Et si tout ce que vous saviez sur les pirates était faux ?

Un style vestimentaire coloré, d'immenses navires, le supplice de la planche… Au fil du temps, la culture populaire nous a forgé une image spécifique des pirates. Mais la réalité est bien loin de la fiction.

De Jamie L. H. Goodall
Publication 4 mai 2022, 11:37 CEST
The Pirate Life -- This could also be a cool opener too if you want to ...

Illustration de l'artiste du 19e siècle Howard Pyle représente un homme contraint de marcher sur la planche. Bien qu'il n'existe aucune trace historique de ce type de punition, elle reste populaire dans la mythologie pirate.

PHOTOGRAPHIE DE Image courtesy of Bridgeman Images

Quand on dit « pirate », on imagine des hommes grisonnants avec un cache-œil, un perroquet sur l’épaule et une carte au trésor sous le bras. On imagine des boucaniers forçant leurs victimes à marcher sur la planche en brandissant leur fameux drapeau de pirates à tête de mort. Mais, en réalité, bon nombre de ces clichés sont faux. Les pirates existent depuis presque aussi longtemps que les hommes naviguent sur les eaux du monde, et ils existent encore aujourd’hui. La manière dont ils ont été dépeints dans la culture populaire à travers le temps est souvent trompeuse : mais d’où viennent ces fausses interprétations ?

 

LE STYLE VESTIMENTAIRE DES PIRATES

Le pirate est généralement représenté avec des tenues colorées. Il peut porter une chemise ample avec un bandana autour de la tête, un foulard autour de la taille, un pantalon déchiré et des bottes en lambeaux, comme le capitaine Jack Sparrow de la série de films Pirates des Caraïbes. Il peut aussi être un peu guindé, comme Stede Bonnet, le « pirate gentleman » de la série américaine Our Flag Means Death sortie cette année.

Les représentations courantes de l'apparence des pirates dans la culture populaire, comme sur cette œuvre d'art du début du 20e siècle, reposent souvent sur des descriptions fantaisistes de leurs vêtements et de leur langage.

PHOTOGRAPHIE DE Image courtesy of Bridgeman Images

Malheureusement, ces styles que nous connaissons bien ne correspondent pas à la réalité. Cette ostentation vient principalement des travaux de l’artiste américain Howard Pyle, qui s’inspirait du style des bandits espagnols de la fin du 19e siècle. Au 18e siècle, les marins, y compris les pirates, portaient des pantalons amples coupés au genou et des vestes qui descendaient jusqu’aux cuisses.

Les prothèses sont un autre trait commun attribué aux pirates. Bien sûr, certains d’entre eux avaient réellement une jambe de bois ou un crochet en guise de main, mais ce n’était très probablement pas la norme. Le plus souvent, les amputations en mer étaient synonymes d’une mort assurée. Même si les navires transportaient des coffres de médicaments et qu’un membre de l’équipage était souvent chargé de dispenser des soins médicaux, l’infection et la perte de sang pouvaient entraîner la mort. Et même si un pirate survivait à une amputation, sa capacité à se battre était limitée. Toutefois, perdre un membre n’impliquait pas nécessairement de ne pas pouvoir rester à bord du navire : la personne pouvait continuer à servir l’équipage en tant que cuisinier, par exemple.

Un artiste imagine les marchés que les pirates trouvaient à travers l'Atlantique pour dépenser leur butin. Le commerce transatlantique était essentiel pour le succès des colonies européennes.

PHOTOGRAPHIE DE Gregory Manchess

LES TRÉSORS CACHÉS

Bien que le capitaine Kidd ait enterré son trésor, il s’agissait d’une exception rare pour les pirates. En général, ils dépensaient sans attendre leurs gains mal acquis en femmes et en alcool dans des repaires de pirates. Il était dangereux d’enterrer un trésor à cause des sables et des marées qui se déplaçaient, car ils pouvaient facilement le perdre. De plus, il y avait un manque de confiance évident, puisque d’autres pirates pouvaient retourner déterrer le trésor pour en profiter seuls.

Par ailleurs, la plupart du temps, le butin collecté par les pirates n’était pas sous forme d’or ou d’argent. Il aurait été difficile de trouver un tel trésor. Le plus souvent, le butin était constitué de tous les biens ou marchandises que les pirates pouvaient trouver, notamment du bois, des fourrures, de la soie, du coton, des épices et des fournitures médicales. Ils faisaient également le plein d’articles pour effectuer les réparations nécessaires sur leurs navires, notamment des câbles, des gréements et des voiles.

Une réplique d'un bateau pirate dans la mer des Caraïbes, près de la République dominicaine.

