Léonard de Vinci : ses innombrables talents révélés dans ses carnets

Remplis de nombreux croquis et notes, les carnets du célèbre artiste de la Renaissance dévoilent ses innombrables passions et travaux avant-gardistes qui auraient, selon certains, inspiré un bon nombre d'inventions modernes.

De Bulent Atalay, Keith Wamsley
Publication 12 août 2022, 10:17 CEST
Opener

« Autoportrait » de Léonard de Vinci, datant d'environ 1510-13, conservé à la Biblioteca Reale de Turin. Dans ses carnets, l'artiste signait « disscepolo della sperientia », ce qui serait traduit en italien moderne par « discepolo dell'esperienza » (disciple de l'expérience).

PHOTOGRAPHIE DE Realy Easy Star, Toni Spagone, Alamy Stock Photo

C’est en tant qu’artiste que Léonard de Vinci a le plus marqué les mémoires, avec son énigmatique Joconde et sa fresque La Cène qui comptent parmi les tableaux les plus célèbres du monde. Toutefois, si l’on en croit les chiffres, l’art est peut-être la moindre de ses contributions au monde : seules vingt-deux de ses peintures sont exposées dans le monde, et quelques centaines de dessins personnels. Ce véritable homme de la Renaissance, qui vécut du milieu du 15e au début du 16e siècle, à l’apogée de la Renaissance italienne, excellait dans un nombre incroyable de domaines, de l’architecture aux sciences, en passant par les mathématiques et l’ingénierie.

La « Joconde » de Léonard de Vinci représenterait Lisa Gherardini, l'épouse de Francesco del Giocondo, un marchand de soie florentin. Chaque année, des millions de visiteur.ses se bousculent pour voir le tableau au musée du Louvre, à Paris. Le tableau, protégé par une épaisse couche de verre qui doit être nettoyée régulièrement, n'a jamais été restauré.

PHOTOGRAPHIE DE PAOLO WOODS ET GABRIELE GALIMBERTI, National Geographic Image Collection

Ses carnets sont remplis d’observations, de spéculations et de théories scientifiques originales qui, pour la plupart, furent confirmées et soutenues par des chercheurs indépendants dans les siècles suivants. Il dessina les plans d’innombrables moteurs et machines, dont beaucoup devinrent plus tard réalité dans le monde. Les graines de la science et de la technologie occidentales, qui germèrent et fleurirent durant la révolution scientifique, furent plantées à la Renaissance italienne, et personne n’en sema plus que Léonard de Vinci.

Voici un aperçu de quelques-uns des carnets de notes du génie, dévoilant ses idées, observations et découvertes avant-gardistes.

(À lire : Léonard de Vinci avait-il un cerveau exceptionnel ?)

 

MATHÉMATICIEN

Obsédé par la géométrie, Léonard de Vinci prenait des mesures dans la nature, cherchant des liens et des modèles, et les exprimant mathématiquement. Il était particulièrement fasciné par les proportions du corps humain. Inspiré par les travaux de l’architecte romain Vitruve, l’Homme de Vitruve (environ 1487), réalisé à la plume, représente un homme dans deux positions superposées, bras et jambes étendus, à l’intérieur d’un cercle et d’un carré, et explore la géométrie des proportions parfaites.

Gauche: Supérieur:

« Homme de Vitruve », vers 1490. Galeries de l'Académie, Venise.

Droite: Fond:

Un homme vu de profil, avec des figures géométriques superposées, afin de démontrer les proportions idéales, vers 1490. Galeries de l'Académie, Venise.

Photographies de Cameraphoto Arte, Venice, Art Resource, NY

Dans un texte écrit à l’envers sur le dessin, il résume comment chaque partie du corps est mathématiquement proportionnée aux autres : « Quatre doigts font une paume ; quatre paumes font un pied ; (...) vingt-quatre paumes font un homme ». Ce dessin traduit également sa conviction que le fonctionnement du corps humain est similaire à celui de l’Univers. « L’homme est le modèle du monde », écrit-il.

Léonard de Vinci connaissait également le nombre d’or, une proportion mathématique qui permet de créer des compositions esthétiques. Défini par un ratio d’environ 1:1,618, un nombre désigné par la lettre grecque φ, il est associé à la « proportion divine ». Par exemple, dans sa peinture inachevée Saint Jérôme, le personnage est parfaitement encadré par un rectangle d’or superposé. De même, un bon nombre de ses portraits de jeunes femmes, dont celui de Mona Lisa, arborent des éléments des mathématiques de l’esthétique.

 

« Croquis pour le dôme de Duomo de Milan », vers 1487. Codex Atlanticus, Bibliothèque Ambrosienne, Milan.

PHOTOGRAPHIE DE Codex Atlanticus, page 850 recto, Léonard de Vinci, Veneranda Biblioteca Ambrosiana, Milan, Italie, © Veneranda Biblioteca Ambrosiana, Metis e Mida Informatica, Mondadori Portfolio, Bridgeman Images

ARCHITECTE

Les carnets de Léonard de Vinci sont remplis de dessins et de plans de bâtiments. Il était fasciné par le problème de l’esthétique architecturale, en rapport aux proportions, ainsi que par l’acoustique des édifices religieux.

Il était déterminé à découvrir une combinaison structurelle qui permettrait à la voix du prédicateur d’atteindre les coins les plus reculés de l’édifice. Il inventa le teatro da predicare, une salle de conférence en forme d’amphithéâtre.

