Maha Shivaratri, l’une des nuits les plus sacrées de l’hindouisme
Célébrée par un jeûne, des prières et des veillées durant toute la nuit, cette fête commémore les récits anciens de Shiva et la création du cosmos.

Représentant Shiva, un hindou tient une bougie allumée dans sa bouche tandis qu’il participe à une procession religieuse dans le cadre de la fête Maha Shivaratri à Jalandhar, en Inde. À l’occasion de cette fête, les fidèles prient et jeûnent pour rendre grâce à Shiva, le dieu de la destruction.
En une seule nuit, l’univers a été créé, le bien l’a emporté sur le mal et un mariage divin a donné naissance à l’humanité. Chaque année, cette soirée historique est commémorée lors de la Maha Shivaratri, une fête inspirée des légendes anciennes de la divinité suprême de l’hindouisme, Shiva. Diwali et Holi sont peut-être les deux fêtes hindoues les plus connues, mais Maha Shivaratri est un évènement annuel entièrement consacré à Shiva.
Shiva fait partie de la trinité des divinités majeures de l’hindouisme, troisième religion la plus pratiquée au monde avec environ 1,2 milliard de fidèles, dont la plupart vivent en Inde. Certains hindous vénèrent Brahmā, le dieu créateur, tandis que d’autres préfèrent prier Vishnu, le protecteur, ou encore Shiva, le destructeur. Ce dernier groupe, connu sous le nom des Shivaïtes, compte plus de 300 millions de membres.
Maha Shivaratri, ou la Grande nuit de Shiva, commémore le mariage de la divinité à la déesse Parvati, ses actes courageux qui ont sauvé notre planète et la danse cosmique du seigneur qui évoque le cycle de la vie. Voici ce que vous devez savoir au sujet de cette fête hindoue.

Le temple de Pashupatinath, à la veille de Maha Shivaratri, à Katmandou, au Népal. Le temple est l’un des épicentres des célébrations. Les fidèles s’y rassemblent par milliers, pour prier toute la nuit et se baigner dans l’eau sacrée du fleuve Bagmati.
L’hindouisme est une religion ancienne, vieille de plus de 4 000 ans. Pour les universitaires, elle serait née dans la vallée de l’Indus entre 2300 et 1500 av. J.-C. Elle repose sur une vaste collection de textes anciens et se distingue par sa diversité régionale à travers le sous-continent indien, ce qui explique pourquoi ses fêtes sont inspirées d’une multitude de mythes. Et Maha Shivaratri n’y échappe pas.
« Les fêtes hindoues prennent une forme variée et sont célébrées de diverses manières dans les différentes régions linguistiques et culturelles de l’Inde, ainsi que dans le contexte diasporique », explique Amy Allocco, professeure en études religieuses à l’université Elon, en Caroline du Nord (États-Unis). La façon dont sont célébrées les fêtes comme Maha Shivaratri diffère aussi selon la région et les ressources locales. « Ces variations s’observent dans de nombreuses dimensions de la fête, notamment en ce qui concerne les pratiques culinaires, rituelles et narratives ».
Mais ces fêtes religieuses ont une chose en commun : les actes de dévotion envers une ou plusieurs divinités hindoues. Lors de Maha Shivaratri, les participants peuvent effectuer un bain rituel ou faire des offrandes de jujube ou de feuilles de bilva aux dieux. « La dévotion envers la divinité aide à subordonner l’ego à un pouvoir plus grand que nous. Le culte renforce ceci, tout en créant un sentiment de présence réelle de la divinité dans la vie des croyants », analyse Jeffery D. Long, professeur en études religieuses au Elizabethtown College, en Pennsylvanie (États-Unis), dont les recherches portent sur les religions et les philosophies de l’Inde.
Quelle que soit l’histoire de ses origines, la fête de Maha Shivaratri est étroitement associée à la création de l’univers dans la culture hindoue.


