La sixième limite planétaire a été franchie. Et maintenant ?
Depuis 2015, en seulement huit ans, nous sommes passés de trois à six limites planétaires franchies. La dernière limite en date à avoir été dépassée est celle de l’eau douce, ressource de plus en plus rare.

Lac Michigan. Une passerelle inondée, à Montrose Beach, près du centre-ville de Chicago. Lors du premier semestre 2019, le niveau du lac a crû de plus de 50 cm après de fortes pluies. Les scientifiques prévoient que les épisodes météo extrêmes deviendront plus fréquents dans la région au cours des prochaines décennies.
Lac Michigan. Une passerelle inondée, à Montrose Beach, près du centre-ville de Chicago. Lors du premier semestre 2019, le niveau du lac a crû de plus de 50 cm après de fortes pluies. Les scientifiques prévoient que les épisodes météo extrêmes deviendront plus fréquents dans la région au cours des prochaines décennies.
Une récente publication scientifique, parue dans la revue Science, apporte une mise à jour inquiétante de notre utilisation des ressources terrestres. En se basant sur les neuf limites planétaires établies en 2009 par Johan Rockström et une équipe internationale de vingt-huit scientifiques, l’étude révèle que l’humanité a franchi une nouvelle étape de l’épuisement et du non-respect des ressources planétaires. La limite planétaire de l’eau douce est aujourd’hui dépassée.
LES LIMITES PLANÉTAIRES EN 2023
Les limites planétaires ont été établies afin de comprendre comment fonctionnent les systèmes de résilience de notre planète, et par la même occasion, d’obtenir une estimation des quantités de ressources naturelles que nous pouvons nous permettre de consommer. « Cela fonctionne un peu comme la tension artérielle », explique Katherine Richardson, professeure d’océanographie biologique et chercheuse à l’Université de Copenhague, également directrice de la récente étude. « Une tension de 120 mm Hg au lieu de 80 mm Hg en temps normal ne mène pas systématiquement à une attaque cardiaque, mais cela en augmente significativement le risque ».
L’établissement de « limites planétaires » contribue à évaluer les constantes « normales » qui permettent à l’ensemble du système Terre de fonctionner harmonieusement, ou au contraire de basculer dans un scénario risqué, voire dangereux. Fixer des limites de production permet également de mieux comprendre comment fonctionne notre planète et les interactions biologiques et géologiques complexes qui ont un effet plus ou moins direct sur l'habitabilité de la Terre.
Le diagramme ci-dessous indique, selon un modèle de « braises ardentes » introduit par le GIEC, si l’on se trouve dans une consommation internationale raisonnable d’une ressource (en vert), ou bien si nous l’avons dépassée, et dans quelles proportions nous l’avons dépassée (jaune : risque modéré | rouge : risque important | violet : risque majeur). Certaines problématiques de dépassement sont irréversibles, notamment l’extinction des espèces.

État actuel des variables de contrôle pour les neuf limites planétaires.
État actuel des variables de contrôle pour les neuf limites planétaires.
Où en sommes-nous en 2023 ? Aujourd’hui, les limites les plus gravement dépassées par les activités humaines ont trait aux nouvelles pollutions chimiques et l’intégrité de la biosphère, soit l’ensemble des interactions de la biodiversité à l'échelle planétaire. Les autres limites dépassées sont relatives au changement climatique, au changement d’usage des sols, ainsi que les perturbations des cycles biogéochimiques. Depuis 2015, en seulement huit ans, nous sommes passés de trois à six limites globales franchies.
La sixième limite à avoir été franchie est celle de l’eau douce, qui tient compte de l’ensemble des systèmes hydriques de la planète, du cycle de l’eau verte, à savoir les eaux contenues dans le substrat forestier par exemple, au cycle de l’eau bleue, les réserves mondiales d’eau douce. C’est en comparant les variations des réserves d’eau douce entre phases sèches et humides, des périodes préindustrielles à nos jours, que les scientifiques sont parvenus à la conclusion que 18 % des eaux bleues et 16 % des eaux vertes subissaient d’importants écarts, dépassant largement une limite fixée à environ 10,5 %.
Cependant, certains dépassements peuvent se résorber dans « la limite de sécurité en vert », comme cela a par exemple été le cas du trou dans la couche d’ozone, très important dans les années 1990, qui a fini par se refermer. « Il est important de comprendre que les limites en elles-mêmes ne sont pas des seuils au-delà desquels il est impossible d’agir », interpelle Katherine Richardson. « Comme lorsque l’on prend sa tension, ou bien sa température », et que le résultat est anormal, il y a généralement des solutions à envisager pour inverser la tendance.
LE RAPPORT HUMAIN AUX RESSOURCES NATURELLES
« À partir du moment où nos ancêtres ont commencé à se sédentariser, ils ont commencé à rejeter les déchets de ce qu’ils produisaient ». Katherine Richardson met en lumière le processus d’évolution de consommation et de dégradation des ressources dans lequel l’être humain est ancré. La disparition du mode de vie nomade et la sédentarisation ont engendré de nouveaux besoins, conduisant à la mise en place de systèmes locaux de production à partir de ressources naturelles. Or depuis l’ère industrielle, l’Homme produit toujours plus, faisant du dyptique production / consommation la ligne directrice de nos existences.

