Ces sept guerrières légendaires ont marqué l'Histoire

Du Japon impérial à l'Angola, en passant par la France et la Chine, des guerrières redoutables prirent les armes pour défendre leur patrie et les leurs.

De Patricia S. Daniels
Publication 13 juil. 2022, 18:22 CEST
Tomoe Gozen

Représentation féroce de Tomoe Gozen portant son armure complète.

PHOTOGRAPHIE DE John Stevenson, Asian Art & Archaeology, Inc., Corbis via Getty Images

Les livres d’Histoire sont remplis de guerriers… d’hommes guerriers, bien entendu. Ce dont les livres d'Histoire parlent moins, en revanche, c'est de toutes ces femmes qui s’emparèrent de lances, d’arcs, d’épées et de massues pour partir au combat. Le monde classique connaissait et respectait les compétences de véritables reines celtiques. En Orient, des guerrières légendaires pouvaient abattre un ennemi et lui briser la nuque sans pitié, tandis qu’une reine d’Afrique centrale utilisait sa ruse et son savoir-faire militaire pour affronter les marchands d’esclaves portugais. Des femmes amérindiennes se battirent pour protéger leur patrie des soldats colonisateurs, et des femmes patriotes luttèrent contre la Monarchie britannique. Voici un aperçu de quelques-unes des femmes guerrières les plus incroyables de l’Histoire.

 

BOADICÉE : VENDETTA CONTRE ROME

Boudicca, la reine des Icènes d’Est-Anglie, en Grande-Bretagne, n’était pas destinée à devenir une guerrière. Cependant, après la mort de son mari, le chef des Icènes, en 60 avant notre ère, les Romains battirent publiquement Boadicée et violèrent ses filles. Elle n’eut d’autre choix que de résister. La reine celtique leva une armée et détruisit Camulodunum (Colchester), Londinium (Londres) et Verulamium (St. Albans). L’historien romain Dion Cassius la décrivit comme suit : « Grande, terrible à voir et dotée d’une voix puissante. Des cheveux roux flamboyants lui tombaient jusqu’aux genoux, et elle portait un torque d’or, une tunique multicolore et un épais manteau retenu par une broche. Elle était armée d’une longue lance et inspirait la terreur à ceux qui l’apercevaient ».

Les Britanniques durent cependant faire subir des représailles en 60 ou 61 avant notre ère, lorsque le général romain Suétone les affronta au combat. Boadicée menait depuis son char, exhortant ses soldats à se battre ou à devenir esclaves, mais elle et son armée furent vaincues. Selon les écrits de Tacite, Boadicée aurait alors pris du poison pour se tuer, bien que cet élément de l’histoire ne fut jamais prouvé.

(À lire : Boadicée, la reine celte qui défia Rome.)

Du haut de son char, Boadicée s'adresse à ses forces.

PHOTOGRAPHIE DE Culture Club, Getty Images

TOMOE GOZEN : PUISSANTE SAMOURAÏ

La majeure partie des guerriers samouraïs du Japon, stoïques et très disciplinés, étaient des hommes. Toutefois, l’un, ou plutôt l’une des plus célèbres samouraïs était une femme. L’histoire de Tomoe Gozen (Dame Tomoe) est principalement connue grâce au Heike monogatari, une histoire romancée de la guerre de Genpei du 12e siècle qui opposait deux familles, les Taira (également connus sous le nom de Heike) et les Minamoto.

Tomoe Gozen était capitaine dans la guerre de Genpei au 12e siècle .

PHOTOGRAPHIE DE Paul Fearn, Alamy Stock Photo

Elle était samouraï de son mari (ou amant) général de guerre, Minamoto no Yoshinaka. Tomoe était décrite comme « une cavalière intrépide que ni le cheval le plus féroce ni le sol le plus accidenté ne pouvaient désarçonner, et elle maniait l’épée et l’arc avec une telle dextérité qu’elle était l’égale d’un millier de guerriers et qu’elle était prête à rencontrer aussi bien Dieu ou le diable ».

