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6 conseils pour des vacances plus écoresponsables à la plage

Montée des eaux, érosion des plages et surtourisme menacent les littoraux du monde entier. Voici quelques conseils pour soutenir et encourager un tourisme plus durable lors de vos prochaines vacances à la plage.

De Sarah Stodola
Publication 5 août 2022, 18:43 CEST
Nags Head beach, North Carolina

De nombreuses maisons de plage à Nags Head, en Caroline du Nord, sont construites sur pilotis, ce qui leur permet de résister aux ouragans et aux inondations. Ces dernières années, de tels bâtiments se sont tout de même effondrés sur les Outer Banks, en partie à cause de la montée des eaux due aux changements climatiques.

PHOTOGRAPHIE DE John Greim, Loop Images, Universal Images Group, Getty Images

Ce n’est pas une période facile pour les amoureux et amoureuses de la plage. La montée des eaux et l’intensification des tempêtes font des ravages sur les littoraux du monde entier. Des maisons de vacances situées le long des Outer Banks en Caroline du Nord sont tombées dans l’océan, l'accès aux plages de Gironde reste toujours très limité suite aux incendies, et dans la Baie de Somme, les acteurs locaux se battent tant bien que mal pour sauver le littoral, là où les falaises s'effondrent et où la roche s'abime. 

Les 7 000 stations balnéaires du monde entier se trouvent littéralement en première ligne de cette lutte, et le tourisme durable est devenu un outil essentiel pour y faire face. Cependant, les stations balnéaires ne font pas que subir la transformation des littoraux, elles y contribuent.

Au début du 19e siècle, alors que les stations balnéaires étaient devenues un élément incontournable de la vie de la classe supérieure britannique, les trains à charbon utilisés pour les rejoindre réchauffaient déjà l’atmosphère et contribuaient à faire monter le niveau des océans. Après la Seconde Guerre mondiale, l’émergence des classes moyennes aux États-Unis et en Europe a fait des vacances à la plage un incontournable culturel grâce aux revenus disponibles, aux congés payés, aux voyages aériens abordables et aux vaccins contre les maladies tropicales.

Sur l'île hawaïenne d'Oʻahu, la plage de Waikiki attire chaque année de grands groupes de visiteurs. Bien qu'elle soit bordée de palmiers, ces arbres ne sont pas indigènes à la région et ne contribuent guère à lutter contre l'érosion du littoral.

PHOTOGRAPHIE DE Benny Marty, Getty Images

Les voyages internationaux ont explosé aux 20e et 21e siècles. En 1950, 25 millions de personnes ont voyagé à l’étranger. En 2019, elles étaient près de 1,5 milliard. Les touristes ont été attirés par les côtes, de Thaïlande à d’Hawaï. Leurs vols en avion ont contribué à eux seuls à la majeure partie de l’empreinte carbone des voyages, de plus en plus élevée.

À la fin du 20e siècle, le paradis des vacanciers avait besoin d’aide. Le tourisme durable a fait son apparition : un concept qui implique l’adoption de pratiques visant à réduire les effets sociaux, économiques et environnementaux négatifs du tourisme de masse.

Comme je l’explique dans mon nouveau livre, The Last Resort: A Chronicle of Paradise, Profit, and Peril at the Beach, il est difficile d’atteindre une véritable durabilité dans le tourisme balnéaire. Malgré cela, j’ai découvert des lieux et des pratiques qui permettent de répondre efficacement à la crise climatique.

Les voyageur.ses peuvent aider en faisant certains choix, en apportant du soutien, en étant conscients de l’impact du tourisme sur le littoral, mais aussi en réduisant leur propre empreinte carbone. Voici six idées que vous devriez prendre en compte lors de votre prochaine escapade ensoleillée, afin d’assurer un voyage le plus écoresponsable possible.

(À lire : Comment soutenir le tourisme durable ?)

 

S’INSTALLER LOIN DES PLAGES

Les hôtels et autres structures en béton élevés et construits directement sur la plage bloquent l’écoulement du sable, provoquant inévitablement une érosion. Une fois le sable disparu, les propriétaires de stations balnéaires sont confrontés à des choix difficiles : construire une digue pour sécuriser le terrain, reconstituer continuellement la plage ou abandonner complètement le bâtiment.

Les stations balnéaires devraient se situer en retrait des plages et, idéalement, être composées de plusieurs petits bâtiments plutôt que d’un seul gros bâtiment fixe. L’utilisation de matériaux et de techniques qui facilitent les déplacements et les réparations après les tempêtes sont également une bonne idée.