Oman, 1992 : des Bédouins de Hamad Haraiz Harsousi font leur prière du soir dans le désert de Jiddat al-Harasis, célèbre pour ses éparpillements de météorites.
Oman, 1992 : des Bédouins de Hamad Haraiz Harsousi font leur prière du soir dans le désert de Jiddat al-Harasis, célèbre pour ses éparpillements de météorites.

Arabie Saoudite, 1972 : des Bédouins se reposent sous l’ombre d’une tente plantée dans le désert du Néfoud. Les Bédouins constituent le peuple nomade moderne le plus important, comptant plusieurs millions de personnes qui se déplacent en Afrique du Nord, dans la péninsule d’Arabie et au sein du Levant.
Arabie Saoudite, 1972 : des Bédouins se reposent sous l’ombre d’une tente plantée dans le désert du Néfoud. Les Bédouins constituent le peuple nomade moderne le plus important, comptant plusieurs millions de personnes qui se déplacent en Afrique du Nord, dans la péninsule d’Arabie et au sein du Levant.

Algérie, 1973 : des éleveurs de chèvres du peuple Touareg boivent leur thé au camp Hassi Izernene en Algérie. Les Touaregs, issus du peuple Berbère, occupent la région subsaharienne du Sahel. Ils sont souvent artisans ou commerçants. Leur utilisation de la teinture indigo dans leurs tissus traditionnels leur vaut le surnom « d’hommes bleus ».
Algérie, 1973 : des éleveurs de chèvres du peuple Touareg boivent leur thé au camp Hassi Izernene en Algérie. Les Touaregs, issus du peuple Berbère, occupent la région subsaharienne du Sahel. Ils sont souvent artisans ou commerçants. Leur utilisation de la teinture indigo dans leurs tissus traditionnels leur vaut le surnom « d’hommes bleus ».

Sahara, 1990 : un Touareg conduit des dromadaires à travers le sable du Sahara. Il porte le turban traditionnel touareg, aussi appelé tagelmust ou chèche, ainsi qu’une tunique bleu indigo. Les Touaregs sont experts pour s’orienter grâce aux étoiles. La clarté du ciel désertique leur a permis de développer une mythologie riche qui inspire leur vie quotidienne.
Sahara, 1990 : un Touareg conduit des dromadaires à travers le sable du Sahara. Il porte le turban traditionnel touareg, aussi appelé tagelmust ou chèche, ainsi qu’une tunique bleu indigo. Les Touaregs sont experts pour s’orienter grâce aux étoiles. La clarté du ciel désertique leur a permis de développer une mythologie riche qui inspire leur vie quotidienne.

Finlande, 1954 : une famille Sami est assise autour du feu, à l’abri dans un tipi en peau de renne. Les Samis sont des éleveurs de rennes qui peuplent les terres du nord de la Norvège, de la Suède et de la Finlande.
Finlande, 1954 : une famille Sami est assise autour du feu, à l’abri dans un tipi en peau de renne. Les Samis sont des éleveurs de rennes qui peuplent les terres du nord de la Norvège, de la Suède et de la Finlande.

Norvège, 1971 : ce n’est que récemment que les Samis ont adopté un style de vie nomade. Il s’est développé ces derniers siècles. La plupart des Samis aujourd’hui sont semi-nomades, c’est-à-dire que seuls les éleveurs migrent avec leurs rennes tandis que leurs familles occupent des foyers plus permanents.
Norvège, 1971 : ce n’est que récemment que les Samis ont adopté un style de vie nomade. Il s’est développé ces derniers siècles. La plupart des Samis aujourd’hui sont semi-nomades, c’est-à-dire que seuls les éleveurs migrent avec leurs rennes tandis que leurs familles occupent des foyers plus permanents.

