Les toutes premières métropoles du monde commencent à livrer leurs secrets

L’archéologie moderne redécouvre les merveilles enfouies de cités oubliées durant des millénaires où, sous l’égide de puissants souverains, la vie quotidienne a un jour suivi son cours.

De Patricia S. Daniels
Publication 28 juil. 2022, 16:53 CEST
Opener or Megiddo

En Israël, Tel Meggido abrite en son sein les contours de la cité antique de Meggido, érigée en surplomb d’un carrefour commercial et militaire.

PHOTOGRAPHIE DE Greg Girard, National Geographic Image Collection

 

À leur apogée, Uruk, Ur, Meggido, Babylone et Ninive purent chacune prétendre, avec leur foison de palais, de temples, de marchés et de tavernes où l’on dégustait du vin de figues, au titre de cœur urbain du monde. Bien que rien ou presque ne subsiste de ces civilisations autrefois majestueuses, l’archéologie moderne exhume les miettes de leur passé et parvient à reconstituer l’histoire fascinante de leurs anciens habitants (riches comme pauvres). Spoiler alert, il sera question de plaque dentaire, de potions létales et d’Armageddon.

 

URUK : BERCEAU DE L’ÉCRITURE

Le cunéiforme est le premier système d’écriture à avoir vu le jour.

PHOTOGRAPHIE DE CPA Media Pte Ltd, Alamy Stock Photo

« C’est une puanteur de mangouste […] un homme troublé qui se donne des airs. » Non, il ne s’agit pas d’une tirade maladroite issue d’un film à petit budget mais de l’un des nombreux fragments de correspondance que des archéologues ont découvert gravés sur des tablettes d’argile à Uruk, principale ville de Sumer, la plus ancienne civilisation du monde qui a vu le jour en Mésopotamie méridionale (non loin de l’actuelle Samawa, en Irak).

Active à partir du quatrième millénaire avant notre ère environ, cette cité fortifiée atteignit son apogée environ mille ans plus tard. Quelque 40 000 personnes, des artisans, des chefs et des prêtres, animaient alors cette ville fortifiée. Ces fameuses tablettes d’argile, où prêtres et scribes gravaient des formes et des symboles anguleux, constituent le plus ancien système d’écriture jamais découvert : l’écriture cunéiforme, qui doit son nom à ses caractères en forme de clous.

Dans la cité d’Uruk, un temple probablement dédié au dieu An s’est un jour élevé dans les cieux.

PHOTOGRAPHIE DE Nico Tondini, robertharding.com

Les archéologues se sont particulièrement intéressés à deux districts sacrés dédiés à An, dieu sumérien du ciel, et à Inanna, déesse sumérienne de la fertilité et de la guerre. Les fouilles leur ont permis de déduire que certains temples avaient la forme de ziggurats, d’imposantes tours étagées faites de briques où les prêtres faisaient des offrandes au dieu qu’on y honorait. Les milliers d’ouvriers anonymes dont le labeur intense nous a offert ces structures n’ont toutefois laissé que peu d’indices sur ce qu’a été leur existence quotidienne.

 

PORT PROSPÈRE

À la fin du troisième millénaire avant notre ère, alors que l’influence d’Uruk se dissipait, une autre cité mésopotamienne reprit le flambeau : Ur. Celle que les Irakiens dénomment aujourd’hui Tel-al-Muqayyar fut fondée au sud d’Uruk au quatrième millénaire avant notre ère, là où le Tigre et l’Euphrate se jettent dans le golfe Persique.

La grande ziggurat d’Ur, partiellement reconstruite aujourd’hui, fut un jour dédiée à Nanna, le dieu de la Lune.

PHOTOGRAPHIE DE Asaad Niazi, Getty Images

En 2000 av. J.-C., on y trouvait un port prospère comptant environ 60 000 âmes jouissant d’un niveau de richesse alors inégalé en Mésopotamie. Ses marchés attiraient des commerçants venus des quatre coins du vaste monde antique ; on venait de la Méditerranée, du golfe Persique et même d’Inde. À Sumer, les envahisseurs connaissaient des hauts et bas, mais à son apogée, c’est depuis Ur, le siège de l’empire, que maîtres et prêtres puissants opéraient. Bien qu’elle ait fini par décliner au fil des siècles, on se souvient de la cité comme du lieu de naissance d’Abraham, principal patriarche biblique.

