Ces objets "magiques" qui ont marqué l'Histoire

Excalibur, la pierre du destin, la fontaine de jouvence… À travers l'Histoire, nombreux furent les objets que l'on pensait capables de conférer des pouvoirs ou d'assurer une forme de protection...

De Patricia S. Daniels
Publication 10 juin 2022, 11:00 CEST
Opener

Les déesses et dieux égyptiens (de gauche à droite) Nephtys, Isis et Osiris reçoivent des cadeaux des défunts dans cette illustration du Livre des morts datant de 1075-945 avant notre ère.

PHOTOGRAPHIE DE Image courtesy of Alfredo Dagli Orti, Shutterstock

L’Histoire ne manque pas d’objets – livres, bagues, armes, ou encore de simples pierres – que les humains crurent dotés de pouvoirs surnaturels. Les plus précieux d’entre eux pouvaient conférer une protection, un droit à la royauté ou encore la guérison, comme le Livre des morts de l’Égypte antique, la pierre de Scone (ou pierre du destin) et la fontaine de jouvence. D’autres objets jetèrent apparemment des malédictions à leurs propriétaires malchanceux, tels que les pierres ramassées par les touristes sur le site sacré d’Uluru en Australie. Leurs légendes devinrent des mythes qui furent repris dans des livres, des films et des poèmes épiques, notamment Excalibur du roi Arthur et le Saint Graal.

La réalité qui se cache derrière ces puissants objets est souvent occultée. La nature romantique des histoires qui tournent autour d’eux encouragea de nombreuses personnes à continuer à y croire, même avec peu de preuves de leur existence. Réel ou non, chacun de ces objets ordinaires renferme une légende extraordinaire qui permet de se plonger dans la culture et les traditions de son époque.

 

LE LIVRE DES MORTS ÉGYPTIEN

Les champs de l'au-delà, dans une copie en papyrus du Livre des morts.

PHOTOGRAPHIE DE Gianni Dagli Orti, Shutterstock

En Égypte antique, la mort physique n’était que la première étape d’un périlleux voyage dans l’au-delà, car l’âme continuait à vivre pour affronter le jugement des dieux. Par conséquent, il fallait donner aux défunts des sorts et instructions afin de les aider à naviguer sur le chemin de l’immortalité. Ces indications, présentées sous la forme de près de 200 sorts dans le Livre des morts, pouvaient être inscrites sur des feuilles de papyrus collées les unes aux autres, mais figuraient également sur les murs, les cercueils, les amulettes, les briques et même les enveloppes des momies des Égyptiens de la classe supérieure. Les formules magiques comprenaient des guides vers les portails du monde des ténèbres et une protection contre ses dangers : certaines transformaient même ceux qui les récitaient en animaux puissants, tels que des faucons. Que les incantations aient réellement guidé les Égyptiens dans l’au-delà reste un mystère, mais la beauté de l’art et des écritures des sortilèges perdurent dans la pierre et le papyrus aujourd’hui encore.

 

LES PIERRES D’ULURU

Uluru, un grand monolithe de grès, s’élève à 348 mètres au-dessus du paysage désertique du centre de l’Australie. Cette formation rocheuse emblématique est au cœur du mythe de la création du peuple Anangu, faisant référence à des histoires sur le début des temps, lorsque des êtres ancestraux voyagèrent à travers les terres pour créer toutes choses, y compris les sites sacrés.

Uluru reste un lieu de culte actif et, depuis 2019, il est interdit aux visiteurs de grimper sur la formation. Les employés du parc national reçoivent encore des colis qui leur rendent des pierres que les touristes avaient ramassées en guise de souvenirs. Environ un quart des lettres jointes signalent que les personnes qui avaient volé ces pierres souffrirent de maladies ou d’autres malheurs suite à ce vol.

Uluru, ou Ayers Rock, brille d'un rouge intense à l'aube et au crépuscule.

PHOTOGRAPHIE DE structuresxx, Shutterstock

L’ARCHE D’ALLIANCE

Le prophète Moïse construisit l’Arche d’alliance, un coffre en bois d’acacia recouvert d’or, selon les spécifications exactes que Dieu lui avait données. L’arche, qui contient les tablettes de pierre des Dix Commandements, est l’un des objets les plus puissants de la tradition biblique. Les prêtres qui se trouvaient au bord du fleuve Jourdain découvrirent, par exemple, que l’arche pouvait endiguer les eaux de crue pour leur permettre de traverser.