Philippines, 1971 : une jeune fille du peuple Ubo parée des bijoux traditionnels sur l’île de Mindanao. Les Ubos font partie du peuple indigène des Lumad, qui comprend une dizaine de tribus différentes. Ils sont généralement des artisans qualifiés ou des chasseurs et de tradition nomade. Toutefois, de nombreux groupes ont été forcés de reprendre un mode de vie sédentaire à cause des conflits autour de la propriété des terres ancestrales.
Philippines, 1971 : une jeune fille du peuple Ubo parée des bijoux traditionnels sur l’île de Mindanao. Les Ubos font partie du peuple indigène des Lumad, qui comprend une dizaine de tribus différentes. Ils sont généralement des artisans qualifiés ou des chasseurs et de tradition nomade. Toutefois, de nombreux groupes ont été forcés de reprendre un mode de vie sédentaire à cause des conflits autour de la propriété des terres ancestrales.

Iran, 1975 : des membres de la tribu Shahsavan se préparent à lever le camp pour grimper dans la montagne. Dans ce qui était autrefois le nord-est de la Perse, ces peuples nomades ont trouvé refuge au milieu des montagnes de Transcaucasie. Ils sont devenus célèbres pour leurs tissages complexes, destinés la plupart du temps à la confection de tapis.
Iran, 1975 : des membres de la tribu Shahsavan se préparent à lever le camp pour grimper dans la montagne. Dans ce qui était autrefois le nord-est de la Perse, ces peuples nomades ont trouvé refuge au milieu des montagnes de Transcaucasie. Ils sont devenus célèbres pour leurs tissages complexes, destinés la plupart du temps à la confection de tapis.

Iran, 1975 : une femme du peuple Shahsavan cache son sourire derrière un voile.
Iran, 1975 : une femme du peuple Shahsavan cache son sourire derrière un voile.

Montana, fin du 19e siècle : des membres de la tribu des Pikunis transportent des langues de buffles sacrées sur un travois. Les peuples des Grandes Plaines étaient des nomades, suivaient les troupeaux de buffles et dépendaient de ces animaux. Ils essayaient d’utiliser toutes les parties de l’animal, que ce soit pour se nourrir, se vêtir, fabriquer des armes ou des outils.
Montana, fin du 19e siècle : des membres de la tribu des Pikunis transportent des langues de buffles sacrées sur un travois. Les peuples des Grandes Plaines étaient des nomades, suivaient les troupeaux de buffles et dépendaient de ces animaux. Ils essayaient d’utiliser toutes les parties de l’animal, que ce soit pour se nourrir, se vêtir, fabriquer des armes ou des outils.

Tibet, 1955 : un nomade tibétain Drokpa fait pivoter un grand moulin à prières le long de la route qui relie Choni à Xincheng. Le terme « Drokpa » signifie « peuple des hautes pâtures ». On les retrouve encore aujourd’hui dans tout le plateau tibétain. Ils se déplacent avec leurs troupeaux de yacks, de pâtures en pâtures. Leur survie dépend de ces animaux. Ils vivent dans des tentes ou des huttes.
Tibet, 1955 : un nomade tibétain Drokpa fait pivoter un grand moulin à prières le long de la route qui relie Choni à Xincheng. Le terme « Drokpa » signifie « peuple des hautes pâtures ». On les retrouve encore aujourd’hui dans tout le plateau tibétain. Ils se déplacent avec leurs troupeaux de yacks, de pâtures en pâtures. Leur survie dépend de ces animaux. Ils vivent dans des tentes ou des huttes.

Angleterre, 1972 : assis devant des roulottes traditionnelles, une famille de voyageurs cuisine autour du feu. Les groupes nomades surnommés « travellers » au Royaume-Uni comprennent les Romanichal, une branche britannique des Roms européens, les Irish Travellers, les Kales et des groupes de voyageurs écossais. Nombre d’entre eux sont des descendants des Roms européens mais d’autres font partie de groupes indépendants avec leurs propres traditions, ascendances et coutumes.
Angleterre, 1972 : assis devant des roulottes traditionnelles, une famille de voyageurs cuisine autour du feu. Les groupes nomades surnommés « travellers » au Royaume-Uni comprennent les Romanichal, une branche britannique des Roms européens, les Irish Travellers, les Kales et des groupes de voyageurs écossais. Nombre d’entre eux sont des descendants des Roms européens mais d’autres font partie de groupes indépendants avec leurs propres traditions, ascendances et coutumes.