Au 19e siècle, l’archéologue britannique Leonard Woolley découvrit des centaines de sépultures enfouies près d’une ziggurat remplie d’artéfacts spectaculaires : une dague en or avec manche en lapis-lazuli, des plateaux de jeu, un casque en or enfoncé par un objet contondant… Il mit également au jour les demeures finales de membres de la famille royale comme celle d’une ancienne reine nommée Puabi. On avait enterré avec elle d’autres personnes, soigneusement disposées en compagnie de leurs instruments de musique, de leurs chariots et de leurs armes. Il s’agissait de domestiques, de guerriers et d’autres personnes sacrifiées et enterrées là avec leurs maîtres. Dans une grande fosse se trouvaient six gardes armés et 68 servantes, dont une avait pris soin d’accrocher un ruban argenté à ses cheveux avant que la potion létale qu’elle avait ingérée ne l’emmène vers l’au-delà.

MEGGIDO : CHAMP DE BATAILLE

Au cours de sa longue histoire qui courut de l’an 6 000 av. J.-C. à l’an 500 av. J.-C., la cité de Meggido, située près de l’actuelle ville d’Haïfa, en Israël, connut d’abord une période de croissance avant de dépérir, puis elle repartit de plus belle et atteignit son apogée aux alentours de 1 600 avant notre ère. À cette époque, il s’agissait d’une imposante ville fortifiée située en surplomb d’un important carrefour de routes commerciales et militaires reliant la Mésopotamie, l’Égypte et l’Asie Mineure. Les archéologues y ont découvert les ruines de palais somptueux, de fortifications massives et de bâtiments sacrés s’entremêlant avec des habitations privées.

Dans cette représentation de la bataille d’Armageddon, les forces de Bien affrontent les forces du Mal.

PHOTOGRAPHIE DE Image courtesy of Christopher Wood Gallery, London, UK, Bridgeman Images

Sous l’un des palais, ils ont découvert un magot composé de bijoux en or et en lapis-lazulis, de plaques et de meubles en ivoire et de récipients en or. Un autre tombeau renfermait des dépouilles, celles d’un homme, d’une femme et d’un enfant parés de bijoux en or et en argent.

Les ruines de Meggido en surplomb de la plaine israélienne d’Esdraelon.

PHOTOGRAPHIE DE Zoonar RF, iStock, Getty Images

Des fouilles continuent d’avoir lieu sur le site. On y emploie notamment des techniques génétiques modernes qui nous renseignent sur la vie des citoyens moyens de l’ancienne ville. D’ailleurs, au grand bonheur des chercheurs, les habitants de la cité ne se brossaient pas bien les dents ; grâce à la plaque dentaire fossilisée qu’ils prélèvent sur les corps qu’ils étudient, ils parviennent à connaître leur régime. Les personnes de la haute société mangeaient des graines et des fruits locaux mais également des ingrédients et des mets importés d’ailleurs comme du sésame, du soja, du curcuma et même des bananes.

Mais Meggido était également une ville où l’on faisait la guerre. Au cours de son histoire plurimillénaire, elle fut le théâtre d’innombrables batailles. C’est par exemple là que prit place, au 15e siècle av. J.-C, la bataille de Meggido, première bataille recensée de l’Histoire, qui vit les Égyptiens menés par Thoutmôsis III conquérir Canaan. Peut-être est-ce à cause de ces événements que le livre de l’Apocalypse fait de Meggido le théâtre de la bataille finale entre le Bien et le Mal : l’Armageddon (qui signifie « colline de Meggido »).

 

BABYLONE : ESSOR ARCHITECTURAL

Reconstitution graphique de Babylone vers 550 avant notre ère. Depuis l’Euphrate, on aperçoit l’Esagil, le temple du dieu Marduk, ainsi que l’Etemenanki.

PHOTOGRAPHIE DE Image courtesy of Album, Alamy Stock Photo

De toutes les cités ayant fleuri en Mésopotamie le long du Tigre et de l’Euphrate, aucune ne fut plus grandiose que Babylone. Située au sud de l’actuelle Bagdad, elle s’épanouit au début du deuxième millénaire avant notre ère avant de tomber face à l’envahisseur hittite en 1595 av. J.-C. À la fin du 7e siècle avant notre ère, sous le règne de Nabuchodonosor II, elle était redevenue la principale cité-État de la région.