La puissance de l'Arche d'alliance aida Josué à faire tomber les murs de Jéricho.

PHOTOGRAPHIE DE Gianni Dagli Orti, Shutterstock

Selon l’Ancien Testament, l’arche trouva sa place dans le temple de Jérusalem, qui fut détruit par Nabuchodonosor, le roi tristement célèbre de Babylone du 6e siècle avant notre ère. Si l’arche existait réellement, ses restes pourraient encore être enterrés dans ce lieu sacré. Certains Chrétiens éthiopiens affirment qu’elle repose plutôt dans une chapelle d’Aksoum. D’autres suivirent sa trace jusqu’en France et au Zimbabwe. Dans la culture populaire, Indiana Jones la découvrit dans la ville égyptienne de Tanis dans Les Aventuriers de l’arche perdue.

(À lire : Nabuchodonosor, le despote réformateur.)

 

LE SCEAU DE SALOMON

Dans les légendes médiévales juives et arabes, le roi Salomon d’Israël était connu non seulement pour sa sagesse, mais aussi pour ses divers accessoires surnaturels. Parmi eux, son sceau, ou sa bague, qu’il utilisait pour sceller lettres et décrets… mais qui lui conférait aussi des pouvoirs magiques. Grâce à elle, il pouvait contrôler les vents, voler sur un tapis magique et communiquer avec les animaux. Il lui permettait également de contrôler les anges (bons génies) et les démons (mauvais génies).

Grâce aux pouvoirs de la bague, Salomon commanda une véritable armée de démons pour construire le temple de Jérusalem (après quoi il les enterra dans des bouteilles sous le temple qu’ils avaient aidé à construire). Si une telle bague existait réellement, elle semble avoir été perdue avec son propriétaire, mais la forme du sceau, l’étoile à six branches, est toujours présente sous la forme de l’étoile de David, et est un symbole du judaïsme moderne.

Le sceau de Salomon est un motif populaire dans l'art islamique.

PHOTOGRAPHIE DE B.O’Kane, Alamy Stock Photo

EXCALIBUR

La Table ronde, représentée dans une miniature médiévale, est une autre légende arthurienne bien connue.

PHOTOGRAPHIE DE PHAS, Universal Images Group, Shutterstock

L’un des objets les plus merveilleux de l’Histoire est sans doute l’épée magique du roi Arthur. Comme de nombreux aspects de la légende arthurienne, l’épée a des noms et des origines qui diffèrent selon les sources. Elle apparaît pour la première fois vers 1136 dans l’Histoire des rois de Bretagne de Geoffroy de Monmouth sous le nom de Caliburn, histoire dans laquelle Arthur l’utilisa pour tuer 470 hommes à lui seul. Dans l’ouvrage de Thomas Malory, datant du 15e siècle et détaillant la légende d’Arthur, ce dernier extrait l’épée miraculeuse d’une pierre alors qu’il n’est encore qu’un enfant. Dans ce même récit, c’est une enchanteresse, la Dame du Lac, qui présente l’épée à Arthur. Alors qu’il agonisait après sa dernière bataille, il demanda à son fidèle Bédivère de la jeter dans le lac ; un bras (probablement celui de la Dame du Lac) sortit de l’eau pour l’attraper, puis disparut dans les profondeurs.

Cependant, tant que les historiens n’auront pas trouvé de preuves plus solides de l’existence d’un véritable roi Arthur, l’existence d’une véritable Excalibur restera également peu probable. Le doute persiste toutefois. En 2017, une fillette de 7 ans se baignant dans un lac de Cornouailles, connu pour être celui mentionné dans l’œuvre de Malory, trouva au fond une épée de style médiéval. La presse la surnomma Excalibur, bien que le père de la petite fille, plus pragmatique, ait déclaré : « C’est probablement juste un vieil accessoire de film ».

(À lire : Les chevaliers, super-héros du Moyen Âge.)

