À quoi ressemblait vraiment la vie des Européens au Moyen Âge ?

Est-ce qu’on se lavait ? Tout le monde croyait-il vraiment que la Terre était plate ? Ce que vous pensez savoir sur l’« âge des ténèbres » est probablement faux.

De Erin Blakemore
Publication 17 janv. 2024, 15:16 CET
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Une peinture du début du 14e siècle montre Ponce Pilate, qui a ordonné la crucifixion de Jésus, en train de se laver les mains. Les idées fausses les plus répandues sur la vie des Européens du Moyen Âge portent notamment sur le manque d'hygiène. En réalité, ils se baignaient souvent et avaient des rituels de lavage des mains comme celui représenté ici.

PHOTOGRAPHIE DE DeAgostini, Getty Images

Innovations, philosophie et œuvres d’art emblématiques : la réalité de la période médiévale (du 5e au 15e siècles de notre ère) en Europe pourrait bien vous surprendre.

Nombreux sont ceux qui voient les années ayant précédé la Renaissance et les Lumières, auxquelles on a donné le nom d’« âge des ténèbres », comme une période pendant laquelle les Européens étaient arriérés, négligés et brutaux, irrémédiablement superstitieux et où la technologie était rudimentaire. 

La réalité est toute autre. Voici quatre mythes sur le monde médiéval qu’il serait temps de laisser derrière nous. 

 

MYTHE N°1 : AU MOYEN-ÂGE, ON ÉTAIT SALES

Certes, il aura fallu attendre le 19e siècle pour que la théorie microbienne prenne le pas sur celle des humeurs et « miasmes » nuisibles à la santé humaine. Cependant, l’image courante des médiévaux négligés, sales et qui manquent d’hygiène en général est fausse. 

En réalité, les bains, tant en intérieur qu’en extérieur, étaient très appréciés en Europe. Non seulement on fabriquait et utilisait du savon, mais on se rendait également dans des bains publics, parfois privés, dont certains servaient uniquement de couverture pour des maisons closes. 

Un aquamanile est un récipient destiné au rituel du lavage des mains dans des contextes religieux, par exemple par un prêtre avant la messe, mais aussi profanes, par exemple dans un ménage privé avant un repas. Celui-ci est allemand et date du début du 13e siècle.

PHOTOGRAPHIE DE Sepia Times, Universal Images Group, Getty Images

Les médiévaux avaient même des rituels élaborés autour du lavage des mains avant les repas, en particulier dans les cercles aristocratiques. Si les paysans se lavaient eux-aussi les mains, les membres de l'aristocratie le faisaient dans de somptueuses toilettes, pendant que des ménestrels leur jouaient des mélodies. S'ils dînaient avec le roi, ils attendaient que celui-ci se lave publiquement les mains avant de s'asseoir, démonstration de sa puissance.

Les historiens modernes estiment que le lavage des mains ne s'est effacé qu'au cours du 15e siècle, qu’on considère plus éclairé, au moment où la fourchette a commencé à remplacer les doigts lavés des convives aux tables de la Renaissance.

 

MYTHE N°2 : AU MOYEN ÂGE, ON PENSAIT QUE LA TERRE ÉTAIT PLATE

Un mythe persiste selon lequel les ignorants du Moyen Âge croyaient que la Terre était plate et craignaient que les navires ne chutent une fois arrivés au bord.

Cette idée est absolument fausse. Dès la Grèce antique, du 12e au 9e siècle avant notre ère, les humains savaient que la planète était sphérique. Leurs connaissances astronomiques et planétaires étaient relativement complexes au Moyen Âge, à l'époque où Christophe Colomb entreprit son voyage vers les Amériques en 1492.

Alors pourquoi le mythe persiste-t-il encore aujourd'hui ? On peut imputer la faute à Washington Irving, un écrivain américain du 19e siècle dont la biographie fantaisiste de Christophe Colomb a été si appréciée que l’idée des médiévaux croyant que la Terre était plate s'est perpétué.