Angleterre, 1972 : une femme du voyage âgée jette un œil à travers de la vitre d’une roulotte. Les groupes de voyageurs britanniques sont souvent désignés sous le nom de gitans. Pourtant, au vu de la diversité des ascendances et de l’héritage au sein de cette communauté, de nombreux membres trouvent cette appellation réductrice ou offensante.
Angleterre, 1972 : une femme du voyage âgée jette un œil à travers de la vitre d’une roulotte. Les groupes de voyageurs britanniques sont souvent désignés sous le nom de gitans. Pourtant, au vu de la diversité des ascendances et de l’héritage au sein de cette communauté, de nombreux membres trouvent cette appellation réductrice ou offensante.

Angleterre, 1972 : la foire aux chevaux d’Appleby se tient tous les ans à Appleby-in-Westmoreland dans le comté de Cumbria. Il s’agit d’un regroupement de gens du voyage où sont souvent disputées des courses de roulottes, où l’on peut se faire prédire l’avenir ou encore acheter des objets d’art ou des outils.
Angleterre, 1972 : la foire aux chevaux d’Appleby se tient tous les ans à Appleby-in-Westmoreland dans le comté de Cumbria. Il s’agit d’un regroupement de gens du voyage où sont souvent disputées des courses de roulottes, où l’on peut se faire prédire l’avenir ou encore acheter des objets d’art ou des outils.

Iran, 1961 : une femme Kachkaïs vêtue de sa tenue traditionnelle guide les chèvres vers leurs pâtures d’été. Les Kachkaïs sont un ensemble de tribus turques qui déplacent leurs animaux entre leurs pâtures d’hiver et d’été. Ils vendent également leurs créations traditionnelles, comme des tapis et des vêtements, sur les marchés locaux. Depuis les années 1960, leur style de vie nomade a décliné et la plupart d’entre eux sont aujourd’hui sédentaires.
Iran, 1961 : une femme Kachkaïs vêtue de sa tenue traditionnelle guide les chèvres vers leurs pâtures d’été. Les Kachkaïs sont un ensemble de tribus turques qui déplacent leurs animaux entre leurs pâtures d’hiver et d’été. Ils vendent également leurs créations traditionnelles, comme des tapis et des vêtements, sur les marchés locaux. Depuis les années 1960, leur style de vie nomade a décliné et la plupart d’entre eux sont aujourd’hui sédentaires.

Liban, 1954 : une famille nomade se sert d’un âne en tant que charrette. Les peuples nomades du Moyen-Orient sont notamment composés des Doms, qui partagent sans doute un ancêtre commun en Inde avec les Roms.
Liban, 1954 : une famille nomade se sert d’un âne en tant que charrette. Les peuples nomades du Moyen-Orient sont notamment composés des Doms, qui partagent sans doute un ancêtre commun en Inde avec les Roms.

Palestine, 1926 : le chef d’une tribu nomade bédouine se tient près des ruines de l’ancienne Tibériade.
Palestine, 1926 : le chef d’une tribu nomade bédouine se tient près des ruines de l’ancienne Tibériade.

Chine, 1925 : une femme nomade tibétaine porte son chapeau pointu traditionnel. Le Tibet a longtemps été fermé aux Occidentaux. Lors des premières missions de repérage du mont Everest par des alpinistes britanniques, John Noel s’est déguisé en nomade tibétain pour pouvoir mettre les pieds dans la province.
Chine, 1925 : une femme nomade tibétaine porte son chapeau pointu traditionnel. Le Tibet a longtemps été fermé aux Occidentaux. Lors des premières missions de repérage du mont Everest par des alpinistes britanniques, John Noel s’est déguisé en nomade tibétain pour pouvoir mettre les pieds dans la province.