Il fut officiellement nommé premier architecte du roi François Ier en 1515, ainsi que premier peintre et premier ingénieur. Il conçut des fortifications militaires qui tenaient compte de l’utilisation accrue de l’artillerie, créant des murs inclinés avec une base élargie afin d’empêcher tout affaiblissement dû à des bombardements continus.

En 1502, le sultan Bayezid II, souverain ottoman, demanda des croquis pour un pont, et Léonard de Vinci lui soumit un plan. Le pont devait enjamber la Corne d’Or d’Istanbul sur plus de 275 mètres, avec une arche suffisamment haute pour que les navires puissent passer en dessous. Pensant que le pont de l’artiste n’était pas réalisable, le sultan rejeta sa proposition mais, en 2001, les architectes modernes ont prouvé l’erreur du sultan lorsqu’ils ont utilisé ce même plan pour construire un pont sur une autoroute en Norvège.

(À lire : L’œuvre de Léonard de Vinci redéfinie par l’étude de sa personnalité.)

 

NATURALISTE

Au début des années 1490, Léonard de Vinci se dirigea à deux reprises vers le nord, dans les Alpes italiennes. Il y nota des observations et réalisa des croquis ; il documenta et décrivit avec soin les plantes, les animaux et les oiseaux. Ces voyages donnèrent lieu à de remarquables dessins d’orages qui décrivaient avec précision la direction et la force des courants descendants, appelés cisaillements du vent.

Il examina également des fossiles et des formations terrestres, et formula certaines des premières spéculations scientifiques modernes sur la géologie et l’histoire naturelle. Ses dessins de falaises montraient clairement les strates des différentes époques géologiques, et il émit surtout l’hypothèse d’une origine de la Terre beaucoup plus ancienne que la vision traditionnelle de l’époque.

Copie de l'esquisse de Léonard de Vinci pour la « Vierge des rochers », exposée au Museo Nazionale Scienza e Tecnologia de Milan.

PHOTOGRAPHIE DE Prisma Archivo, Alamy Stock Photo

La fascination de l’artiste pour la nature prit un tournant vers la recherche et l’observation minutieuses vers la fin du 15e siècle, alors qu’il vivait à Milan. Il commença à rédiger un carnet consacré presque exclusivement à un seul domaine de recherche scientifique : l’optique, ou l’étude de la lumière. Les dessins sont soignés et méticuleux, et intègrent ses connaissances en géométrie ; ils sont les équivalents des cahiers de laboratoire modernes.

 

INVENTEUR

Nombreux sont ceux qui affirment que la plupart des inventions modernes furent inspirées par le travail de Léonard de Vinci, telles que le parachute, la machine à polir les miroirs, la paire de ciseaux, les ponts portatifs, le verrou à onglet (toujours utilisée sur les canaux) et la technologie spring drive. Certains estiment même qu’il conçut les plans du premier robot.

C’est dans le domaine de l'aviation qu’il est probablement le plus reconnu, et ce bien avant que le concept d’une machine volante ne devienne réalité. Le géni qu'il était produisit plus de 35 000 mots et 500 croquis sur les machines volantes, ainsi que sur les oiseaux en vol : selon lui, les oiseaux sont des machines volantes.

(À lire : Comment Léonard de Vinci a fait de l’art de la cartographie une science.)

Dessin d'un ornithoptère, 1487-1490. Paris Ms. B, Institut de France.

PHOTOGRAPHIE DE RMN-Grand Palais, Art Resource, NY

ANATOMISTE

De Vinci consigna ses études de l’anatomie humaine dans des dessins et des notes qui révélaient des détails jamais décrits auparavant. Deux de ses dissections humaines s’avérèrent particulièrement importantes. La première, réalisée sur un vieil homme, décrivit l’athérosclérose, un durcissement résultant de la formation de plaques sur les parois intérieures d’un vaisseau sanguin, et l’obstruction artérielle, un diagnostic de maladie cardiaque posé par l’artiste des centaines d’années avant que les médecins n’en reconnaissent les symptômes. À peu près à la même époque, Léonard de Vinci réalisa l’autopsie d’un enfant et constata que ces mêmes vaisseaux n’étaient pas obstrués et que leurs parois étaient souples, un signe que les ravages de l’âge ne s’étaient pas encore installés dans le corps.

Gauche: Supérieur:

Coupes de la tête d'un homme, montrant l'anatomie de l'œil, dessinées par Léonard de Vinci, vers 1500.

Droite: Fond:

 Deux dessins du cœur, réalisés par Léonard de Vinci, vers 1513.

Photographies de Historical Images Archive, Alamy Stock Photo

Dans ses dessins, Léonard de Vinci trouva également le moyen de montrer des caractéristiques sous huit angles différents, en coupe transversale et dans de multiples vues en coupe retirant les couches de muscles et de tissus pour révéler les niveaux de structure.

C’est cependant l’œil humain qui l’attira le plus. Il étudia sa structure, ses connexions avec les autres organes et son fonctionnement précis. Afin de mieux le comprendre, il mit au point une technique de dissection consistant à plonger l’œil dans du blanc d’œuf et à le faire bouillir afin de le rendre plus ferme et plus facile à manipuler. Contredisant l’idée dominante de l’époque selon laquelle l’œil émettait des rayons invisibles, il proposa l'idée que l’œil était un organe réceptif qui « voyait » au moyen de la lumière réfléchie.

(À lire : Léonard de Vinci : l’énigme des manuscrits perdus.)

Des extraits de ce travail ont déjà été publiés dans Leonardo da Vinci. Copyright © 2019 Bulent Atalay et Keith Wamsley. Compilation copyright © National Geographic Partners, LLC.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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