 

MYTHE N°3 : LES SOCIÉTÉS EUROPÉENNES DU MOYEN ÂGE ÉTAIENT HOMOGÈNES ET LOCALES

Malgré le peu de voyages réalisés par rapport à l'ère moderne, la diversité ethnique, de genre et même sexuelle faisait amplement partie de la société médiévale.

Une étude réalisée en 2019, par exemple, a utilisé de l'ADN provenant d'ossements trouvés dans un cimetière de la peste noire à Londres et a révélé une ville plus diversifiée qu'on ne le pensait auparavant. L'analyse des restes de quarante et une personnes a mené à sept lieux d'origine différents, des personnes d'ascendance africaine et des personnes ayant un double héritage Européen blanc et Africain noir.

Les sociétés du Moyen Âge présentaient également une diversité sexuelle et de genre. Bien que l'Église catholique ait présenté l'homosexualité comme un péché, les attitudes à l'égard du désir homosexuel variaient. Les historiens relèvent des preuves de non-conformité au genre et des liens étroits entre personnes du même sexe dans les œuvres d'art et la littérature de l’époque.

En outre, toutes les femmes du Moyen Âge n'étaient pas confinées aux tâches domestiques. En réalité, certaines femmes devenaient chefs de guerre, musiciennes, scientifiques, scribes et actrices du pouvoir politique, même si l'éducation était encore interdite à la plupart d'entre elles.

 

MYTHE N°4 : LA PENSÉE À LA PÉRIODE MÉDIÉVALE ÉTAIT SOMBRE ET IRRATIONNELLE

Ce qu’on appelle « âge des ténèbres » est un mythe que les historiens ont passé des années à essayer de réfuter. Il semble découler de l'utilisation par certains auteurs du terme « ténèbres », des plaintes d'un poète du 14e siècle concernant la qualité de la littérature locale aux tentatives infructueuses d'un historien du 17e siècle pour trouver des sources historiques datant de siècles antérieurs.

Malgré la sombre réputation de cette époque, tout, de l'érudition à l'art et à la technologie, a prospéré au cours du Moyen Âge. Cette époque a tout produit, des premières lunettes aux horloges mécaniques, en passant par la charrue à roues et les caractères mobiles, trois inventions qui permirent la révolution industrielle et le Siècle des Lumières. Les armes à poudre révolutionnèrent la guerre pour toujours, tandis que les cartographes réussirent à créer des cartes du monde d'une précision étonnante.

Parallèlement, la formation de guildes a permis aux artistes de sortir de la classe paysanne et d'accéder à des rôles d'artisans convoités, au moment où tout, des manuscrits enluminés à la tapisserie en passant par la sculpture, prospérait à cette époque. Heironymus Bosch, peintre néerlandais connu pour ses peintures religieuses excentriques, et Giotto di Bondone, dont les fresques et l'architecture ont ajouté un cachet artistique aux cathédrales gothiques italiennes, ne sont que quelques-uns des artistes médiévaux devenus célèbres en leur temps.

En fait, on peut dire des médiévaux qu’ils ont préparé le terrain pour la Renaissance. Ils en ont eux-mêmes vécu trois, avec de brillantes avancées dans l'art, l’innovation scientifique et le monde académique renouvelé.

En outre, il ne s'agit là que de l'Europe. Les mille ans parcourus par la période médiévale ont vu la Chine perfectionner la boussole et inventer la navigation, les royaumes africains, à l'apogée de leur puissance, se livrer à des échanges commerciaux complexes tandis que s’épanouissaient les civilisations des Amériques, et le monde islamique « faire envie au reste du monde », comme l’écrit l'historienne Rabia Umar Ali, pendant des siècles en raison de ses progrès en matière d'apprentissage, de culture, de science, de médecine et d'administration publique. 

Une reproduction en bois du 15e siècle des premières lunettes produites en Allemagne en 1350.

PHOTOGRAPHIE DE DeAgostini, Getty Images

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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