Comment vieillir en bonne santé ?

Alors que notre espérance de vie est de plus en plus élevée, les spécialistes de la longévité s'efforcent désormais d'améliorer notre espérance de santé, ou le nombre d'années que nous pouvons espérer vivre sans maladie physique ou mentale.

De Dina Fine Maron
Publication 23 janv. 2024, 18:10 CET
Arnold Camfferman, 69 ans, fait de la chute libre à plus de 2 000 m au-dessus ...

Arnold Camfferman, 69 ans, fait de la chute libre à plus de 2 000 m au-dessus d’Ameland, une île au large des côtes néerlandaises. Cet instructeur de parachutisme, encore en activité, a sauté d’un avion plus de 20 800 fois. « Je ne compte pas m’arrêter de sitôt », assure-t-il. Son conseil pour une vie longue et saine ? « Ne jamais, jamais, arrêter de jouer. »

PHOTOGRAPHIE DE Jasper Doest avec Aaron Molloy

Nous vivons aujourd’hui bien plus longtemps que nos ancêtres avant nous, mais est-ce toujours une bonne chose ?

Bien que notre espérance de vie dépasse désormais les 80 ans, de plus en plus de personnes souffrent pendant au moins dix années de leur vie de problèmes de santé physique et mentale qui peuvent rendre difficiles des tâches de la vie quotidienne.

C’est pourquoi des biologistes et autres chercheurs en longévité s’efforcent de découvrir des méthodes destinées à augmenter notre espérance de santé, ou le nombre d’années que nous pouvons espérer vivre sans maladie.

Ce concept, qui a fait son apparition dans les revues médicales il y a plus de trente ans, défini alors comme les « années sans maladie », est désormais connu aussi bien des cliniciens que des patients et désigne le nombre d’années vécues sans problèmes de santé susceptibles d’entraver gravement la réalisation des activités de la vie quotidienne. Ainsi, si elle est traitée, une hypertension n’aurait par exemple pas d’incidence significative sur l’espérance de santé d’une personne, contrairement à un accident vasculaire cérébral ou à une démence, illustre Sharon K. Inouye, médecin-chercheuse à la faculté de médecine de Harvard spécialisée dans le vieillissement.

Les chercheurs comme Inouye ont plusieurs objectifs : comprendre les mécanismes sous-jacents du vieillissement, identifier les gènes qui favorisent une bonne santé, et déterminer les mesures que nous pouvons prendre dans notre vie quotidienne afin d’allonger notre espérance de santé.

 

LE SECRET GÉNÉTIQUE DES CENTENAIRES

Il est possible de vivre plus longtemps tout en étant en meilleure santé.

C’est du moins ce qu’affirme le chercheur Nir Barzilai en observant la santé et la longévité des centenaires avec lesquels il travaille à l’Albert Einstein College of Medicine, dans le Bronx, à New York. Les participants à son étude qui sont en bonne santé présentent ce que l’on appelle une « compression de la morbidité » : autrement dit, ils ne sont malades et dépendants que pendant une très petite partie de leur vie.

« Ils ne vivent pas seulement plus longtemps, ils vivent en bien meilleure santé. Ils sont tombés malades cinquante ans après leurs amis et trente ans après les amis de leurs enfants. » Mais quel est le secret de cette longue santé de fer ?

Certains de ces centenaires ont tout simplement eu de la chance à la loterie génétique. Déterminer quels sont les gènes qui contrôlent les troubles liés à l’âge pourrait ainsi, selon le chercheur, permettre de mettre au point des médicaments capables d’imiter leurs effets chez les personnes qui n’ont pas été aussi chanceuses.

Les recherches de Barzilai s’axent particulièrement sur les gènes qui modulent notre « bon » cholestérol et qui nous aident ainsi à rester en bonne santé de diverses manières. Selon son étude, les participants centenaires sont beaucoup plus susceptibles de posséder une variante spécifique du gène CETP, qui contrôle le cholestérol, et ces patients ont tendance à conserver de bonnes fonctions cérébrales pendant plus longtemps.

