Ulysse explorateur : ce que raconte vraiment L’Odyssée

Après l’effondrement de la société mycénienne, au 12e siècle avant notre ère, les Grecs reprirent la mer pour se mettre en quête de nouvelles terres, et nul n’incarne mieux cette entreprise qu’Ulysse et son voyage mouvementé.

De Óscar Martínez García
Publication 1 juil. 2026, 14:11 CEST
Attaché au mât de son bateau, Ulysse écoute les Sirènes, entourées des os de leurs victimes. ...

Attaché au mât de son bateau, Ulysse écoute les Sirènes, entourées des os de leurs victimes. L’une chante tandis que deux autres jouent de la double flûte et de la lyre sur une fresque qui ornait autrefois le mur d’une villa de Pompéi. 50-75 ap. J.-C. British Museum, Londres.

PHOTOGRAPHIE DE British Museum, Scala, Florence

Attaché au mât de son bateau, Ulysse écoute les Sirènes, entourées des os de leurs victimes. L’une chante tandis que deux autres jouent de la double flûte et de la lyre sur une fresque qui ornait autrefois le mur d’une villa de Pompéi. 50-75 ap. J.-C. British Museum, Londres.

PHOTOGRAPHIE DE British Museum, Scala, Florence

La nuit tombait sur le palais d’Alcinoos, souverain du légendaire royaume insulaire des Phéaciens. Les habitants de l’île s’étaient réunis dans l’atrium et dans la cour de la vaste demeure du roi pour écouter Démodocos, prestigieux aoidos (un aède, c’est-à-dire un poète qui chantait des épopées) à qui une Muse avait offert le don du chant en échange de sa vue. Le généreux roi l’avait fait venir pour divertir les invités d’un banquet donné en l’honneur d’un mystérieux naufragé. Le vieux poète commença à raconter comment, grâce à un stratagème imaginé par le célèbre Ulysse, un petit groupe de guerriers grecs s’étaient cachés à l’intérieur d’un cheval de bois géant et avaient franchi les remparts de Troie après un siège de dix années et comment l’armée achéenne (grecque) avait finalement conquis la cité et passé ses habitants au fil de l’épée.

En écoutant le récit de ce massacre, le naufragé inconnu sentit tout le poids d’une guerre qu’il n’avait que trop bien connue. Parvenant enfin à contenir ses larmes, il se leva et annonça : « Je suis Ulysse. » Puis il entreprit de raconter, avec ses propres mots, le périple mouvementé qui l’avait mené des rives de Troie jusqu’à l’île des Phéaciens, dans une quête sans fin pour regagner son royaume : Ithaque. Son voyage l’avait conduit à travers une mer peuplée de mystérieuses enchanteresses, d’êtres monstrueux aux voix captivantes mais aux intentions homicides, de géants cannibales et d’étranges mangeurs de plantes aux propriétés narcotiques.

 

REMETTRE LES VOILES

À travers des mythes tels que L’Odyssée d’Homère (que la tradition présente comme un vénérable poète aveugle à l’image de Démodocus), les Grecs de l’époque archaïque se familiarisèrent de nouveau avec l’antique mer que leurs ancêtres avaient dominée de manière absolue quatre siècles plus tôt, à l’âge du bronze, à l’apogée de la civilisation mycénienne. Tandis que L’Iliade raconte des événements légendaires remontant à cette époque, L’Odyssée s’inscrit dans un contexte ultérieur de l’histoire grecque, dans un moment où, quelques siècles après l’effondrement de la société mycénienne, au 12e siècle avant notre ère, les Grecs s’aventurèrent finalement de nouveau en mer, se mettant en quête de nouveaux territoires et de contacts commerciaux, sur des navires simplement dotés d’une rudimentaire voile carrée, d’un mât, d’un beaupré et de rames.

En 1870, les fouilles de Heinrich Schliemann sur une colline turque nommée Hisarlik ont prouvé l’existence ...

En 1870, les fouilles de Heinrich Schliemann sur une colline turque nommée Hisarlik ont prouvé l’existence de Troie. Représentation à l’aquarelle de la cité par Jean-Claude Golvin.

PHOTOGRAPHIE DE MUSÉE DÉPARTEMENTAL ARLES ANTIQUE © JEAN-CLAUDE GOLVIN, Éditions Errance

En 1870, les fouilles de Heinrich Schliemann sur une colline turque nommée Hisarlik ont prouvé l’existence de Troie. Représentation à l’aquarelle de la cité par Jean-Claude Golvin.

