La mort d’une dynastie : la fin dramatique des Romanov
Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, le règne des Romanov s’acheva de manière soudaine et sanglante.

Les Romanov sur une photo de 1913. Au centre du groupe, le tsar Nicolas II est assis avec son épouse, la tsarine Alexandra. Derrière, de gauche à droite, on trouve leurs filles Maria, Olga et Tatiana. Leur cadette, Anastasia, est assise sur un tabouret, et Alexis, leur seul fils, est agenouillé au premier plan.
Les Romanov sur une photo de 1913. Au centre du groupe, le tsar Nicolas II est assis avec son épouse, la tsarine Alexandra. Derrière, de gauche à droite, on trouve leurs filles Maria, Olga et Tatiana. Leur cadette, Anastasia, est assise sur un tabouret, et Alexis, leur seul fils, est agenouillé au premier plan.
Un mois après la révolution de février 1917, l’empereur et autocrate de toutes les Russie, Nicolas II, renonça à son trône pour devenir simplement Nicolas Romanov. Entre la révolution au niveau domestique et les échecs catastrophiques de la Première Guerre mondiale à l’étranger, la dynastie Romanov, qui avait fêté son troisième siècle passé au pouvoir en 1913, s’effondra subitement. Les forces bolchéviques retinrent ses membres prisonniers, les déplaçant de lieu en lieu jusqu’à une nuit sanglante de juillet 1918. La famille tout entière fut éliminée, victime d’un sort qu’elle avait refusé de voir venir.
LA POLITIQUE DE L’AUTRUCHE
L’abdication aurait pu être un soulagement pour Nicolas II, monté sur le trône en 1894 à la mort de son père, Alexandre III. Cet homme qu’on disait peu imaginatif et limité n’avait ni les capacités, ni le tempérament requis pour gouverner en des temps aussi turbulents. Indécis pathologique, Nicolas attendait systématiquement le dernier moment pour donner ses ordres, puis se contentait de répéter le dernier conseil qu’on lui avait donné. Selon une plaisanterie que l’on racontait dans tout Saint-Pétersbourg, les deux hommes les plus puissants de Russie étaient le tsar et la dernière personne qui lui avait parlé. (Découvrez des photos de Saint-Pétersbourg aujourd’hui).
Nicolas n’était pas un souverain progressiste et croyait fermement dans son droit divin à régner, conviction que partageait son épouse Alexandra. L’Okhrana, sa police secrète, une organisation terrible et meurtrière, agissait en toute impunité.
En tant que dirigeant, Nicolas connut peu de succès. En 1904, il livra une guerre au Japon, qu’il perdit. Et en 1905, il fut confronté à une révolution dirigée contre son régime autocratique. Dans le Manifeste d’octobre 1905, il consentit à contrecœur à créer la Douma, une assemblée législative élue. Avant qu’elle n’organise sa première séance, le tsar limita toutefois ses pouvoirs afin de préserver sa propre autorité. Quand la Première Guerre mondiale éclata, en 1914, Nicolas mena son peuple dans un conflit qui allait épuiser les ressources de son pays et coûter des millions de vies. En dépit de tout, il demeura aveugle à son impopularité croissante et se persuada qu’on l’aimait malgré tout. Le peuple, quant à lui, n’entendait pas les choses de cette oreille. À vrai dire, il le surnommait Nicolas le Sanglant.
LA FAMILLE IMPÉRIALE
Nicolas était cependant un bon père de famille. Il aimait son épouse, Alexandra, et elle l’aimait en retour. Ils eurent la chance de connaître une telle union à une époque où la règle générale pour les monarques était de se marier par intérêt dynastique plutôt que par affection. Mariés en 1894, ils eurent successivement quatre filles, Olga, Tatiana, Maria et Anastasia. Alexis, le fils et héritier tant attendu, fut leur dernier enfant et vit le jour en 1904. De l’avis général, les Romanov étaient une famille heureuse et dévouée.

Les cinq enfants du tsar Nicolas II de Russie sur une photo de 1910, huit ans avant que la guerre et la révolution ne les emportent vers une mort violente. En bas à droite, une assiette décorative représentant le tsar Nicolas II et son épouse Alexandra réalisée en l’honneur de la visite du couple impérial en France en 1896.
