Día de los Muertos : dix choses à savoir sur la fête des Morts au Mexique

Le Día de los Muertos est connu pour ses couleurs extravagantes et ses déguisements de squelettes, mais la signification de cette fête est bien plus symbolique et ancienne que l'on pourrait le croire.

De Logan Ward
Publication 20 oct. 2022, 18:08 CEST
Day of Dead

À Mexico, celles et ceux qui célèbrent le Día de los Muertos le font en se déguisant en une figure squelettique connue sous le nom de calavera Catrina, le symbole le plus omniprésent de cette fête.

PHOTOGRAPHIE DE Tomas Bravo, Reuters

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le Día de los Muertos, ou le Jour des Morts, n’est pas une version mexicaine d’Halloween.

Bien que liés, ces deux événements annuels diffèrent grandement en termes de traditions et de tonalité. Alors que pour le dernier jour du mois d’octobre, Halloween fait place à la terreur et aux farces, les festivités du Día de los Muertos ont lieu les deux premiers jours de novembre, dans une explosion de couleurs et de joie de vivre. Le thème reste la mort, mais il s’agit de manifester de l’amour et du respect envers les membres de la famille qui ne sont plus parmi nous. Dans les villes et villages du Mexique, les personnes qui participent à cette fête se maquillent et se déguisent, organisent des défilés et des fêtes, chantent et dansent, et font des offrandes aux êtres chers disparus.

Qu'est-ce que le Jour des morts ?
Día de los Muertos, ou "Jour des morts", est une célébration de la vie et de la mort. Cette fête trouve son origine au Mexique mais est célébrée partout en Amérique latine avec des calaveras (des crânes) et des calacas (squelettes) colorés. Découvrez l'origine de cette fête et ce qui la rend vraiment unique.

Les rituels sont riches en significations symboliques, et plus on en sait sur les sens cette fête, plus on peut l’apprécier pour tout ce qu’elle représente. Voici dix choses à savoir sur l’événement annuel le plus coloré du Mexique.

 

1. LA CÉLÉBRATION EST VIEILLE DE MILLIERS D'ANNÉES

Des fleurs et des bougies illuminent une veillée du Día de los Muertos dans un cimetière de Oaxaca, au Mexique.

C’est chez les Aztèques, les Toltèques et d’autres peuples Nahua, pour qui le deuil des morts était un manque de respect, que le « Jour des morts » vit le jour il y a plusieurs milliers d’années. Dans ces cultures préhispaniques, la mort était vue comme une phase naturelle du long continuum de la vie. Ainsi, les morts étaient toujours des membres de la communauté, maintenus en vie par la mémoire et l’esprit, et, à l’occasion du Día de los Muertos, ils revenaient temporairement sur terre.

La célébration moderne du Día de los Muertos est un mélange de rites religieux préhispaniques et de fêtes chrétiennes. Elle a lieu le 1er et le 2 novembre, le jour de la fête de la Toussaint et le jour de la commémoration des fidèles défunts de l’Église catholique, au moment de la récolte du maïs, à l’automne.

 

2. ELLE EST RECONNUE PAR L'UNESCO

Le patrimoine culturel ne concerne pas uniquement les monuments et collections d’artefacts. Selon l’UNESCO, le patrimoine culturel comprend également toutes les traditions, expressions vivantes de la culture, transmises de génération en génération.

En 2008, l’UNESCO a reconnu l’importance du Día de los Muertos en l’ajoutant à sa liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Aujourd’hui, les Mexicains de toutes origines religieuses et ethniques célèbrent le Día de los Muertos, mais cette fête est avant tout une manière de commémorer la vie des peuples natifs.

Vue aérienne du panthéon de San Andres Mixquic dans le cadre des célébrations du Jour des Morts 2021 à Mexico. L'une des fêtes les plus populaires du pays, le Día de los Muertos vise à commémorer les personnes décédées par des offrandes, des réunions de famille et des visites sur leurs tombes.

PHOTOGRAPHIE DE Hector Vivas, Getty Images

 

3. LES AUTELS SONT UNE TRADITION IMPORTANTE…

La pièce maîtresse de la célébration est un autel, ou ofrenda, construit dans les maisons privées et les cimetières. Ces autels ne sont pas destinés au culte, mais à accueillir les esprits qui font leur retour dans le royaume des vivants. Ils sont donc chargés d’offrandes : de l’eau pour étancher la soif après le long voyage, de la nourriture, des photos de famille et une bougie pour chaque parent décédé. Si l’un des esprits est un enfant, on peut y trouver de petits jouets.

Les fleurs qui sont les plus utilisées pour décorer ces autels sont les soucis (calendula officinalis). Dispersés de l’autel aux tombes, les pétales de soucis guident les âmes errantes vers leur lieu de repos. La fumée de l’encens de copal, fabriqué à partir de résine d’arbre, transmet les louanges et les prières, et purifie la zone autour de l’autel.