Avec son aide, Yoshinaka triompha des Taira, mais sa famille se retourna contre lui. Il se retrouva à combattre son cousin à la bataille d’Awazu en 1184. Tomoe se trouvait à ses côtés sur le champ de bataille jusqu’à ce qu’il ne reste plus que cinq guerriers. Mourant, Yoshinaka lui ordonna de le laisser, mais elle saisit un soldat ennemi « d’une poigne puissante, l’attira contre le pommeau de sa selle, le maintint immobile, lui tordit le coup et le jeta au loin ». Puis elle laissa tomber son armure et s’éloigna, et l’Histoire l’oublia.

 

JEANNE D’ARC : ENVOYÉE PAR DIEU

Au 15e siècle, au plus fort de la guerre de Cent Ans qui opposait la France et l’Angleterre, une jeune paysanne vint au secours de la France. Jeanne d’Arc n’était qu’une adolescente lorsqu’en 1429, elle contacta le dauphin Charles, l’héritier du trône de France qui n’avait pas encore été couronné, les Anglais tenant Reims, le site traditionnel du couronnement. Guidée par les voix saintes de Saint Michel, Sainte Catherine d’Alexandrie et Sainte Marguerite d’Antioche, elle lui annonça : « Je suis venue et ai été envoyée au nom de Dieu pour vous porter secours, à vous et à votre royaume ». Après avoir été interrogée par les autorités ecclésiastiques, elle reçut la permission de lever des troupes et de partir au combat.

Jeanne et ses troupes libérèrent la ville d’Orléans, alors assiégée, permettant à Charles II d’être enfin couronné, donnant à la France un roi légitime. Mais en 1430, les Anglais capturèrent Jeanne, la jugèrent, la condamnèrent pour hérésie, et la brûlèrent vive le 30 mai 1431, à Rouen. Au fil du temps, les Français gagnèrent du terrain et finirent par chasser les Anglais de la plupart de leurs territoires. Charles VII annula la condamnation pour hérésie de Jeanne. En 1920, l’Église catholique la canonisa et elle obtint le titre de sainte patronne.

(À lire : Jeanne d’Arc, récit d'un procès truqué.)

Gauche: Supérieur:

Jeanne d'Arc demanda au clergé de tenir une croix devant elle lorsqu'elle fut brûlée sur le bûcher en 1431.

PHOTOGRAPHIE DE Photos.com, Getty Images
Droite: Fond:

La tour de Rouen où Jeanne fut emprisonnée est toujours debout.

 

TANG SAI’ER : COMMANDANTE REBELLE

Au 15e siècle, sous la dynastie chinoise des Ming, Tang Sai’er, une jeune fille de Binzhou (dans l’actuelle province du Shandong), se vit enseigner les arts martiaux par son père. Elle épousa un itinérant du nom de Lin San et rejoignit la secte du Lotus Blanc, un ordre religieux et politique secret, devenant une cheffe locale.

Son monde changea lorsqu’elle perdit ses parents, puis son mari, à une époque où l’empereur imposait de lourdes taxes et où les inondations et la sécheresse ravageaient les terres. N’étant pas du genre à rester inactive, elle leva en 1420 une armée de paysans, combattant avec succès les soldats Ming. Selon certains récits, elle gagna une bataille en créant une armée de démons volants à partir de poupées de papier.

Lorsqu’elle fut enfin vaincue, elle s’enfuit et ne fut jamais retrouvée. Elle aurait selon certaines histoires été capturée, mais ne pouvait être blessée ou tuée par aucune arme. On prétendit aussi qu’elle se serait fait passer pour une nonne bouddhiste. Toutes les nonnes de la région furent arrêtées et interrogées, mais la commandante rebelle ne fut jamais retrouvée.

Réunion de la secte secrète du Lotus Blanc.

PHOTOGRAPHIE DE Age Fotostock, Alamy Stock Photo

Lithographie colorée à la main des années 1830 arborant un portrait de la cheffe des royaumes Ambundu de Ndongo et Matamba : la reine Nzingha Mbande.