L’objectif des recherches en cours est donc de reproduire les effets de ce gène. Si nous parvenons à développer de tels traitements, notre espérance de santé ne pourra que s’améliorer, affirme Barzilai, tout particulièrement si nous suivons également les recommandations actuelles en matière de régime alimentaire, d’exercice physique et d’interactions sociales.

 

ADAPTER SON MODE DE VIE

Dans l’ensemble, l’efficacité des développements les plus aboutis en matière d’espérance de santé dépend du point de vue, explique Inouye, qui dirige également le centre du vieillissement du cerveau de l’organisation à but non lucratif Hebrew SeniorLife, affiliée à Harvard.

« Si vous parlez à un chercheur sur la longévité, il vous parlera des derniers médicaments destinés à améliorer la longévité qui sont en train d’être étudiés, principalement sur des modèles non humains ou des animaux, à ce stade », tandis que « pour moi, le travail le plus important en matière d’espérance de santé, c’est la prévention », ajoute la chercheuse.

Une alimentation riche en fruits et légumes et pauvre en glucides est essentielle, tout comme le fait de rester actif mentalement et engagé socialement par le biais d’activités telles que le bénévolat, des exercices d’aérobic et de musculation réguliers, mais aussi d’éviter le tabac et l’excès d’alcool, révèle-t-elle. Des recherches récentes publiées dans le JAMA Internal Medicine, dont Inouye est la rédactrice en chef, démontrent que le régime alimentaire, l’exercice, les jeux cérébraux, entre autres méthodes, peuvent contribuer de manière significative à préserver la santé du cerveau.

Un bon sommeil est également fondamental, même si cela vous demande continuellement des efforts, ajoute le géroscientifique Matt Kaeberlein, qui travaillait auprès de l’Université de Washington avant de devenir PDG de la société de biotechnologie Optispan, établie à Seattle. Selon les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), un mauvais sommeil augmente le risque de développer de nombreux troubles, tels que le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, les maladies cardiaques, une mauvaise santé mentale, et même une mort prématurée.

L'une des priorités des chercheurs spécialisés dans l'espérance de santé est d'allonger le nombre d'années pendant lesquelles les personnes sont en assez bonne santé pour participer à des activités du quotidien, telles que jouer avec leurs petits-enfants.

PHOTOGRAPHIE DE Jasper Doest, Nat Geo Image Collection

Les principaux composants d’un régime alimentaire sain sont aujourd’hui bien documentés, pourtant, l’efficacité des différentes stratégies varie selon les personnes, ajoute Kaeberlein. Que ce soit en essayant un régime méditerranéen, riche en fruits, légumes et céréales complètes, ou d’autres approches telles que le jeûne intermittent ou un régime cétogène pauvre en glucides et riche en lipides, le plus important est de trouver ce qui convient le mieux à votre organisme et à votre situation.

 

QUE FONT LES SPÉCIALISTES POUR LEUR PROPRE SANTÉ ?

Tous les scientifiques spécialisés dans la biologie du vieillissement n’adoptent pas le même mode de vie. Certains décident même d’aller au-delà des limites approuvées par les autorités sanitaires, ce qui peut entraîner des risques encore inconnus.

Par exemple, dans sa routine de santé, Barzilai, 68 ans, a inclus de l’exercice quotidien, un jeûne intermittent, un bon sommeil, des activités sociales ainsi que la prise de metformine, un médicament antidiabétique courant qui, selon certains chercheurs, pourrait diminuer les risques de maladies liées à l’âge. Chez les animaux, ce médicament semble notamment agir en améliorant la réponse de l’organisme à l’insuline, ce qui peut avoir un effet sur le vieillissement cellulaire et dans la lutte contre le déclin cognitif. Barzilai admet cependant que la prise de ce médicament n’est pas officiellement recommandée, la Foods and Drug Administration (FDA) américaine ne l’ayant pas approuvé pour traiter le vieillissement.