 

4. … TOUT COMME LES CALAVERAS LITERARIAS

Le terme calavera signifie « crâne », mais à la fin du 18e et au début du 19e siècle, il était utilisé pour décrire de courts poèmes humoristiques, qui étaient souvent des épitaphes sarcastiques publiées dans les journaux afin de se moquer des vivants. Ces calaveras littéraires finirent par devenir un élément populaire des célébrations du Día de los Muertos. Aujourd’hui, cette pratique est encore bien vivante ; ces poèmes satiriques sont encore publiés dans la presse, mais sont aussi lus à haute voix et diffusés dans des émissions de télévision et de radio.

Gauche: Supérieur:

Connue sous le nom de calavera Catrina, cette figure squelettique est un emblème du Día de los Muertos. D'innombrables variantes de la Catrina sont vendues sous de nombreuses formes pendant la fête et tout au long de l'année au Mexique.

Droite: Fond:

Des soucis et des photos de famille décorent un autel du Día de los Muertosà San Miguel de Allende, au Mexique.

PHOTOGRAPHIE DE Corbis Documentary, Getty Images

 

5. … ET LA CALAVERA CATRINA

Au début du 20e siècle, le caricaturiste politique et lithographe mexicain José Guadalupe Posada créa une gravure pour accompagner une calaveras literarias. Posada habilla sa personnification de la mort avec des vêtements français et la baptisa Calavera Garbancera, dans le but de commenter l’imitation de la sophistication européenne par la société mexicaine de son époque. « Todos somos calaveras », une citation que l’on attribue souvent à Posada, signifie « nous sommes tous des squelettes » : sous tous nos oripeaux artificiels, nous sommes tous les mêmes.

En 1947, l’artiste Diego Rivera reprit le squelette stylisé de Posada dans son chef-d’œuvre mural intitulé Sueño de una tarde dominical en la Alameda Central. Le buste squelettique de Posada était habillé d’un grand chapeau féminin ; Rivera en fit un personnage féminin qu’il nomma Catrina, un terme signifiant « les riches » en argot. Aujourd’hui, la calavera Catrina, ou crâne élégant, est le symbole le plus omniprésent du Día de los Muertos.

(À lire : Halloween : entre histoires et mythes.)

 

6. LES FAMILLES OFFRENT DE LA NOURRITURE AUX MORTS

Une femme mixtèque décore une tombe dans un cimetière lors des célébrations du jour des morts, le 2 novembre 2021, à Xalpatláhuac, au Mexique.

PHOTOGRAPHIE DE Jan Sochor, Getty Images

Voyager du monde des esprits vers le monde des vivants, ça donne faim ; c’est du moins la croyance traditionnelle au Mexique. Certaines familles placent donc sur l’autel le repas préféré de l’être cher décédé. Parmi d’autres offrandes courantes, on trouve également :

Le pan de muerto, ou pain des morts, un pain sucré typique souvent agrémenté de graines d’anis et décoré d’os et de crânes faits de pâte. Les os peuvent être disposés en cercle, pour représenter le cycle de la vie. De petites larmes de pâte symbolisent quant à elles le chagrin.

Les crânes en sucre font partie de la tradition de l’art du sucre apportée par les missionnaires italiens du 17e siècle. Pressés dans des moules et décorés de couleurs cristallines, ils sont de toutes tailles et de tous niveaux de complexité.

Le pulque est également utilisé pour célébrer cette fête. Il s’agit d’une boisson fermentée sucrée fabriquée à partir de sève d’agave, d’atole (une fine bouillie chaude à base de farine de maïs à laquelle on ajoute du sucre de canne non raffiné, de la cannelle et de la vanille), et de chocolat chaud.

(À lire : Mexique : les couleurs flamboyantes de la fête des morts.)

 

7. LES COSTUMES FONT PARTIE INTÉGRANTE DE LA FÊTE

Une jeune femme mexicaine, habillée en Catrina avec un masque brodé, se produit lors des célébrations de la fête des morts, le 29 octobre 2021, à Taxco de Alarcón, au Mexique.

PHOTOGRAPHIE DE Jan Sochor, Getty Images

Le Día de los Muertos est une célébration qui occupe les rues et les places publiques à toute heure du jour et de la nuit. Se déguiser en squelette fait partie intégrante du plaisir. Des personnes de tous âges se peignent le visage pour ressembler à des crânes et, tout comme la calavera Catrina, portent des costumes et des robes fantaisistes. De nombreux participants portent également des coquillages ou d’autres objets bruyants pour accentuer l’ambiance de la célébration… mais aussi pour réveiller les morts et les garder près d’eux le temps de la fête.