Les cinq enfants du tsar Nicolas II de Russie sur une photo de 1910, huit ans avant que la guerre et la révolution ne les emportent vers une mort violente. En bas à droite, une assiette décorative représentant le tsar Nicolas II et son épouse Alexandra réalisée en l’honneur de la visite du couple impérial en France en 1896.
Allemande de naissance et petite-fille de la reine Victoria, Alexandra avait un caractère plus affirmé et plus imposant que celui de son époux. Son attitude introvertie et distante l’éloigna toutefois du peuple russe, qui voyait en elle une étrangère. Contrairement à son mari, Alexandra était consciente de sa propre impopularité, ce qui exacerbait sa susceptibilité, son autoritarisme et sa paranoïa.
Sigmund Freud fit un jour observer qu’une famille a tendance à s’organiser autour de son membre le plus abîmé. Chez les Romanov, cela pouvait bien être Alexandra. Son tempérament nerveux lui assurait l’attention et la sollicitude constantes de son époux et de ses filles. Six années séparaient l’aînée de la plus jeune des grandes duchesses ; Alexandra comptait sur chacune d’entre elles et veillait à les garder à portée. La famille surnomma affectueusement l’aînée, Olga, et la cadette, Tatiana, le « Grand duo », tandis qu’elle surnomma les deux plus jeunes, Maria et Anastasia, le « Petit duo ».
Toute la famille, mais surtout Alexandra, dorlotait le plus jeune enfant, Alexis. L’héritier du trône était né hémophile, maladie qui venait du côté d’Alexandra. Sa santé devint le centre des préoccupations de la famille. Presque toutes les activités comportaient le risque qu’un coup ou qu’une coupure n’entraîne des épisodes hémorragiques catastrophiques. Alexandra dormait volontiers à terre à son chevet pendant ses semaines de convalescence. Le garçon était doux mais un tantinet espiègle et était choyé par sa mère et par ses sœurs. À une période où les parents des classes supérieures cultivaient une relation distante avec leurs enfants, la dépendance physique d’Alexis le lia étroitement à sa mère et à son père.

Alexis, âgé de huit ou neuf ans, fixe l’objectif tout en jouant avec le collier de perle de sa mère sur cette photo de 1913.
Alexis, âgé de huit ou neuf ans, fixe l’objectif tout en jouant avec le collier de perle de sa mère sur cette photo de 1913.
Cela les rendait également vulnérables. Car en effet, une personne vint, capable d’exploiter cette vulnérabilité, et tous tombèrent sous son emprise. Grigori Raspoutine, né en Sibérie occidentale, se présentait comme un saint homme. Sa réputation était contrastée : on lui prêtait tout à la fois des comportements licencieux, des pouvoirs de guérisons et la capacité de prédire l’avenir. Nous ignorons, aujourd’hui encore, s’il était persuadé de détenir des pouvoirs surnaturels ou s’il se savait charlatan. Les Romanov, eux, y crurent, et cela lui permit d’exercer une influence considérable sur la famille impériale, en particulier sur Alexandra.
DES ESPOIRS DE GUÉRISON
Quand Raspoutine rencontra pour la première fois les Romanov, en 1905, la tsarine était désespérée. La révolution de cette année-là avait bien failli renverser la monarchie. La naissance d’Alexis l’année précédente leur avait donné l’héritier tant attendu, mais son hémophilie, en plus de constituer une tragédie personnelle, était une menace pour la dynastie. Cette situation où se mêlaient crise politique et angoisse maternelle permit à Raspoutine de s’immiscer dans la famille. En 1908, Alexis souffrit d’un grave épisode hémorragique et Raspoutine parvint à atténuer la douleur du garçon. Le mystique aurait prévenu Nicolas et Alexandra que la santé de l’enfant serait liée à la solidité de la dynastie. Sa capacité à maintenir l’enfant en vie lui garantirait une place au palais et le pouvoir d’influencer le tsar.

Grigori Raspoutine (ci-dessus sur une image non datée) était un mystique d’origine paysanne dont l’influence sur la tsarine suscita un profond ressentiment qui culmina dans son assassinat, en 1916, à la veille de la révolution.
