligne de pêche. Avec sa tête bombée comme s'il avait avalé un marteau, cela ne laisse aucun doute : il s'agit d'un requin-marteau

L'explorateur a capturé ces images déchirantes lors du tournage d'Au plus près des requins-marteaux, disponible depuis le 5 juillet dernier sur Disney+. Dans ce documentaire, Bertie Gregory sillone les eaux de l'océan Pacifique à la recherche de requins-marteaux et examine les raisons pour lesquelles leur population a tant décliné ces dernières années. 

On recense neuf espèces de requins-marteaux à travers le monde, dont bon nombre sont en danger critique d'extinction. Yannis Papastamatiou, explorateur National Geographic et professeur à l'université internationale de Floride (FIU), explique que les requins-marteaux sont « un groupe de requins qui nous préoccupe beaucoup du point de vue de la conservation ». Ces animaux emblématiques et migrateurs sont la cible des pêcheurs, sont capturés accidentellement et subissent les conséquences de la pollution et de la destruction de leur habitat. 

Mais il y a tout de même une bonne nouvelle : un traité soutenu par l'ONU a récemment renforcé la protection de quarante espèces animales migratrices, notamment le requin-marteau halicorne (Sphyrna lewini) et le grand requin-marteau (Sphyrna mokarran), toutes deux en danger critique d'extinction. 

Pour en savoir plus sur la protection de ces animaux vulnérables, nous avons interrogé certains des experts qui s'efforcent de trouver des solutions en matière de conservation. 

 

LA PLUS GRANDE MENACE QUI PÈSE SUR LES REQUINS-MARTEAUX

Tout comme de nombreuses autres espèces de requins, les requins-marteaux sont pris pour cibles en raison de leurs grandes nageoires dorsales, qui sont souvent vendues à des pays en Asie. Le marché des ailerons de requins représenterait jusqu'à 550 millions de dollars (soit environ 480 millions d'euros) par an. 

« Cet énorme aileron en fait une cible de choix », affirme Bertie Gregory dans l'émission. « C'est comme s'il nageait avec un immense symbole "€" dans le dos ».

Toutefois, se concentrer uniquement sur les problèmes de conservation liés à l'aileronage peut détourner l'attention de la plus grande menace qui pèse sur les requins : la surpêche. Les requins sont à la fois tués pour leur chair et capturés accidentellement (comme prises accessoires). « Ils ne sont peut-être pas la cible mais ils meurent néanmoins parce qu'ils sont pris dans les filets », explique Yannis Papastamatiou. 

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Des ailerons de requins en vente sur un marché traditionnel à Bangka Belitung, en Indonésie. Les ...

Des ailerons de requins en vente sur un marché traditionnel à Bangka Belitung, en Indonésie. Les pêcheurs locaux chassent les requins pour les consommer et vendent leurs ailerons sur les marchés à travers toute l'Asie. 

PHOTOGRAPHIE DE Resha Juhari, NurPhoto, AP Photo
Un requin-marteau mortellement pris dans un filet de pêche.

Un requin-marteau mortellement pris dans un filet de pêche. 

Gauche: Supérieur:

Des ailerons de requins en vente sur un marché traditionnel à Bangka Belitung, en Indonésie. Les pêcheurs locaux chassent les requins pour les consommer et vendent leurs ailerons sur les marchés à travers toute l'Asie. 

PHOTOGRAPHIE DE Resha Juhari, NurPhoto, AP Photo
Droite: Fond:

Un requin-marteau mortellement pris dans un filet de pêche. 

La capture puis la remise à l'eau de ces requins par des pêcheurs amateurs peut également leur nuire. « Les requins-marteaux ont tendance à mourir très rapidement sous l'effet du stress », explique Yannis Papastamatiou. Plus un requin-marteau reste longtemps hors de l'eau, pour une séance photo par exemple, plus il a de risques de ne pas s'en sortir. « Ce n'est pas parce que vous le voyez s'éloigner à la nage qu'il a réellement survécu ». 

Les requins-marteaux ont une croissance lente ; il leur faut donc beaucoup de temps pour atteindre la maturité sexuelle, et ils ne donnent naissance qu'à quelques petits chaque année. « Il faut beaucoup de temps pour remplacer les individus capturés », affirme Francesco Garzon, biologiste marin à l'université d'Exeter, au Royaume-Uni. 

La surpêche a des conséquences dévastatrices sur les populations de requins au niveau mondial. « Entre 73 et 100 millions de requins sont tués chaque année », indique Francesco Garzon. Depuis les années 1970, « nous avons peut-être perdu jusqu'à 75 % des requins océaniques, y compris les requins-marteaux ». 

 

SOLUTION 1 : PROTÉGER LES HABITATS DES REQUINS

Selon Francesco Garzon, créer des aires marines protégées dans des habitats clés des requins, telles que les nurseries, les zones d'alimentation et de reproduction et les couloirs de migration, peut constituer un moyen efficace de protéger leurs populations. 