PHOTOGRAPHIE DE MUSÉE DÉPARTEMENTAL ARLES ANTIQUE © JEAN-CLAUDE GOLVIN, Éditions Errance

Le commerce en mer Égée orientale avait repris graduellement entre les 10e et 8e siècles avant notre ère (période à laquelle L’Odyssée aurait été composée), chose qui se traduisit par une phase d’expansion que l’on appelle la colonisation grecque.

En cette époque d’exploration et de redécouverte de la mer, L'Odyssée devint un guide de conduite dans un univers rempli de dangers et de mystères. Avant qu’il ne devienne le célèbre marin de L’Odyssée, le roi d’Ithaque avait été un redoutable guerrier et avait combattu sur le front dans la plaine de Troie. Mais au cours de son long voyage, il se transforma. Le héros de guerre épique et typique devint le héros d’un monde nouveau.

 

ULYSSE LE RUSÉ

Parée d’armures en bronze et montée sur de magnifiques chars, la marée d’hommes que Priam, le vieux roi de Troie, contemplait depuis les remparts de sa ville était aussi impressionnante que terrifiante. Dans cette célèbre scène du chant III de L’Iliade, que l’on appelle la theikhoskopia (la vue depuis le mur), Homère raconte que Priam fit appeler Hélène, ancienne reine de Sparte, dont la fuite avec – ou, selon d’autres versions, l’enlèvement par – son amant, Paris, prince de Troie, avait déclenché la guerre. Il lui demanda de lui dire qui était le plus remarquable des guerriers achéens qui assiégeaient la ville.

Priam observa un personnage qui se démarquait et qui allait « tout comme un bélier, parcourant les rangs de ses hommes », selon le vieillard. « Il m’a tout l’air du mâle à l’épaisse toison en train de passer en revue son grand troupeau de brebis blanches ». Mais Hélène répondit : « Celui-là, c’est le fils de Laërte, l’industrieux Ulysse. Il a grandi dans le pays d’Ithaque et sur son sol rocheux. Il est expert en ruses de tout genre autant qu’en subtils pensers. » (trad. Paul Mazon).

Anténor, sage conseiller de Priam, raconte que lorsque Ulysse, lors d’une ambassade à Troie, se levait pour parler, il « se dressait, il restait là, debout, sans lever les yeux, qu’il gardait fixés à terre ». « Mais à peine avait-il laissé sa grande voix sortir de sa poitrine, avec des mots tombant pareils aux flocons de neige en hiver, aucun mortel alors ne pouvait plus lutter avec Ulysse », poursuit-il. Le roi et son conseiller soulignent la redoutable supériorité de leur adversaire, tant sur le champ de bataille que dans l’expression de son opinion (excellence au combat et dans le conseil étant les qualités qui définissent les grands héros d’Homère). Homère emploie l’adjectif polytropos (« aux mille ruses », « aux mille détours ») pour caractériser Ulysse. Le terme renvoie à sa ruse, donc, mais aussi à sa curiosité et à sa ressource face à l’incertitude.

Dans L’Iliade, Ulysse est maintes et maintes fois impliqué dans des activités exigeant des compétences qui dépassent la simple bravoure : combats de front avec l’ennemi, espionnage et missions diplomatiques. Une nuit, alors que les Achéens s’apprêtent à lancer un raid contre le camp ennemi afin de découvrir les intentions des Troyens, c’est Diomède qui se propose d’entreprendre cette dangereuse mission, à la condition que quelqu’un l’accompagne. Tous les héros proposent alors de venir avec lui, mais il choisit Ulysse : « Du moment que vous m’invitez à choisir, seul, mon camarade, puis-je ne pas songer au divin Ulysse, dont l’âme et le cœur superbe sont prêts avant tous les autres pour tous les travaux […] Avec lui sur mes pas, tous deux nous sortirions d’un braisier ardent, tant il sait, mieux qu’un autre, avoir d’idées. »

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La péninsule d’Assos, à Céphalonie, se trouvait potentiellement dans le royaume d’Ulysse, où la richesse provenait ...

La péninsule d’Assos, à Céphalonie, se trouvait potentiellement dans le royaume d’Ulysse, où la richesse provenait principalement des troupeaux de bétail.