Grigori Raspoutine (ci-dessus sur une image non datée) était un mystique d’origine paysanne dont l’influence sur la tsarine suscita un profond ressentiment qui culmina dans son assassinat, en 1916, à la veille de la révolution.
Cette relation aida peut-être le tsarévitch, mais elle ruina la réputation d’Alexandra et l’éloigna encore plus du peuple russe. Selon des rumeurs qui circulaient, Raspoutine avait poussé la débauche au point de séduire la tsarine. Bien qu’il ne fût probablement jamais son amant, il eut des liaisons avec un nombre incalculable de femmes au sein de la cour des Romanov. Nicolas ignora les appels à éloigner Raspoutine de la cour, ce qui attisa encore davantage la colère du peuple russe. La préservation du bonheur de sa femme et de son fils empêcha Nicolas d’écarter cette menace.
En septembre 1915, en pleine Première Guerre mondiale, Nicolas II se rendit au front pour prendre personnellement le commandement des forces russes. La tsarine s’occupait des affaires intérieures et l’influence de Raspoutine sur cette dernière devint manifeste à travers son choix de nommer des ministres incompétents. Les pertes sur le front et le comportement de Raspoutine au palais dressèrent le peuple russe contre le tsar et sa famille. Les conditions d’une révolution étaient réunies.
LA VIE EN CAPTIVITÉ
Lorsque les bolchéviques prirent le pouvoir en novembre 1917, les Romanov devinrent à la fois un moyen de pression et un casse-tête. La Russie devait négocier sa sortie de la Première Guerre mondiale tout en évitant une invasion. Les ennemis du pays observeraient attentivement ce qui arriverait aux anciens souverains, mais si les Romanov survivaient, ils demeureraient à jamais un symbole pour le mouvement monarchiste. Certains souhaitaient qu’on les envoie en exil, d’autres qu’on les traduise en justice pour les crimes qu’on leur imputait, et d’autres encore qu’ils disparaissent pour toujours.
On commença par envoyer la famille au palais de Tsarskoïe Selo. Par souci de sécurité, on les envoya ensuite à Tobolsk, à l’est de l’Oural. On ne les maltraitait pas encore, et Nicolas semblait même s’épanouir. Il appréciait la vie rurale et le grand air et le stress de la vie de tsar ne lui manquait pas. La famille conservait un personnel nombreux : trente-neuf domestiques au total. Elle conserva aussi une grande partie de ses effets personnels, dont ses précieux albums de famille reliés en cuir. Il était encore permis durant ces premiers temps de leur captivité de rêver d’une fin heureuse. Peut-être était-il même permis d’espérer rejoindre l’Angleterre et vivre en exil avec leur cousin britannique George V. Mieux encore, peut-être leur permettrait-on de se retirer dans leur domaine de Crimée, théâtre de nombreux étés heureux.
Ils ne comprirent pas que, petit à petit, chaque issue se refermait. Jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une seule, la pire : la route d’Ekaterinbourg.
Ville la plus radicalisée de Russie, Ekaterinbourg était profondément communiste et farouchement anti-tsariste. « J’irais n’importe où, mais pas dans l’Oural », aurait dit Nicolas alors que le train approchait de sa dernière résidence. On installa la famille dans un grand édifice portant le nom de maison Ipatiev, du nom de son ancien propriétaire. On érigea une haute palissade en bois pour couper les prisonniers du monde extérieur. La famille avait la jouissance d’un jardin pour faire de l’exercice. Le responsable de leur surveillance, Alexandre Avdeev, était corrompu (ses hommes se servaient librement dans les biens appartenant aux Romanov), mais il n’était pas cruel. Les gardiens étaient des hommes ordinaires, recrutés dans des usines locales. Au fil du temps, ils se familiarisèrent avec leurs prisonniers, voire développèrent des liens d’amitié.
Cela ne pouvait pas durer. Des bolchéviques locaux remplacèrent Alexandre Avdeev par Iakov Iourovski, l’homme qui allait orchestrer leur assassinat. Il mit fin aux larcins laissés impunis par son prédécesseur, établit un régime plus sévère et recruta des gardes plus stricts et plus disciplinés. Il entretint avec Nicolas et Alexandra une relation distante mais professionnelle, alors même qu’il planifiait leur assassinat. Nicolas, si peu avisé encore, semblait même l’apprécier.