PHOTOGRAPHIE DE IanDagnall Computing, Alamy Stock Photo

NZINGA MBANDE : REINE ET GUERRIÈRE

Célèbre pour son intelligence, sa ruse politique et sa capacité à parler portugais, Nzinga Mbande définit une grande partie de l’histoire de l’Angola du 17e siècle. Lorsque les marchands d’esclaves portugais menacèrent sa patrie, son frère, le roi, lui demanda de négocier un traité de paix en 1622. Lors de la réunion, les Portugais lui fournirent une natte sur laquelle s’asseoir, impliquant un statut inférieur à celui du gouverneur. Elle demanda à l’une de ses assistantes de s’agenouiller sur ses mains et ses genoux afin de servir de chaise, établissant ainsi son égalité et négociant le traité.

À la mort de son frère en 1624, Nzinga devint reine du royaume de Ndongo (contre la tradition qui souhaitait que seuls les hommes puissent régner), le vaste royaume du peuple Mbundu, et conquit le royaume voisin de Matamba. Se révélant rapidement une monarque hors pair, elle forma des alliances avec d’anciens États rivaux pour combattre les Portugais dans ce qui deviendrait une guerre de trente ans. Elle n’était toutefois pas uniquement dirigeante royale ; elle préparait les jeunes soldats en les guidant dans des exercices de danse guerrière avec flèches et lances. Elle mena également des troupes au combat jusqu’à l’âge de 70 ans, et utilisait le titre de « général ».

 

PRUDENCE CUMMINGS WRIGHT : CONTRE LES BRITANNIQUES

Prudence Cummings Wright était issue d’une famille de loyalistes dans le Massachusetts du 18e siècle, mais elle croyait en l’indépendance des colonies. Lorsque son mari se joignit à d’autres habitants de Pepperell pour partir au combat contre les Britanniques après les batailles de Lexington et de Concord en avril 1775, elle fut élue cheffe d’une milice de femmes connue sous le nom de Mrs. David Wright’s Guard, avec pour mission de défendre la région.

Bataille de Lexington, 1775.

PHOTOGRAPHIE DE Science History Images, Alamy Stock Photo

Lorsqu’elle apprit que ses frères loyalistes et d’autres personnes faisaient passer des informations du Canada à Boston, elle déclencha une action militaire. Lorsque les espions traversèrent le pont couvert de la ville, elle dirigea les femmes qui s’emparèrent de leurs documents et les retinrent prisonniers, empêchant ainsi les Britanniques de Boston de connaître les mouvements des troupes américaines.

 

BUFFALO CALF ROAD WOMAN : COMBATTANTE CHEYENNE

The Custer Fight de Charles Marion Russell dépeint le dernier combat de George Armstrong Custer à la bataille de Little Big Horn du côté des Amérindiens.

PHOTOGRAPHIE DE IanDagnall Computing, Alamy Stock Photo

La bataille de Little Bighorn est bien connue aux États-Unis pour être l’événement au cours duquel le lieutenant-colonel George Custer trouva la mort, alors que le 7e régiment de cavalerie du pays affrontait les Indiens des Plaines. Ce qui est moins connu, c’est le rôle que joua la guerrière cheyenne Buffalo Calf Road Woman. Elle s’était déjà imposée comme une combattante redoutable pendant les guerres des Sioux de 1876, sauvant héroïquement son petit frère lors de la bataille de Rosebud : les Cheyennes baptisèrent cette bataille « Le combat où la fille sauva son frère ». À Little Bighorn, la même année, elle combattit aux côtés de son mari, Black Coyote et, selon les conteurs, c’est elle qui fit tomber Custer de son cheval avec une massue avant qu’il ne soit abattu.

(À lire : Ces neuf femmes guerrières changèrent le cours de l’Histoire.)

Des extraits de ce travail ont déjà été publiés dans Mysteries of History. Copyright © 2018 National Geographic Partners, LLC.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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