En 1965, Thomas J. Abercrombie a obtenu ce cliché iconique des Bédouins en Arabie Saoudite. Le terme Bédouin tire ses origines de l’arabe badawī, qui signifie « habitant des campagnes ». Ces peuples nomades vivent en tribu en Afrique du Nord et dans la péninsule d’Arabie.
En 1965, Thomas J. Abercrombie a obtenu ce cliché iconique des Bédouins en Arabie Saoudite. Le terme Bédouin tire ses origines de l’arabe badawī, qui signifie « habitant des campagnes ». Ces peuples nomades vivent en tribu en Afrique du Nord et dans la péninsule d’Arabie.
« Il faut savoir quand trop c’est trop », appuie le Pr. Richardson. « Et pour cela, il faut être conscient de ce que l’on ne veut pas changer ». Si l’on s’intéresse à notre passé, l’espèce humaine dans sa forme biologique actuelle, existe depuis environ 200 000 ans. Mais ce n’est qu’au courant des douze derniers millénaires que les techniques et les civilisations se sont développées. Ce bond en avant coïncide avec une période caractérisée par une stabilisation du climat, avec des températures qui facilitaient la mise en place de l’agriculture. « L’humanité sait qu’elle ne peut prospérer que dans les conditions stables de l’holocène », explique Katherine Richardson. « Il serait insensé de notre part de faire quelque chose qui pourrait nous en éloigner ».
« Nous réalisions [par le passé] qu’il devenait nécessaire d’établir quelques règles, face au constat du développement de maladies en raison de la pollution des eaux par exemple ». Les modifications environnementales induites par les premières activités humaines de production ont été envisagées dans un premier temps, à des échelles locales puis régionales. Avec l’augmentation de la population et l’intensification du secteur agricole mais également industriel, « le changement climatique et la perte de biodiversité, qui, en passant, est tout aussi importante, nous avons pris conscience qu’il fallait que nous envisagions notre relation [avec les ressources planétaires] dans son ensemble ».
LA BIODIVERSITÉ, GARANT D’UN ÉQUILIBRE VITAL
Le processus le plus important dans le maintien de conditions terrestres stables est l’interaction entre la vie et l’énergie solaire, notamment via la photosynthèse. L’équilibre énergétique a un effet direct sur le climat. « C’est cette interaction entre la vie et le climat qui crée les conditions de vie sur Terre ». À chaque fois qu’un élément vient perturber cet équilibre, depuis les débuts de l’histoire de la vie il y a environ quatre milliards d’années, de grands changements climatiques et biologiques se produisent. « Cela a par exemple été le cas quand une météorite a frappé la Terre il y a 63 millions d’années », mettant fin au règne des dinosaures.
« Nous faisons partie d’un système terrestre global » dont nous sommes totalement dépendants, précise Richardson. « Et le système que nous connaissons le mieux, c’est celui de notre corps ». À l'échelle de notre corps, un symptôme peut s’expliquer par une problématique qui se trouve à un tout autre endroit. C’est à peu près le même principe pour la Terre, qui constitue dans sa globalité une sorte de grand organisme vivant. Il ne s’agit donc pas uniquement du climat, mais de comprendre, plus globalement, un ensemble d’interactions. Ce qui, par extension, permet de visualiser la part de modifications que l’être humain impose à la biodiversité, et au climat.




« La biosphère est un système qui se développe depuis plus de 3,5 milliards d’années », interpelle la biologiste. « Vous savez pourquoi il n’y a pas de déchets dans la nature ? C’est parce qu’il y a toujours un organisme pour utiliser ce qu’un autre aura rejeté ». Une sorte d'économie circulaire, basée sur le carbone, « épine dorsale de la vie ». Avant les perturbations humaines de l’ère industrielle, les échanges photosynthétiques des forêts étaient stables. Cette activité est essentielle dans le monde du vivant. « Elle est le carburant qui nourrit la vie » en fournissant des éléments nécessaires comme l’oxygène. Avec les activités de déforestation, l’une des limites largement responsables de la perte de biodiversité, nous avons utilisé « un tiers de la biomasse mondiale ».
Selon Richardson, la gestion politique internationale qui parle davantage de climat que de perte de biodiversité, se cantonne aujourd’hui à des régulations d’émissions de carbone atmosphérique. Or l'enjeu serait de considérer l’état de la biodiversité mondiale aujourd’hui. Ne serait-ce que chez les vertébrés, 68 % des populations ont disparu entre 1970 et 2016. Entre la surchasse, l’appauvrissement des sols par l’agriculture de masse, la construction de ruptures écologiques, ou encore le rejet de plastiques, d’eaux usées, chargées de produits chimiques ou encore de déchets radioactifs, l’ensemble des activités humaines est responsable de cet inquiétant appauvrissement de la biodiversité.
Les neuf limites établies sont des indicateurs. Plus nous les franchissons, moins l’on est sûrs de la gravité des conséquences. « Cela ne peut pas durer éternellement », interpelle Katherine Richardson. Le climat ne peut s’améliorer que si l’ensemble des limites sont prises en compte. Dans le cas de la déforestation, la biologiste rappelle l’urgence de réduire d’au moins 15 % les activités de déboisement, voire de les convertir en reforestation, ce qui permettrait également d’optimiser « la seule technologie dont nous disposions actuellement pour faire face au CO2 atmosphérique » : la photosynthèse.
« La connaissance c’est le pouvoir », reprend Katherine Richardson. Nous disposons aujourd’hui de nombreuses solutions et innovations. Et nous savons vers quoi il est judicieux de nous diriger, aussi bien à échelle individuelle qu’à échelle internationale.