LES DERNIERS JOURS
Les dernières civiles à voir les Romanov en vie furent quatre femmes que l’on avait fait venir de la ville pour nettoyer la maison Ipatiev. Maria Starodoumouva, Evdokiya Semenova, Varvara Dryagina et une quatrième femme dont le nom n’est pas connu apportèrent à la famille un bref soulagement à l’ennui de la captivité ainsi qu’un ultime contact avec le monde extérieur.
Le témoignage de ces femmes livra le portrait le plus pénétrant et le plus humain de cette famille condamnée. Si elles n’eurent pas le droit de parler aux Romanov, ces femmes venues pour faire le ménage eurent l’occasion de les observer d’on ne peut plus près. Tout d’abord, elles furent frappées par le contraste entre les récits sur la supposée arrogance de la famille diffusés par la propagande anti-tsariste et les personnes modestes qu’elles avaient devant elles. Les grandes duchesses étaient des filles ordinaires. Quant au pauvre Alexis, il apparut à Evdokiya Semenova comme l’incarnation même de la dolence. Comme tant d’autres avant elle, elle fut particulièrement frappée par ses yeux, doux et innocents, mais qui lui semblèrent pleins de tristesse.
La famille, cependant, se réjouit de cette distraction. Les sœurs se hâtèrent d’aider les femmes à récurer les sols, saisissant l’aubaine de discuter avec elles au mépris du règlement de la maison. Evdokiya Semenova parvint à adresser quelques mots gentils à Alexandra. Evdokiya Semenova et Maria Starodoumouva se souvinrent toutes deux d’un épisode en particulier avec une grande clarté : le moment où Iakov Iourovski s’assit à côté du tsarévitch et s’enquit de la santé du garçon. Une scène de gentillesse et d’empathie rares rendue a posteriori sinistre par le fait que Iakov Iourovski était parfaitement conscient qu’il serait, peu de temps après, le bourreau de l’enfant.
La visite de la maison Ipatiev marqua profondément les quatre femmes. On allait tuer les Romanov car ils étaient les symboles suprêmes de l’autocratie. L’ironie était qu’à Ekaterinbourg, les bolchéviques en avaient fait l’opposé d’aristocrates. Comme le formule Evdokiya Semenova, « ils n’étaient pas des dieux ». « Il s’agissait de personnes ordinaires, comme nous. De simples mortels. »
La nuit du 16 juillet, on envoya un télégramme à Moscou pour informer Lénine de la décision de procéder à leur exécution. À 1h30 du matin, Iakov Iourovski réveilla la famille et les quatre domestiques et les informa que les combats entre les forces rouges et blanches menaçaient la ville et qu’ils devaient être déplacés au sous-sol pour leur propre sécurité.

LA DERNIÈRE NUIT
Rien ne prouve que les Romanov se soient comportés autrement qu’avec docilité. Le tsarévitch dans les bras, Nicolas conduisit la famille et les quatre domestiques (le médecin de famille Eugène Botkine, la servante Anna Demidova, le chef Ivan Kharitonov et le valet Alexis Trupp) au sous-sol. Réunis dans une petite pièce nue, ils semblaient encore ignorer leur sort. On alla chercher des chaises pour Alexandra et Alexis mais les autres restèrent debout.
Iakov Iourovski s’approcha d’eux, les bourreaux derrière lui, sur le seuil de la porte, et lut aux prisonniers stupéfaits une déclaration préparée à l’avance : « Le présidium du Soviet régional, exécutant la volonté de la Révolution, a décrété que l’ancien tsar Nicolas Romanov, coupable d’innombrables crimes sanglants contre le peuple, devait être fusillé. » Aussitôt sa lecture terminée, on tira sur les membres de la famille. Les témoignages divergent alors, mais la plupart affirment que le tsar était la cible principale et qu’il succomba à plusieurs tirs. La tsarine mourut quant à elle d’une balle dans la tête.