 

LE SAINT GRAAL

Des récits médiévaux de quêtes sacrées aux films sur Indiana Jones, le Saint Graal fut longtemps la relique chrétienne la plus convoitée, bien que son existence reste obscurcie par de nombreuses histoires différentes, et parfois contradictoires. La première référence majeure à cet objet apparaît dans Perceval, ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, datant du 12e siècle, dans laquelle le Graal contient une unique hostie capable de maintenir la vie toute entière. Peu de temps après, il fut associé à la Cène dans les écrits de Robert de Boron, qui prétend qu’il fut utilisé pour recueillir le sang du Christ après sa crucifixion.

Diverses histoires arthuriennes suivent les péripéties de chevaliers tels que Perceval et Galaad dans leurs quêtes de la source de vie qu’est le Graal. Non pas un, mais deux Graals furent découverts dans l’Europe médiévale. Le premier, conservé dans sa propre chapelle dans la cathédrale de Valence, est une coupe en agate brun rougeâtre qui date de l’époque du Christ. L’autre, conservé dans la cathédrale de Gênes, est un plat médiéval en verre coloré vert auquel on attribue des pouvoirs de guérison. Tous deux peuvent encore être admirés aujourd’hui.

Gauche: Supérieur:

Jésus et un calice lors de la Cène, dans une gravure de Gustave Doré.

PHOTOGRAPHIE DE duncan1890, Getty Images
Droite: Fond:

La cathédrale de Valence conserve son Graal derrière une vitre dans sa propre chapelle.

PHOTOGRAPHIE DE Peter van Evert, Alamy Stock Photo

 

LA PIERRE DU DESTIN

La pierre du destin, ou pierre de Scone, est un bloc de grès de 152 kilogrammes indispensable au couronnement des monarques en Écosse, en Irlande et en Angleterre. La légende écossaise veut que le patriarche biblique Jacob l’ait utilisée comme oreiller. À l’époque médiévale, elle était conservée à l’abbaye de Scone, située près de Perth, en Écosse, où elle faisait partie du siège du monarque lors des couronnements.

Le roi anglais Édouard Ier s’en empara en 1296 et, pendant les six siècles et demi qui suivirent, elle demeura à l’intérieur du trône appelé King Edward’s Chair, dans l’abbaye de Westminster, et ce jusqu’en 1950 lorsque quatre étudiants écossais la dérobèrent. La pierre réapparut mystérieusement peu après sur l’autel d’une abbaye écossaise. Le gouvernement écossais rendit la pierre à l’Angleterre, qui la lui rendit à nouveau en 1996. Conservée à l’hôtel de ville de Perth, elle fut utilisée pour la dernière fois lors du couronnement d’Elizabeth II en 1953.

Une réplique de la pierre du destin se trouve devant une chapelle près du palais de Scone.

PHOTOGRAPHIE DE Maria Gaellman, Alamy Stock Photo

LA FONTAINE DE JOUVENCE

La célébrité de Ponce de Léon est sans doute principalement due à sa quête de la fontaine de Jouvence, une source magique qui redonne la jeunesse à celui ou celle qui s’y baigne ou s’en abreuve. En réalité, lorsque la couronne espagnole nomma Ponce de Léon gouverneur de Porto Rico au début du 16e siècle, il s’intéressait surtout à l’or et au travail des esclaves. Cependant, il navigua à la recherche des « îles de Benimy » en 1513, pour finalement arriver sur la côte de la Floride.

Était-il vraiment à la recherche de la fontaine de Jouvence ? Des historiens prétendirent plus tard, en se basant sur une légende vieille de plusieurs millénaires concernant les eaux réparatrices d’une terre mythique appelée Bimini, que oui, il la recherchait. Aucune preuve n’indique néanmoins que cela soit vrai. Il semble que les ennemis de Ponce de León se soient simplement moqués de lui en déterrant l’une des légendes les plus anciennes. Quoi qu’il en soit, le monde aspire toujours à une fontaine de Jouvence magique.

La fontaine de Jouvence telle qu'elle est représentée dans un manuscrit d'astrologie de la Renaissance.

PHOTOGRAPHIE DE Alfredo Dagli Orti, Shutterstock

Des extraits de ce travail sont apparus dans Mysteries of History. Copyright © 2018 National Geographic Partners, LLC.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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