(Qui était Nabuchodonosor II, roi bâtisseur de Babylone ?)

Chef de guerre couronné de succès, Nabuchodonosor était également un bâtisseur enthousiaste. Sous son règne, qui dura plus de 40 ans, la ville fortifiée de Babylone s’étendait sur plus de sept kilomètres carrés. La spectaculaire porte d’Ishtar, qui mesurait plus de 11,50 mètres, encadrait l’une des entrées de la ville de ses carreaux vernissés bleus et or dépeignant un éventail symétrique de créatures fantastiques (elle se trouve désormais au musée de Pergame à Berlin). Depuis la porte, un chemin processionnel rectiligne filait devant le palais de Nabuchodonosor II et passait devant un assortiment de temples. L’un d’eux, l’Etemenanki, aurait inspiré l’épisode biblique de la tour de Babel.

La glorieuse porte d’Ishtar encadrait autrefois une entrée de Babylone. Elle a été restaurée et se trouve désormais au musée de Pergame à Berlin.

PHOTOGRAPHIE DE Adam Eastland, Alamy Stock Photo

Après la mort de Nabuchodonosor II, en l’espace d’une génération seulement, Babylone tomba aux mains du conquérant perse Cyrus le Grand. Néanmoins, la ville conserva sa grandeur sous le règne d’Alexandre le Grand qui prévoyait d’en faire sa capitale lorsqu’il y trouva la mort en 323 av. J.-C.

 

NINIVE : VILLE-JARDIN

Des personnages à la fois humains et animaux se battent à coups de dague sur les murs du palais de Ninive.

Située sur la rive orientale du Tigre (et faisant désormais partie de la ville irakienne de Mossoul), Ninive se tenait au milieu de routes commerciales et de champs fertiles et exista, sous une forme ou sous une autre, pendant des milliers d’années. On y a découvert une célèbre tête en bronze datant du 3e millénaire av. J.-C. qui pourrait représenter Sargon d’Akkad. La cité atteignit son apogée autour de l’an 700 av. J.-C. sous le règne de l’Assyrien Sennachérib. Quelque sept kilomètres carrés de palais, de temples, de marchés et de canaux fleurirent dans l’enceinte de sa double fortification. Dans les temples, les citoyens vénéraient des dieux et des déesses comme Ishtar (Innana).

Les légendaires jardins suspendus de Babylone, l’une des Sept Merveilles du monde antique, se trouvaient peut-être à Ninive. Selon certains spécialistes, ils auraient arboré la majestueuse capitale assyrienne ; en effet, les ruines d’un espace-vert royal irrigué par un ingénieux système de canaux y trahissent la présence ancienne d’une spectaculaire volupté botanique.

Des archéologues fouillent des canaux construits sous le règne du roi assyrien Sargon II. Ceux-ci servaient à irriguer les champs qui nourrissaient les habitants de Ninive, située plus au sud.

PHOTOGRAPHIE DE Alberto Savioli

Marchands et artisans y vendaient des étoffes, des objets en bronze, des épices et du vin venus d’ailleurs, tandis que les tavernes y servaient de la bière de figues produite localement. Les membres de la famille royale chassaient le lion depuis leurs chars dans des parcs prévus à cet effet à l’extérieur de la ville. Un roi ultérieur, Assurbanipal, établit une bibliothèque contenant environ 30 000 tablettes et planches ; des documents légaux, des mythes, des récits et des légendes, dont l’Épopée de Gilgamesh.

La bataille de Ninive eut lieu en 627 ap. J.-C. et oppose l’Empire byzantin aux Sassanides, dernier empire d’Iran avant les conquêtes musulmanes des 7e et 8e siècles. Passée sous contrôle arabe, Ninive devint un centre administratif mais finit par décliner. Au 13e siècle, elle n’était plus que ruines.

Une visiteuse du British Museum de Londres photographie des tablettes en argile extraites de la grande librairie de Ninive construite par Assurbanipal.

PHOTOGRAPHIE DE Russell Boyce, Reuters, Alamy Stock Photo

Des extraits de cet article ont été publiés dans Lost Cities of the Ancient World, en langue anglaise. Copyright © 2021 National Geographic Partners, LLC.

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