Où vivait saint Nicolas ? Indice : ce n’était pas au Pôle Nord

Sur la route entre Dalaman et Antalya se trouvent des théâtres romains, des îles byzantines, des basiliques ensevelies et des sites de fouilles qui révèlent la vie de Saint Nicolas.

De Alexandra Gillespie
Publication 12 janv. 2026, 09:06 CET
Patara, lieu de naissance de saint Nicolas, est un amas de ruines à ciel ouvert, entouré ...

Patara, lieu de naissance de saint Nicolas, est un amas de ruines à ciel ouvert, entouré de domaines fermiers et de dunes, en Turquie.

PHOTOGRAPHIE DE Georg Knoll, Laif, Redux

Avant son costume rouge et son traineau, le véritable saint Nicolas a vécu et est mort dans l’ancienne Lycie, l’actuelle province d’Antalya, en Turquie. Saint Nicolas n’a pas grandi entouré par des rennes, mais par du marbre romain, et respirait l’air salin.

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Les couleurs riches et la feuille d’or, caractéristiques du style post-byzantin, dominent dans ce portrait de saint Nicolas, réalisé entre 1500 et 1600.

PHOTOGRAPHIE DE Heritage Images, Getty Images

« Selon toutes les informations à notre disposition, il a été élevé par une famille chrétienne », explique le docteur Adam English, professeur d’études chrétiennes et auteur. « À cette époque, être chrétien était encore illégal ; c'était une religion minoritaire, parfois persécutée. Mais au moment de sa mort, la religion chrétienne est acceptée, approuvée, c'est même la religion officielle de l’Empire romain. »

De nos jours, les voyageurs peuvent s’embarquer dans un road trip le long du littoral turc pour découvrir le lieu de naissance du saint, voir où il prêchait et visiter sa sépulture. Entouré par les aéroports de Dalaman et d’Antalya, cet itinéraire côtier vous fera marcher dans les pas de l’un des saints les plus connus du monde.

 

L’ÎLE GEMILER : L’ÎLE DE SAINT-NICOLAS

Votre voyage commence là où celui de Saint-Nicolas s'est terminé : sur l’île Gemiler, juste au large du village d’Ölüdeniz. Là se trouverait le véritable lieu de repos du saint. On y retrouve les ruines de cinq églises byzantines, de plusieurs tombes et d’un chemin cérémoniel où défilaient les processions. Il y a des siècles, les navires voguant en direction de la Terre sainte s’arrêtaient sur l’île pour y prier avant de continuer leur périple vers l’est.

Certains historiens pensent que la communauté chrétienne locale a initialement enterré les restes de Nicolas à Gemiler, avant de les transférer à Myre pour les protéger des envahisseurs. Mais, à l’instar des reliques de nombreux saints, la position exacte des ossements de saint Nicolas fait débat. D’autres encore, pensent que l’association avec l’île est d’ordre symbolique, une partie du souvenir régional du temps où le saint se déplaçait le long de la côte. Selon la théorie la plus répandue, il est demeuré enterré sur l’île jusqu’en 1087, année où des marins italiens auraient dérobé les reliques.

Selon cette version de l'histoire, « quarante-sept marins de Bari, en Italie, ont débarqué, forcé l’entrée de la tombe et dérobé les ossements », explique Adam English. Mais « ils auraient oublié les fragments plus petits des os, alors des marins de Venise sont arrivés près d’une décennie après ». Ils ont pris le reste, ce qui a engendré des siècles de débat sur le dernier lieu de repos de saint Nicolas.

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    Les vestiges de cinq églises byzantines, des tombes, et les ruines d’une citerne d’une société monastique du 4e siècle se trouvent sur l’île Gemiler, au large de la côte d’Ölüdeniz, en Turquie.

    PHOTOGRAPHIE DE Pete Ryan, Nat Geo Image Collection

    À Bari, une basilique a été érigée pour abriter ces reliques. Venise a fait de même. Aujourd’hui, des fragments que l’on dit être les restes d’ossements de saint Nicolas reposent dans des reliquaires, grands et petits, y compris au musée archéologique d’Antalya, à près de 220 kilomètres au nord-est de Gemiler.

    Une fois de retour sur le continent, continuez votre voyage vers le sud-est durant 1h30 jusqu’à Patara, le lieu de naissance du saint, et l’une des grandes villes de son temps.

     

    PATARA, BERCEAU DE SAINT NICOLAS

    Patara était autrefois une colonie lycienne qui remontait à l’âge de Bronze. Le port de commerce à la position stratégique et prospère est passé entre les mains des Perses, des Athéniens, des Macédoniens, avant de finir sous le contrôle des Romains. C’est aujourd’hui un amas de ruines à ciel ouvert, entouré de fermes et de dunes.