PHOTOGRAPHIE DE Thomas Grau, Alamy Stock Photo

LE CODE DES PIRATES

Il existe des preuves indiquant que de nombreux équipages de pirates adoptaient un code d’honneur ou des articles d’accords, principalement pour maintenir l’ordre à bord du navire. Ces codes traitaient de tous les sujets, de la répartition du butin à ce qui advenait des membres de l’équipage s’ils étaient blessés dans l’exercice de leurs fonctions, en passant par les punitions pour les mauvais comportements et le traitement des prisonniers. Certains de ces articles de pirates existent encore aujourd’hui : par exemple, le code de l’Anglais George Lowther et de son équipage prévoyait d’indemniser les personnes qui perdaient un membre au cours d’une bataille.

Les articles de 1724 du capitaine John Phillips du navire « Revenge » traitent de sujets tels que le vol à bord du navire et la compensation accordée aux pirates qui perdaient des membres pendant des batailles.

PHOTOGRAPHIE DE British Library Board. All rights reserved, Bridgeman Images

Si un pirate violait le code, il était peu probable qu’il soit obligé de subir le « supplice de la planche ». Il existe peu, si ce n’est pas de preuves historiques attestant de cette pratique, largement tirée de la fiction, et notamment du film L’Île au trésor. Si les victimes étaient punies, c’était généralement par le biais du supplice de la cale : un sort encore plus affreux qui consistait à attacher une personne à une corde, à la jeter à l’eau, et à tirer la corde pour la faire passer d’un bout à l’autre du navire. Les victimes de ce châtiment mouraient soit par la noyade, soit en se vidant de leur sang à cause des blessures infligées par les coquillages accrochés sur la coque du navire contre laquelle elles étaient trainées. Les autres formes de punition allaient du jet par-dessus bord à l’abandon sur une île déserte, en passant par le fouet.

(À lire : Grace O’Malley, la légendaire reine pirate irlandaise.)

 

LES BATEAUX DE PIRATES

La plupart des pirates ne naviguaient pas sur des galions espagnols, ni même sur des frégates comme le Black Pearl du capitaine Jack Sparrow. Ils préféraient les petits navires, plus maniables, qui permettaient d’échapper facilement aux grands navires de guerre qui les poursuivaient. Aux 16e et 17e siècles, les sloops étaient le choix favori des pirates : ils étaient rapides et avaient un faible tirant d’eau, ce qui leur permettait de s’échapper plus facilement dans des eaux peu profondes. Les goélettes, comme les sloops, étaient rapides, simples à manœuvrer et pouvaient facilement se cacher dans des estuaires en raison de leur faible tirant d’eau.

De plus, en dépit du mythe populaire, la plupart des pirates n’arboraient pas le fameux Jolly Roger, ou pavillon noir : une tête de mort sur un drapeau noir. Certains hissaient un simple drapeau noir, indiquant que le pirate était prêt à faire des concessions, tandis qu’un drapeau rouge était synonyme de sang et de mort certaine. Le drapeau de Barbe Noire représentait un squelette tenant une lance pointée vers un cœur en sang. Les équipages de pirates possédaient souvent les drapeaux de plusieurs nations différentes, de sorte qu’ils pouvaient hisser un drapeau particulier afin de signaler aux autres navires qu’ils étaient amis, puis hisser leur drapeau pirate une fois qu’ils étaient suffisamment proches pour les attaquer.

 

LES COMBATS DE PIRATES

Un élément plutôt bien représenté par la culture populaire est que les pirates aimaient les armes polyvalentes. Les coutelas, des épées courtes à la lame légèrement incurvée, étaient efficaces pour se battre dans les espaces confinés d’un navire, mais aussi pour dépecer la viande.

Ce tableau du 18e siècle, intitulé Anne Bonny, femme pirate, de Fortunino Matania représente Anne Bonny et un complice faisant prisonniers deux marins.

PHOTOGRAPHIE DE historia , Shutterstock

Les pirates aimaient également un certain pistolet connu sous le nom de tromblon, qui avait une bouche évasée distincte qui tirait de petites balles de plomb sur ses cibles. Les canons étaient également courants à bord des navires pirates : ils pouvaient être chargés de boulets chaînés (deux boulets de canon enchaînés l’un à l’autre), de mitrailles (petits boulets de canon) ou de boulets de canon classiques. Bien souvent, les cibles n’avaient aucune chance face à ces armes.

(À lire : Le jour où Jules César fut enlevé par des pirates.)

Si les livres, les films et la culture populaire ont pris des libertés avec les descriptions des pirates au fil du temps, ces pillards terrorisent les mers depuis plus de 2 000 ans, dépouillant leurs victimes et semant la peur dans les eaux du monde entier. Les pirates observés le plus récemment travaillent au large des côtes de la Somalie et de la Malaisie, et leur apparence est bien différente de celle de « l’âge d’or » des représentations de la piraterie. Mais une chose n’a pas changé : ils restent tout aussi intimidants.

Des extraits de ce travail ont déjà été publiés dans Pirates de Jamie L. H. Goodall en langue anglaise. Copyright © 2021 National Geographic Partners, LLC.

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