PHOTOGRAPHIE DE OLIMPIO FANTUZ, Fototeca 9x12

La péninsule d’Assos, à Céphalonie, se trouvait potentiellement dans le royaume d’Ulysse, où la richesse provenait principalement des troupeaux de bétail.

PHOTOGRAPHIE DE OLIMPIO FANTUZ, Fototeca 9x12

Ulysse pouvait se battre avec autant de courage que les plus vaillants des chefs de guerre mycéniens. Une coiffe à dents de sanglier, clairement décrite dans L’Iliade comme « un casque travaillé dans le cuir d’un bœuf », et que l’on date de l’époque mycénienne, suggère qu’il appartenait à ce monde. « Il est, à l’intérieur, solidement tendu de multiples courroies […] À l’extérieur, les dents luisantes d’un sanglier aux crocs blancs sont, sur les deux faces, disposées en grand nombre, avec art et savamment. » Des traces d’un passé mycénien trahissant une puissance extraordinaire ont été découvertes sur les îles dont il aurait pu être le roi selon certains chercheurs : Ithaque, Céphalonie et Leucade. Toutefois, Ulysse se distingue des autres dirigeants mycéniens par son aptitude à emprunter des chemins inconnus et à franchir des frontières infranchissables, comme les portes de Troie ou celles du pays des morts lui-même, où il s’entretient avec le devin Tirésias pour découvrir ce qui l’attend dans les royaumes brumeux du futur. C’est l’étape la plus difficile du nostos, son voyage du retour depuis Troie.

Si L’Iliade est dominée par de vieux héros déterminés, constamment en quête de gloire au combat, et dont les armes et la mentalité rappellent le lointain âge du bronze, L’Odyssée place son héros dans un contexte plus proche du public du 8e siècle avant notre ère, qui pouvait voir ses propres événements historiques reflétés dans le voyage en mer et dans la fondation d’un nouveau foyer. Ulysse raconte aux Phéaciens comment, après avoir quitté Troie, sa flotte fut prise dans une tempête qui l’emporta bien loin du monde civilisé. Il atteignit une contrée mystérieuse habitée par les Lotophages, des hommes dépendants d’une substance enivrante qui menaçait de faire oublier à ses compagnons leur mission : rentrer chez eux.

Mais ce n’est qu’un prélude à la grande étape suivante de son voyage. Il atteint ensuite des rivages moins civilisés et plus primitifs que ce qu’un Grec pouvait imaginer : le pays des monstrueux cyclopes, des ogres cannibales à un œil vivant dans une nature généreuse mais ignorant l’agriculture et les lois des hommes. Comme ils n’ont pas de bateaux, les cyclopes n’ont aucun contact avec le monde extérieur et n’ont pas cultivé le devoir sacré de l’hospitalité. En traversant un épais fourré, Ulysse découvre la caverne du cyclope Polyphème, et ses camarades le supplient de fuir sur-le-champ.

Ulysse et ses compagnons sortent discrètement de la caverne, dissimulés sous les béliers que le cyclope ...

Ulysse et ses compagnons sortent discrètement de la caverne, dissimulés sous les béliers que le cyclope y gardait. Huile sur toile, Jacob Joraens, 1635. Musée Pouchkine, Moscou.

PHOTOGRAPHIE DE Bridgeman, ACI

Ulysse et ses compagnons sortent discrètement de la caverne, dissimulés sous les béliers que le cyclope y gardait. Huile sur toile, Jacob Joraens, 1635. Musée Pouchkine, Moscou.

PHOTOGRAPHIE DE Bridgeman, ACI

Cependant, ce dernier, mû par sa curiosité d’explorateur, décide d’attendre le cyclope afin de voir à quoi il ressemble. L’incertitude et la crainte d’un voyageur qui doit se frayer un chemin en territoire inconnu apparaissent clairement quand Polyphème revient et qu’Ulysse l’appelle à lui offrir l’hospitalité due aux visiteurs. Polyphème a pour toute réaction de dévorer deux marins chaque jour. Ulysse lui propose du vin et met en place un piège : « Cyclope, tu me demandes mon nom illustre. Je te le dirai […] Personne. Mon père et ma mère et tous mes compagnons me nomment Personne. » (trad. Leconte de L’Isle). Profitant du sommeil du cyclope, terrassé par l’ivresse, Ulysse et ses compagnons lui crèvent l’œil. Lorsque les autres cyclopes viennent à son secours, Polyphème ne peut que leur dire que « Personne » l’a aveuglé.