 

8. LES RUES SONT DÉCORÉES DE PAPEL PICADO

Les papel picado, ou papiers percés, volent dans le vent à San Miguel de Allende, au Mexique. Vous pouvez trouver du papel picado dans tout le Mexique tout au long de l'année, mais tout particulièrement à l'occasion du Día de los Muertos.

PHOTOGRAPHIE DE Raúl Touzon

Vous avez sans doute déjà vu cette magnifique œuvre en papier dans des restaurants mexicains. La traduction littérale de papel picado, papier percé, décrit parfaitement sa fabrication : les artisans empilent du papier de soie coloré en dizaines de couches, puis perforent ces couches avec des marteaux et des pointes de ciseaux. Le papel picado n’est pas utilisé uniquement pendant le Día de los Muertos, mais il joue un rôle important dans cette célébration. Drapé autour des autels et dans les rues, cet art représente le vent et la fragilité de la vie.

(À lire : Día de los Muertos : le bal du papier mâché.)

 

9. LA PARADE DE MEXICO VAUT LE DÉTOUR

Le Día de los Muertos n’a jamais été aussi populaire, au Mexique mais aussi dans le reste du monde. Depuis plus de dix ans, l’organisation culturelle à but non lucratif Mano a Mano: Mexican Culture Without Borders, établie à New York, organise la plus grande célébration de la ville.

Cependant, c’est au Mexique qu’ont lieu les célébrations les plus authentiques. Si vous êtes à Mexico le week-end précédant le Día de los Muertos cette année, ne manquez pas de vous arrêter au grand défilé, où vous pourrez participer à des concerts, des promenades à vélo et d’autres activités organisées dans toute la ville.

Des statues de squelettes décorent la ville de Mexico pour le Día de los Muertos, le 2 novembre 2018.

PHOTOGRAPHIE DE Jair Cabrera, NurPhoto, Getty Images

 

10. TOUTES LES COMMUNAUTÉS NE CÉLÈBRENT PAS DE LA MÊME FAÇON

D’innombrables communautés célèbrent le Jour des Morts au Mexique, mais les styles et les coutumes diffèrent selon les régions, en fonction de la culture préhispanique prédominante. Les quelques endroits suivants se distinguent par leurs célébrations colorées et émouvantes :

Pátzcuaro : L’une des célébrations les plus émouvantes du Día de los Muertos a lieu chaque année à Pátzcuaro, une ville de l’État du Michoacán située à environ 360 kilomètres à l’ouest de Mexico. Les communautés natives de la campagne convergent vers les rives du lac de Pátzcuaro, où ils s’entassent dans des canoës, une seule bougie allumée dans chaque étrave, et pagaient jusqu’à une petite île appelée Janitzio pour une veillée nocturne dans un cimetière indigène.

Mixquic : Dans cette banlieue de Mexico, lorsque les cloches du couvent historique des Augustins sonnent, les membres de la communauté se rendent au cimetière local, bougies et fleurs à la main, et nettoient et décorent les tombes de leurs proches.

Tuxtepec : Cette petite ville du nord-est de l’État de Oaxaca est surtout connue pour ses tapis de sciure de bois. Pendant des jours, les habitants disposent minutieusement de la sciure de bois colorée, des pétales de fleurs, du riz, des aiguilles de pin et d’autres matériaux organiques pour former des motifs élaborés ressemblant à des tapis dans les rues de la ville. Traditionnellement fabriqués pour des processions importantes, les tapis de sciure de Tuxtepec sont jugés lors d’un concours organisé pendant le Día de los Muertos.

Aguascalientes : Située à environ 225 kilomètres au nord de Guadalajara, la ville d’Aguascalientes est le lieu de naissance de José Guadalupe Posadan et étend les célébrations du Día de los Muertos sur près d’une semaine pendant son Festival de Calaveras, ou Festival des crânes. Ce dernier finit en beauté avec une grande parade de crânes le long de l’Avenida Madero.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

Lire la suite

Vous aimerez aussi

Histoire
Norouz : célébrer le printemps et la nouvelle année du calendrier persan
Histoire
Quelles sont les origines de Roch Hachana, la nouvelle année juive ?
Histoire
Mexique : ce sentier de randonnée retrace l’histoire des Mayas
Histoire
Pessa'h, la fête juive qui célèbre la résilience face à l'adversité
Histoire
2022 : les prémices d'une nouvelle Guerre froide ?

Découvrez National Geographic

  • Animaux
  • Environnement
  • Histoire
  • Sciences
  • Voyage® & Adventure
  • Photographie
  • Espace
  • Vidéos

À propos de National Geographic

S'Abonner

  • Magazines
  • Newsletter
  • Livres
  • Disney+

Nous suivre

Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2021 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.