    Nicolas y a vu le jour vers 270 apr. J.-C., au sein d’une famille chrétienne aisée. C’était inhabituel à un temps où être chrétien était illégal et marginal. Ses parents sont morts dans sa jeunesse, et c’est un oncle, probablement prêtre, qui l’a élevé. L’histoire traditionnelle veut qu’il ait reversé une grande partie de son héritage aux pauvres, au cours de sa vie, l’origine de sa réputation d’un homme à l’immense générosité.

    En son temps, Patara comportait toutes les caractéristiques d’une grande métropole : un phare de 12 mètres de haut, un théâtre de 5 000 places et une chambre du conseil de la ligue lycienne. Cette union de vingt-trois cités-États était considérée comme la première confédération démocratique du monde. Patara entretenait des liens commerciaux avec l’Égypte et Rome, et abritait l’oracle d’Apollon, le deuxième site prophétique le plus connu après celui de Delphes.

    Les ruines de Patara, en Turquie, une cité portuaire de Lycie et le lieu de naissance ...

    Les ruines de Patara, en Turquie, une cité portuaire de Lycie et le lieu de naissance de saint Nicolas, abritent l’un des plus vieux phares du monde, un théâtre romain, le bouleutêrion (un bâtiment parlementaire) et des bains.

    PHOTOGRAPHIE DE Stefan Volk, Laif, Redux

    Il demeure des traces claires de cette urbanité foisonnante. Des colonnes alignées marquent l’emplacement de l’agora, le séparant d’anciennes échoppes. Les bas-reliefs de gladiateurs, sculptés dans le théâtre rénové, permettent d’imaginer les événements spectaculaires qui s’y sont autrefois déroulés. Et, tout près de là, le bouleutêrion, un bâtiment parlementaire lycien, offre un aperçu saisissant de ce lieu de pouvoir formateur. Le tarif d’entrée pour le parc est de 15 € et est compris dans le pass des musées de Turquie. Les premiers travaux de fouilles modernes à Patara ont commencé en 1988. Des fouilles sont toujours en cours. Elles s’inscrivent dans un effort national pour en apprendre plus sur les centaines de sites existant en Turquie, et révéler de nombreuses autres histoires.

    Près de la nécropole de la ville se trouve l’église de Kaynak et le cimetière. Adam English pense que ce serait le lieu où le saint priait jadis. Dans un email, il écrit : « La datation des ruines suggère que des chrétiens vivaient dans les environs au temps de Nicolas. Surtout lorsque l’on prend en compte le fait que la structure actuelle était bâtie au-dessus de sites funéraires pour les saints et les martyrs chrétiens, ainsi que pour les autres membres de la communauté. Il est donc logique de supposer que c’était l’église qu’il fréquentait dans son enfance. »

    Une petite virée en voiture par-delà les ruines vous fera découvrir la plage de Patara, l’un des bancs de sable parmi les plus longs et les moins développés de la côte turque. Des tortues caouannes creusent leurs nids dans les dunes, et une petite construction sur la plage sert de mosquée pour la prière près de la mer.

     

    DEMRE, L’ANCIENNE MYRE

    Depuis Patara, la route de la côte continue vers l’est pour arriver à Demre, connue sous le nom de Myre dans l’Antiquité. Nicolas y a passé la plus grande partie de sa vie d’adulte à exercer en tant qu’évêque, accomplissant des miracles qui ont contribué à sa réputation internationale qui survit encore aujourd’hui.

    Deux sites révèlent l’importance de cette ville à l’époque lycienne. La nécropole sculptée dans la roche de la falaise et le théâtre romain en périphérie de la ville d’une part. Mais aussi l’église de Saint-Nicolas, qui était auparavant le musée du mémorial de saint Nicolas. Comptez environ 15 € pour la visiter.

    Juste à l’extérieur de l’entrée du musée se trouve une statue de Nicolas entouré d’enfants. Il s’agit de la dernière d’une série d’effigies contestées qui rappellent la renommée internationale de cet évêque, humble en son temps. « Au total, trois statues se sont trouvées ici », explique Adam English. « Le père Noël de Coca-Cola. Un évêque russe. Et maintenant, un homme turc avec des enfants. Tout le monde s’arrache [saint Nicolas]. »

    L’église de Saint-Nicolas, située à Myre, est ornée de multiples mosaïques et fresques.

    L’église de Saint-Nicolas, située à Myre, est ornée de multiples mosaïques et fresques.