Cette illustration représentant Shiva en compagnie de Parvati fait partie des 61 peintures dépeignant diverses scènes issues de l’Adhyatma Ramayana, un texte en sanskrit qui interprète allégoriquement l’histoire de l’épopée hindoue Râmâyana dans la doctrine de l’Advaita Vedānta.
Cette statue en bronze datant du 11e siècle représente Shiva sous les traits de Nataraja, le Seigneur de la Danse.
LA CÉLÉBRATION D’UN MARIAGE DIVIN
L’une des principales légendes associées à Maha Shivaratri est le mariage divin entre Shiva et la déesse Parvati. De cette union serait né l’univers, fruit de la conscience pure (Shiva) et de l’énergie créative (Parvati), qui rééquilibre le cosmos. Leur mariage, souvent représenté sous les traits de la divinité hindoue Ardhanarishvara, aurait libéré la force nécessaire pour créer la vie et assurer son maintien.
C’est en raison de cette légende que Maha Shivaratri revêt une pertinence particulière pour les couples hindous, explique Purushottama Bilimoria, spécialiste de l’hindouisme et de la philosophie indienne, et chercheur principal à l’université de Melbourne, en Australie.
« Pour de nombreux hindous, la nuit de noces n’est pas considérée comme un évènement individualiste ou privé, mais comme un instant cosmique, un moment qui introduit symboliquement la naissance de l’univers lui-même », déclare-t-il.
Shiva représente la conscience et la spiritualité, tandis que Parvati incarne la dévotion, la fertilité et la responsabilité. Cette polarité symbolique est reflétée dans de nombreux mariages hindous, souligne Purushottama Bilimoria. « Les couples sont encouragés à cultiver un équilibre comparable, qui promet la fécondité, la prospérité, la fidélité, la longévité et la compassion mutuelles », ajoute-t-il. « Ils prient ensemble, participent aux festivités tout en suivant des périodes de jeûne, profitent des plaisirs légitimes de la vie (puruṣārthas) et élèvent leur progéniture ».


Une fidèle allume une lampe à huile dans un temple hindou à Colombo, au Sri Lanka. Selon le calendrier hindou, Maha Shivaratri est célébrée le 14e jour de la première moitié du mois lunaire de Phalguna.
Un prêtre dit des prières à l’occasion de Maha Shivaratri dans un temple hindou à Colombo, au Sri Lanka.
LA DANSE COSMIQUE DE LA CRÉATION DE SHIVA
Pour certains hindous, Maha Shivaratri commémore également le Tandava, la danse de la création, de la protection et de la destruction de Shiva. Lorsqu’il danse le Tandava, Shiva prend la forme du danseur cosmique Nataraja. Aussi connu comme le Seigneur de la Danse, l’origine de ce dernier remonte à plus de 1500 ans, comme en attestent ses représentations sur des sculptures indiennes.
Cette performance représente le rythme continu de l’univers et l’équilibre entre l’énergie dynamique et le calme intérieur.
« D’un point de vue cosmique, la danse de Shiva ne s’arrête jamais », explique Jeffery D. Long. « Nous en faisons tous partie. Mais elle est associée à cette nuit spécifique (celle de Maha Shivaratri), car la nuit, ce moment où tout est très calme et que le monde est endormi, représente le point créatif précédant le début de la danse de manifestation du monde de Shiva ».

Des Sâdhus, les saints hommes de la religion hindouiste, prennent part à une procession religieuse avant Maha Shivaratri à Katmandou, au Népal.
Outre ces légendes de création, Maha Shivaratri est également liée au rôle de protecteur de l’univers de Shiva. Selon Jeffery D. Long, une légende raconte comment Shiva a affirmé sa suprématie sur les divinités Vishnu et Brahmā en prenant la forme d’une colonne infinie de lumière. Souvent appelée Jyotirlinga, cette colonne lumineuse symbolise le pouvoir sans limite de Shiva.
Le courage de Shiva est également souligné dans deux autres légendes indissociables de Maha Shivaratri. Dans l’une d’elles, un poison menace d’engloutir et de détruire notre monde. Shiva intervient alors retient le poison dans sa gorge pour sauver l’univers, assurant ainsi la survie de l’humanité. Dans l’autre, Shiva décoche une flèche qui détruit trois citadelles sous le contrôle des frères démoniaques Kamalasksha, Tarakaksha et Vidyunmali, métaphore dynamique de la victoire du bien sur le mal.

Des fidèles hindous allument des bougies et prient lors de la fête hindoue de Maha Shivaratri à Katmandou, au Népal.
L’importance spirituelle de Maha Shivaratri est renforcée par le spectacle unique auquel elle donne lieu. Ce jour-là, l’Inde devient une terre de lait et de miel. Les fidèles versent ces liquides sucrés sur le shiva lingam, un objet cylindrique que l’on trouve dans de nombreux temples et foyers, qui représente la colonne infinie de Shiva, tout en chantant le mantra « Om Namah Shivay » (Je m’incline devant Shiva).
Ceux qui participent à cette fête peuvent se purifier en prenant un bain, faire preuve de leur piété en jeûnant, trouver la paix en méditant, honorer Shiva en allumant des lampes et chanter des mantras collectivement dans les temples hindous éclairés de mille feux.
Chacun de ces mythes évocateurs est habité par la couleur, le spectacle et la spiritualité de Maha Shivaratri, une fête hindoue complexe par nature, caractérisée par de nombreuses traditions et des rites éclectiques, mais hautement symbolique pour tous les fidèles.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.