Idée écoresponsable : La loi nicaraguayenne exige que les nouveaux bâtiments soient implantés à 50 mètres de la ligne de marée haute. Cela a incité des hôtels comme Maderas Village à construire des cabanes dans les collines, au milieu des arbres. Pour sa construction, le complexe a utilisé du bois de la région et des feuilles de palmier. Ces mesures permettent une meilleure vue et de meilleures brises pour les clients, une récupération plus rapide après les tempêtes et la préservation de l’écosystème du littoral.

 

RÉDUIRE LES VOLS LONGUE DISTANCE

Pour des vacances à la plage demandant un long voyage en avion, le trajet peut représenter 75 % de l’empreinte carbone totale. Cela signifie que, quelle que soit la durabilité de la station balnéaire du bout du monde où vous vous rendez, l’impact global de votre séjour ne peut pas être respectueux de l’environnement. Pensez plutôt à vous rendre dans une ville balnéaire plus proche de chez vous (peut-être une ville que vous pouvez rejoindre en train ou par d’autres moyens de transport en commun) plutôt qu’aux Maldives ou aux Bahamas, par exemple.

Dans certains pays, des réglementations pourraient bientôt prendre ces décisions pour les voyageur.se.s. En Europe, des pays promulguent déjà des lois pour décourager les voyages en avion. La France a interdit les vols intérieurs pour les trajets pouvant être réalisés en train en deux heures et demie ou moins, et l’Autriche a interdit les vols de moins de 40 euros. Le Royaume-Uni, quant à lui, a envisagé d’interdire les programmes de fidélisation qui récompensent les voyageur.se.s pour les vols longue distance.

Intelligent et durable : Le choix d’une destination plus proche de chez vous peut faire une énorme différence pour l’empreinte carbone de vos vacances. Si vous prenez l’avion, il peut être utile de compenser monétairement votre empreinte de carbone pour le voyage. Si vous essayez d’éviter de prendre l’avion, vous ne serez pas seul.e. En Suède, Le « flight-shaming » changera-t-il nos habitudes de voyager ? | Les Echosle « flight-shaming » (ou la honte de prendre l’avion) est devenu une véritable force sociétale, et le nombre de passager.ère.s dans les aéroports du pays a diminué de 4 % en 2019.

 

ARRÊTER D’IDÉALISER LES PALMIERS

Les palmiers sont des symboles de longue date de la culture de la plage, et sont aussi susceptibles d’être plantés sur les sables de Cancún que le long de la Côte d’Azur française. Les cocotiers ne sont cependant originaires que de certaines parties de la péninsule Malaise et de l’Inde, et ils sont presque inutiles pour la création de rivages durables. Leurs racines, peu profondes, n’aident quasiment pas à freiner l’érosion. Ils n’absorbent pas autant de carbone que d’autres espèces d’arbres, ne fournissent que peu d’ombre et leur entretien nécessite beaucoup d’eau.

Lorsque le cocotier s’est répandu dans les hôtels du monde entier, de nombreuses plantes indigènes ont disparu, et tout particulièrement les mangroves qui bordent de nombreuses plages tropicales, de la Floride à l’Amérique centrale, en passant par l’Afrique du Sud et les îles Fidji. Faire repousser des mangroves offrirait une protection naturelle et efficace aux littoraux.

(À lire : En Floride, l’urgence de surélever le littoral avant que l’eau ne monte.)

Planter dans un but précis : La ville de West Palm Beach, en Floride, exige désormais que des arbres soient plantés dans ses parkings, et que 75 % de ces arbres fournissent de l’ombre : autrement dit, pas de palmiers. Certaines stations ont rejoint ce mouvement. La chaîne Six Senses, par exemple, intègre des mangroves dans l’aménagement paysager de certaines de ses stations balnéaires, notamment en Thaïlande, dans l’espoir de contribuer à redéfinir l’image idéale du front de mer.

 

RENDRE LE TOURISME AUX POPULATIONS LOCALES

Si l’on n’est pas originaire du pays, il est difficile de comprendre à la fois la culture et le paysage d’un littoral. C’est pourquoi, même lorsque les sociétés hôtelières étrangères ont les meilleures intentions du monde, elles ont souvent du mal à comprendre et gérer la situation sur le terrain, et à obtenir l’adhésion de la population locale. Par exemple, si un nouveau programme de protection du littoral interfère avec le travail des pêcheurs locaux sans chercher à comprendre leurs besoins et à les aider à s’adapter, il aura peu de chances d’être efficace. Les populations locales comprennent que ces situations sont complexes ; on devrait donc leur donner la possibilité de contribuer à leur progression.

De plus, le fait de laisser les décisions, la gestion et la propriété du tourisme aux communautés locales permet de garantir que davantage de revenus provenant du tourisme resteront au sein de l’économie locale, plutôt que d’être envoyés vers des entreprises étrangères.

L'île Tioman, en Malaisie, s'est tournée vers le recyclage et vers des méthodes de construction à faible impact pour assurer un tourisme plus durable.