Cette rencontre aurait pu porter des fruits, mais Ulysse n’était encore que le vieux héros épique soucieux de se forger un nom éternel et non le héros capable de faire profil bas quand sa survie est en jeu. Agissant exactement comme le ferait un héros d’épopée ancien, il proclame plus tard fièrement que son nom est « Ulysse, le dévastateur de citadelles ». Polyphème profite de cette information pour presser son père, Poséidon, dieu de la mer, de punir Ulysse.

 

LE TRIOMPHE DE LA RUSE

Les pertes s’accumulent parmi les hommes d’Ulysse à mesure que le voyage se poursuit et que de nouveaux dangers surgissent, jusqu’à ce qu’ils atteignent un nouvel endroit exotique où les éclaireurs envoyés par le héros finissent par perdre leur humanité. Ils se trouvent dans le domaine de Circé, fille d’Hélios, dieu du soleil, qui transforme tous ceux qui atteignent ses rives en bêtes avec sa baguette.

Mais Ulysse, aidé par le dieu Hermès (avec lequel il a en commun l’épithète polytropos), parvient à soumettre la magicienne, qui lui livre d’elle-même les clés de la réussite de son voyage : elle lui indique le chemin du pays des morts, étape essentielle de son retour, et lui donne des conseils cruciaux pour lutter contre le chant captivant et trompeur des Sirènes.

Avec leur chant envoûtant, les Sirènes, des oiseaux à visage de femme, attirent les marins vers leurs rivages, où ils font naufrage avant d’être dévorés. Mais Circé conseille à Ulysse de boucher les oreilles de ses compagnons avec de la cire, tandis que lui, attaché au mât de son bateau, pourra s’émerveiller des belles histoires qu’elles racontent et dont il est possible qu’il soit lui-même l’un des protagonistes.

Sur cette pélikè du 5e siècle av. J.-C., Circé change l’un des compagnons d’Ulysse en cochon ...

Sur cette pélikè du 5e siècle av. J.-C., Circé change l’un des compagnons d’Ulysse en cochon après lui avoir administré une potion magique pour lui faire oublier son ancienne vie.

PHOTOGRAPHIE DE BPK, Scala, Florence

Sur cette pélikè du 5e siècle av. J.-C., Circé change l’un des compagnons d’Ulysse en cochon après lui avoir administré une potion magique pour lui faire oublier son ancienne vie.

PHOTOGRAPHIE DE BPK, Scala, Florence

Le pays des morts est l’étape la plus lointaine du voyage du héros dans l’inconnu. Des ombres apparaissent aux hommes d’Ulysse et ne retrouvent un semblant de vie qu’après avoir bu du sang d’animal sacrifié. Parmi eux figurent de nombreux hommes ayant combattu aux côtés d’Ulysse à Troie, comme Achille, qui reconnaît qu’il préférerait être un « laboureur et servir, pour un salaire, un homme pauvre et pouvant à peine se nourrir, que de commander à tous les morts qui ne le sont plus », ou encore Agamemnon, tué par son épouse et l’amant de celle-ci « comme un bœuf à l’étable ». Les héros de L’Iliade ont ici une fin assez ambigüe, loin des gloires triomphantes et des défaites tragiques de leur passé riche en prouesses. Avec ce renversement des valeurs héroïques, où les épopées aboutissent à des conclusions plus complexes et plus humaines, le nouveau héros doit être capable de revenir de la guerre et de reprendre sa place dans le monde.

C’est dans l’au-delà qu’Ulysse reçoit du devin Tirésias des instructions à suivre pour retrouver le chemin de sa patrie. Il reprend alors la mer pour un voyage tourmenté par les tempêtes et les monstres marins, qui voit la totalité de l’équipage mourir. Ulysse, seul, s’échoue sur l’île de la déesse Calypso. Consumé par la nostalgie de sa patrie, il refuse l’immortalité qu’elle lui offre et reprend la mer sur un radeau construit de ses propres mains. Ce n’est qu’alors, après un nouveau naufrage, qu’il atteint le domaine de l’accueillant Alcinoos.