Alors que la pièce se remplissait de la fumée des tirs, la discipline des assassins disparut. Les grandes duchesses semblaient indemnes, les balles avaient ricoché sur leurs corps (on découvrit plus tard que les diamants cousus dans leurs vêtements avaient fait office d’armure lors de la première salve). L’un des assassins, un ivrogne du nom d’Emarkov, perdit tout contrôle de sa personne et se mit à taillader les Romanov à coups de baïonnette. Finalement, après vingt minutes d’horreur, la famille tout entière ainsi que ses serviteurs étaient morts : sous les balles, les coups de poignards ou les coups de poing et de pied.
On sortit les onze corps de la maison et on les chargea dans un camion. On s’en débarrassa chaotiquement. Selon les spécialistes du sujet, les dépouilles furent jetées dans une mine peu profonde, la Ganina Yama, que les bolchéviques tentèrent de faire s’écrouler à coups de grenades. Le conduit résista et l’on en retira les corps à la hâte. En chemin vers leur nouvelle sépulture, le camion s’embourba et deux corps, que l’on pense aujourd’hui être ceux d’Alexis et de Maria, furent débarqués et abandonnés dans la forêt. Les neuf autres furent brûlés, aspergés d’acide et enfouis dans une autre fosse non loin de là.
LA VÉRITÉ ÉMERGE
Après le meurtre de la famille Romanov, les autorités soviétiques firent tout un mystère de ce sujet. Peu après que les bolchéviques eurent annoncé la mort de Nicolas, on affirmait déjà qu’Alexandra et Alexis étaient en vie et en lieu sûr. Les morts ne seraient confirmées qu’en 1926, mais les Soviétiques refuseraient de reconnaître toute responsabilité dans ces exécutions.
Joseph Staline interdit officiellement toute discussion du sort de la famille en 1938 et la maison Ipatiev fut démolie en 1977 après que les autorités soviétiques eurent décrété qu’elle n’avait « aucune valeur historique ». Le silence imposé autour du sort des Romanov étouffa le débat public, il alimenta aussi une curiosité sans fin. Des imposteurs impériaux ne cesseraient de surgir dans les décennies suivantes, la plupart affirmant être l’un des enfants du tsar. Chaque fois qu’un nouveau prétendant apparaissait, l’affaire était relancée, ce qui empêchait le mystère de s’éteindre comme les autorités soviétiques l’espéraient. En 1979, un duo de détectives amateurs découvrit la principale fosse commune près d’Ekaterinbourg, mais leur découverte demeura secrète jusqu’à l’effondrement de l’Union soviétique.
Alors qu’une nouvelle révolution parcourait la Russie, des scientifiques retournèrent à Ekaterinbourg en 1991 pour rétablir la vérité des faits historiques. Ils exhumèrent les restes de neuf personnes par la suite scientifiquement identifiées comme étant Nicolas, Alexandra, Olga, Tatiana, Anastasia et leurs quatre domestiques. La découverte de leurs ossements marque le début d’un processus de cicatrisation dans lequel tant l’horreur de leur mort que leur place dans l’Histoire pouvaient être reconnues.
En 1998, on inhuma ces restes en la cathédrale Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg, lieu de sépulture traditionnel des tsars. En 2000, l’Église orthodoxe russe fit canoniser Nicolas, Alexandra et leurs enfants en tant que « porteurs de la Passion ». À Ganina Yama, où les bolchéviques avaient d’abord tenté de faire disparaître les corps, l’Église orthodoxe fit ériger un monastère. À l’emplacement de la maison Ipatiev fut consacrée, en 2003, la majestueuse église de Tous-les-Saints, depuis devenue un site de pèlerinage. En 2007, on découvrit les restes d’Alexis et de Maria, puis on les identifia au moyen d’analyses ADN.
On dit parfois que les familles très soudées sont susceptibles de se couper du monde. Ce fut le cas des Romanov. Leur repli sur eux-mêmes les empêcha de prendre suffisamment vite la mesure du danger qui les guettait, mais leur amour leur donna de la force et leur permit de supporter leur confinement. Ce fut la grande consolation de leurs derniers mois que de pouvoir rester ensemble jusqu’au terrible dénouement.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.