PHOTOGRAPHIE DE Adel Newman, Alamy Stock Photo

Une méthode de recyclage ingénieuse : Sur l’île Tioman, au large de la côte orientale de la Malaisie, le tourisme balnéaire est un moteur de l’économie depuis les années 1990. Mais cette activité avait des conséquences pour les résidents, qui étaient par exemple frustrés aussi bien par les piles croissantes de bouteilles de bière laissées par les touristes que par le manque de sable disponible pour le béton dans les projets de construction. Une ONG locale a trouvé une solution ingénieuse à ces deux problèmes : une petite machine qui prend les bouteilles en verre et les transforme en sable.

 

FUIR LE GREENWASHING

Aucune loi n’empêche les hôtels de se qualifier d’éco-hôtels, même s’ils ne fonctionnent pas de manière écoresponsable. S’il existe des certifications écologiques comme LEED et Clef verte, leurs coûts exorbitants excluent la participation de nombreux petits hôtels. Un marketing habile peut souvent convaincre les clients de la crédibilité environnementale d’un hébergement : c’est ce que l’on appelle du greenwashing. Ne vous laissez pas manipuler par l’image que les entreprises essaient de renvoyer.

Recherchez plutôt de petits établissements plus éloignés de la mer, dans lesquels des personnes de la région sont propriétaires, ou du moins à des postes de direction, qui sont dotés de fenêtres qui s’ouvrent pour réduire le besoin de climatisation, qui interdisent le plastique à usage unique et dont les menus proposent des aliments et des boissons locaux. Certains hôtels responsables fournissent des informations en ligne sur les sources d’électricité et les pratiques de gestion des déchets.

Méfiez-vous des terrains de golf. Ils engloutissent des centaines de milliers de litres d’eau chaque jour, souvent dans des endroits qui souffrent de problèmes d’approvisionnement en eau, et les engrais utilisés pour les garder si verdoyants sont terribles pour les écosystèmes océaniques voisins. En outre, ils éliminent la végétation naturelle et, lors de leur construction, obligent souvent la population locale à se déplacer.

Un modèle à suivre : Dans le somptueux complexe Nihi Sumba, en Indonésie, la plupart des espaces de vie et de repas des clients se trouvent en extérieur, ce qui réduit le besoin de climatisation. Tous les bâtiments sont situés à bonne distance de l’eau, la végétation naturelle reste en grande partie intacte et la population locale occupe un certain nombre de postes de haut niveau. De plus, une nouvelle usine de dessalement et d’embouteillage de l’eau a permis d’éliminer toutes les bouteilles en plastique à usage unique.

(À lire : Les espaces naturels les plus menacés devraient-ils être interdits aux touristes ?)

 

ÉVITER LES DESTINATIONS TROP POPULAIRES

Lorsque le tourisme balnéaire fait son apparition, la plupart des résidents considèrent généralement que les avantages financiers et sociaux l’emportent largement sur les inconvénients. Toutefois, à mesure que le développement s’intensifie et que le contrôle tombe entre les mains de personnes extérieures, le tourisme local peut commencer à être perçu comme une industrie faisant plus de mal que de bien. Dans des destinations comme les Cinque Terre, en Italie, les habitants tentent désormais de réduire le tourisme, après l’avoir vu nuire à la qualité de vie et à la santé de l’environnement dans la région.

Pour prévenir le surdéveloppement et le surtourisme, il est nécessaire de limiter officiellement le nombre de touristes. Les gouvernements locaux peuvent restreindre les nouveaux permis de construire ou interdire toute construction future sur la plage.

En choisissant des destinations moins fréquentées, les voyageur.ses peuvent interrompre le cycle de surdéveloppement. Au lieu de l’île de Santorin, rendez-vous sur une île grecque plus calme comme Folégandros. Contournez le Costa Rica et dirigez-vous plutôt vers le nord, au Nicaragua. Les destinations moins envahies ont également bien plus besoin des revenus provenant des visites que les hauts lieux touristiques.

Le paradis protégé : Les plages immaculées de sable blanc, les formations rocheuses étonnantes et les températures de 25 °C qui règnent toute l’année sur les îles brésiliennes de Fernando de Noronha sont restées intactes grâce au gouvernement local qui a limité le tourisme. Seuls 420 voyageur.ses peuvent atterrir sur les îles chaque jour, et tous les revenus financent les efforts de conservation. Les 3 000 habitants des îles ont vu leur niveau de vie augmenter, sans subir les inconvénients du surtourisme.

Sarah Stodola est une rédactrice spécialisée dans les voyages et la culture, et l'autrice de The Last Resort: A Chronicle of Paradise, Profit, and Peril at the Beach et Process: The Writing Lives of Great Authors. Elle est la fondatrice de Flung, un magazine en ligne consacré à la réflexion critique sur les voyages.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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