De son côté, Kaeberlein, quinquagénaire, s’est tourné vers un autre médicament non homologué : la rapamycine, un immunosuppresseur approuvé par la FDA pour aider les patients ayant subi une transplantation d’organe. Selon le scientifique, lorsqu’elle est prise à faible dose, la substance inciterait les cellules à diminuer les signaux favorisant la croissance et à augmenter la résistance au stress, ce qui, chez les animaux, semble ensuite arrêter, voire inverser les déclins cognitifs et fonctionnels. Ses recherches dans le cadre du Dog Aging Project et d’autres travaux menés sur des animaux indiquent que ce médicament est prometteur : il serait par exemple capable de prolonger l’espérance de vie des souris de près de 60 %.

Bien souvent, les résultats obtenus chez les rongeurs ne peuvent cependant pas être reproduits chez les humains. De plus, ces médicaments n’étant pas encore approuvés dans un objectif d’allongement de la durée de vie, les données sur les potentiels effets secondaires à long terme dans le cadre de l’utilisation chez des personnes en bonne santé demeurent inconnues.

Il est donc essentiel d’évaluer les risques et les avantages de tout médicament avant de décider, avec l’aide d’un médecin, de ce qui vous convient le mieux, rappelle Kaeberlein.

 

APPRENEZ À VOUS CONNAÎTRE

Au-delà de ces approches médicamenteuses expérimentales, pour Kaeberlein, accéder à davantage de données de base relatives à nos carences en vitamines, nos hormones et notre taux de glycémie nous permettrait de mieux surveiller notre état de santé et de réaliser de nombreux progrès dans ce domaine d’études.

Demander un suivi à votre médecin à partir de vos 30 ou 40 ans pourra ainsi vous aider à identifier les mesures que vous devrez prendre plus tard dans votre vie, mais aussi à savoir si des interventions urgentes sont nécessaires, explique Kaeberlein.

Il n'est pas recommandé de vous limiter à une prise quotidienne de gélules de multivitamines pour éviter ou combler des carences inconnues, car cela empêche de savoir si vous avez de réelles carences et, le cas échéant, les multivitamines ne contiendront peut-être pas le niveau de suppléments adapté pour répondre à vos besoins spécifiques.

 

L’IMPORTANCE DE LA SOCIABILITÉ

Créer du lien avec les autres et avec soi-même constitue également un pilier fondamental pour optimiser votre espérance de santé. Même si vous interagissez régulièrement avec au moins une personne avec laquelle vous vivez, telle que votre conjoint, il reste important d'entretenir d’autres relations et de vivre d'autres expériences sociales à un âge avancé.

« À l’heure actuelle, sans prendre de médicaments, nous pouvons maximiser notre activité physique, notre alimentation, notre sommeil et notre connexion sociale. Toute personne qui le souhaite peut appliquer ces quatre éléments dans sa vie », révèle Barzilai.

Selon le National Institute on Aging, des activités telles que l’adhésion à un groupe de marche ou à un club axé sur des activités que vous aimez pourraient vous aider à être en meilleure santé. Les avantages, tels que la réduction du risque de démence, de maladie cardiaque et d’accident vasculaire cérébral, sont multiples aussi bien pour la santé mentale que physique.

Sortir, même si ce n’est que pour promener notre chien, augmente notre bonheur et notre activité physique. Le bénévolat, le tutorat ou d’autres activités utiles permettent d’entretenir l’activité du cerveau et de favoriser des interactions sociales, sont enrichissants sur le plan personnel, et seraient liés à une amélioration de la mémoire ainsi qu’à une réduction du stress.

« Même si les relations interpersonnelles sont difficiles pour vous », vous avez la possibilité de vous axer sur votre bien-être et votre paix intérieure, explique Kaeberlein. La méditation et les pratiques de pleine conscience sont extrêmement utiles pour certaines personnes, même si celles-ci n’intègrent pas de relations interpersonnelles supplémentaires à leur vie.

Il est tout de même recommandé aux personnes qui pratiquent régulièrement la pleine conscience d’essayer de se sociabiliser, ajoute-t-il cependant. « J’essaie d’y travailler ; je pense que, pour les personnes qui l’ont souvent négligé dans leur vie, cela demande des efforts. Il y a beaucoup à gagner à reconstruire ces relations. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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