    PHOTOGRAPHIE DE Pete Ryan, Nat Geo Image Collection

    Nicolas était un jeune homme du clergé lorsque l’évêque de Myre est mort. Il a donc voyagé jusqu’à Patara pour lui rendre hommage. Alors que le clergé local débattait d’un successeur, l’un de ses membres a vu en rêve que le nouvel évêque porterait le nom de Nicolas. À l’arrivée du jeune prêtre, tous ont cru que ce rêve s’était réalisé.

    Son nouveau rôle n’avait rien de plus qu’un poids spirituel. « À l’époque [le titre d’évêque] était plus proche de celui d’un pasteur de paroisse », explique Adam English. « C’était une position très, très humble. »

    Bien qu’il détînt un si faible pouvoir formel, Nicolas a pourtant exercé une influence de grande envergure sur ses fidèles.

    « Un homme très riche a perdu toute sa fortune. Il avait trois filles qu’il désirait vendre pour récupérer sa richesse », me confie le guide touristique Uraz Nehir, propriétaire de l’agence Cicerone Adventures, sur la route qui mène à l’église. « Et quand Nikolai en a eu vent, il a commencé à préparer un seau de pièces. Il a vidé le premier depuis une fenêtre… et a continué de lancer de l’argent dans la maison ». Il a fait cela jusqu’à ce que le père en ait assez pour payer la dot de ses filles, les sauvant par la même occasion.

    Dans certaines versions de l’histoire, Nicolas jetait l’argent par la cheminée, qui atterrissait dans une chaussette laissée là pour sécher au cours de la nuit.

    Comment est-on passé de saint Nicolas au père Noël ? « Eh bien, c’est sans aucun doute grâce à cette histoire, l’idée d’un homme qui offre des cadeaux dans la nuit, sans se dévoiler », suppose Adam English.

    L’église de Saint-Nicolas, encore debout aujourd’hui, remonte au 6e siècle et se tient sur le lieu où Nicolas aurait été fait évêque. Au Moyen Âge, l’église a été ensevelie sous la vase. Dans les années 1860, le tsar russe, Nicolas I, a financé les premières fouilles archéologiques pour la dévoiler au grand jour.

    Le bâtiment se trouve à plusieurs mètres sous le niveau du sol moderne et abrite de nombreuses iconographies chrétiennes. D’anciennes mosaïques décorent les murs sous des arches ornées de croix et de peintures murales représentant des saints. On y voit également un grand nombre d’ancres, une référence possible au rôle de saint Nicolas, le saint patron des marins.

    Des pèlerins devant le sarcophage de saint Nicolas à Demre, en Turquie.

    Des pèlerins devant le sarcophage de saint Nicolas à Demre, en Turquie.

    PHOTOGRAPHIE DE Eremeychuk Leonid, Alamy

    Les chercheurs pensent que, si son corps a été déplacé de l’île Gemiler, il se trouve dans une annexe récemment découverte sous le bâtiment. Mais cela n’empêche pas un grand nombre de visiteurs de considérer le sarcophage imposant, plus visible, comme le lieu d’inhumation du saint. Une barrière en plastique, mise en place entre le sarcophage monumental et les visiteurs, n’empêche pas les pèlerins de glisser leurs doigts à travers un petit interstice, près du sol, pour toucher la pierre usée en priant silencieusement.

     

    ANTALYA, TURQUIE

    On aperçoit Antalya au nord de Demre, une ville moderne nichée dans un cocon historique. Là-bas, le musée archéologique d’Antalya (qui devrait rouvrir en 2026, après des travaux de rénovation) abrite une collection, petite, mais d’importance, liée à l’évêque. Sa pièce maîtresse est un reliquaire contenant des fragments d’os que l’on attribue à Nicolas. Non loin, une icône du 19e siècle le représente vêtu d’habits de chrétien oriental, entouré d’objets de dévotion des sites lyciens et byzantins.

    La rénovation du musée évoque les réinterprétations perpétuelles de l’histoire de saint Nicolas. « Au cours du 20e siècle […], les experts doutaient en grande partie qu’un tel personnage ait pu exister », raconte Adam English. Cela a changé dans les années 1980 et 1990, quand les travaux de fouilles à Myre ont accéléré et que les chercheurs ont découvert des documents à Bari qui attestaient de sa vie. Ainsi, bien qu’« il s’agi[sse] d’une très vieille histoire, d’une certaine manière, son dénouement est récent. Nous savons réellement quelque chose sur cet homme, des pans de sa vie que nos grands-parents ignoraient », continue Adam English.

    L’homme derrière le mythe continue d’émerger, lentement mais sûrement, du sol qu’il avait lui-même foulé.

    Alexandra Gillespie est une journaliste de voyage basée dans le Midwest des États-Unis.

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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