Par exemple, depuis que le village de pêcheurs de Cabo Pulmo, au Mexique, a créé une zone interdite à la pêche en 1995 et a remplacé les revenus de la communauté par le tourisme, la vie marine s'y est rétablie. Après environ quatorze ans, la biomasse des animaux marins présents dans ces eaux a augmenté de 463 %

En mai 2026, la Papouasie-Nouvelle-Guinée a annoncé la création d'une nouvelle aire marine protégée de 200 000 km² interdisant les activités destructrices telles que la pêche. Ses limites ont été définies à la suite d'une expédition Pristine Sea menée en 2024 par National Geographic, qui avait pour objectif de suivre les requins gris de récif (Carcharhinus amblyrhynchos), une espèce menacée. D'autres espèces vulnérables, notamment les requins-marteaux, en bénéficieront également. 

 

SOLUTION 2 : SUIVRE LES MIGRATIONS DES REQUINS

Les experts doivent toutefois choisir leurs sites avec précaution. Si tous les requins-marteaux ne migrent pas, certains parcourent des milliers de kilomètres pour trouver de la nourriture, des températures de l'eau adaptées ou un lieu de reproduction. Ces longs trajets peuvent les exposer à des risques lorsqu'ils quittent les aires marines protégées. Pour protéger les bons sites, il est essentiel que les experts sachent où les requins se rendent. 

En 2023, des chercheurs ont équipé un requin-marteau halicorne d'une balise de suivi au large de l'île Darwin, dans l'archipel des Galápagos. Son ventre imposant laissait penser qu'elle était en gestation. Le suivi de ses déplacements pendant 204 jours a révélé qu'elle nageait entre une zone de mise bas au large des côtes du Panama, les îles Galápagos et une zone au large située à plus de 1 770 kilomètres de là. 

Elle aurait mis bas après six jours au Panama et les chercheurs estiment qu'il s'agit de la première observation documentée de migration liée à la mise bas chez cette espèce. 

« Les femelles en gestation entreprennent des migrations épiques à travers le Pacifique oriental tropical », indique Pelayo Salinas, écologiste marin au sein du programme écologie et protection des requins de la Fondation Charles Darwin, qui a participé à cette étude. Il explique que ces résultats ont révélé « à quel point nos connaissances sont limitées sur le cycle de vie le plus élémentaire de la plupart des espèces de requins, y compris une espèce en danger critique d'extinction ». 

Les chercheurs peuvent suivre les requins sans avoir les yeux sur eux grâce à l'ADN environnemental, des fragments de matériel génétique rejeté par les animaux. Ces indices invisibles ont permis de localiser les requins-marteaux cornus (Sphyrna corona), les requins-marteaux écopes (Sphyrna media) et les requins-marteaux tiburos (Sphyrna tiburo), de petites espèces de requins-marteaux si rarement observées qu'il était auparavant presque impossible de les étudier. 

 

SOLUTION 3 : COLLABORER POUR UNE PROTECTION MONDIALE

Outre les recherches récentes et les résultats positifs obtenus grâce aux aires marines protégées, les requins-marteaux halicornes et les grands requins-marteaux ont récemment été ajoutés à l'Annexe I de la Convention sur la conservation des espèces migratrices, un accord international de conservation. L'Annexe I est considérée comme le plus haut niveau de protection pour ces animaux. 

Francesco Garzon y voit une « excellente nouvelle pour la conservation », car « aucun pays ne peut les protéger à lui seul, et toute lacune dans la couverture, où qu'elle se situe dans leur zone de répartition, peut être exploitée ». 

Cependant, l'inscription de ces requins sur la liste n'est qu'une première étape, précise Pelayo Salinas : « mais il ne s'agit pas d'un remède miracle » et les pays doivent tenir leurs promesses. 

 

COMMENT CONTRIBUER À LA PROTECTION DES REQUINS POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES ? 

Selon Yannis Papastamatiou, les prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire, comme le grand requin-marteau, façonnent les écosystèmes. « Même si cela se fait parfois de manière imprévisible, la disparition de ces animaux aurait eu des conséquences importantes sur les écosystèmes ». 

Le suivi des routes migratoires des requins, comme les requins-marteaux, aide les scientifiques qui s'efforcent de ...

Le suivi des routes migratoires des requins, comme les requins-marteaux, aide les scientifiques qui s'efforcent de créer davantage d'aires marines protégées. 

Le suivi des routes migratoires des requins, comme les requins-marteaux, aide les scientifiques qui s'efforcent de créer davantage d'aires marines protégées. 

Malgré leur rôle essentiel dans la préservation de la santé des océans, les requins ont une réputation injustement mauvaise. « Pendant plusieurs décennies, en particulier depuis la sortie du film Les dents de la mer [en 1975], le grand public a tellement peur des requins que personne ne s'en est vraiment soucié », explique Pelayo Salinas. Cela s'est traduit par une diminution des ressources consacrées à l'étude et à la protection des requins, même si la situation évolue doucement. 

Il n'y a pas de temps à perdre, chacun peut apporter sa contribution, par exemple lors de ses courses. « Si nous avons le privilège de pouvoir choisir, nous devrions privilégier les poissons pêchés localement, certifiés sans prises accessoires et issus de la pêche traditionnelle, plutôt que les poissons issus de la pêche industrielle », explique Francesco Garzon, ou opter pour une alimentation davantage basée sur les végétaux. 

« Nous, les humains, avons poussé les requins-marteaux au bord de l'extinction », affirme Bertie Gregory, mais nous pouvons encore réparer nos erreurs. Les mesures de protection marine sont efficaces et nous pouvons protéger ces requins vulnérables en étendant les aires protégées. « Leur avenir dépendra de ce qui se passera ensuite ». 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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