Alcinoos ouvre à Ulysse la porte de son royaume en lui offrant la main de sa fille, Nausicaa, mais Ulysse décline, car il souhaite retrouver Ithaque et sa femme, Pénélope. Notre héros ne souhaite pas fonder un nouveau royaume et privilégie son nostos, le voyage du retour qui lui donnerait une gloire éternelle.

Transporté par les Phéaciens, Ulysse regagne enfin les rives d’Ithaque. Son ancien royaume, qu’il reconnaît à peine au premier abord, est devenu un territoire hostile, menacé par une clique de courtisans. Après vingt années d’absence, sa demeure est au bord de la ruine, car en effet, une centaine de jeunes aristocrates dilapident sans scrupules la fortune du roi absent et pressent Pénélope d’épouser l’un d’eux et, ainsi, de légitimer l’usurpation du royaume. En faisant de sa propre demeure un champ de bataille, Ulysse récupère sa position sur l’île et rétablit l’ordre en anéantissant les prétendants à son trône.

Mais cela ne suffit pas : il a besoin de l’acceptation de son épouse. Pénélope, qui a fidèlement attendu le retour d’Ulysse, doit reconnaître son véritable mari dans l’homme venu revendiquer le royaume, qui a si souvent dissimulé son identité au cours de son voyage. Bien que la déesse Athéna leur ait rendu à tous deux leur jeunesse, Pénélope ne le reconnaît pas et attend un signe lui prouvant que c’est bien Ulysse qu’elle a devant elle.

Le chien d’Ulysse reconnaît son maître, qui arrive à Ithaque déguisé en mendiant. Sculpture de Pierre-Amédée ...

Le chien d’Ulysse reconnaît son maître, qui arrive à Ithaque déguisé en mendiant. Sculpture de Pierre-Amédée Durand. 1810.

PHOTOGRAPHIE DE Ensba, RMN-Grand Palais

Le chien d’Ulysse reconnaît son maître, qui arrive à Ithaque déguisé en mendiant. Sculpture de Pierre-Amédée Durand. 1810.

PHOTOGRAPHIE DE Ensba, RMN-Grand Palais

À ce moment crucial, le héros polytrope ne semble pas savoir comment résoudre la situation. Puis Pénélope provoque l’étincelle qui va raviver l’esprit plein de ressources de son époux : « Euryclée, étends, hors de la chambre nuptiale, le lit compact qu’Ulysse a construit lui-même », ordonne-t-elle à sa fidèle servante. Sur quoi Ulysse sort de sa rêverie et se révèle : « Ô femme ! quelle triste parole as-tu dite ? Qui donc a déplacé mon lit ? »

Ulysse avait construit son lit nuptial à partir d’un tronc d’olivier, dont les racines étaient encore profondément ancrées dans le sol. Il savait pertinemment que celui-ci ne pouvait être déplacé : « Aucun homme vivant, même plein de jeunesse, n’a pu, à moins qu’un dieu lui soit venu en aide, le transporter, et même le mouvoir aisément. » Pénélope avait désormais le signe qu’elle attendait. Ce n’est qu’au moment où elle accepte l’identité de son mari que le retour du héros est accompli.

Grâce à Ulysse, les Grecs de l’ère archaïque savaient comment se comporter dans un monde qui changeait. Le héros qui adhérait à l’idéal de l’honneur guerrier appartenait désormais au passé. Contrastant avec cette attitude statique, Ulysse représente le voyage, avec ses aubaines et ses risques, et la capacité à s’adapter à un monde en mouvement perpétuel.

 

LES FEMMES DANS L’ODYSSÉE

Même les érudits de l’Antiquité spécialistes des poèmes épiques soulignaient l’importance des femmes dans L’Odyssée. Plus tard, au 18e siècle, on suggéra qu’elle avait été composée pour un public féminin. Au 19e siècle, on postula même qu’une femme l’avait composée, une idée reprise à la fin du 20e siècle. Plus récemment, on a suggéré que Pénélope est la véritable héroïne du poème. Dans un poème dans lequel la ruse est le signe caractéristique du héros, l’intelligence de Pénélope est ce qui permet à Ithaque de rester sûre en l’absence de son roi.

 

CIRCÉ, LA SORCIÈRE

Fille d’Hélios, dieu du soleil, Circé est une sorcière qui transforme les hommes qui approchent de son domaine en bêtes. Cependant, elle est incapable d’envoûter Ulysse, qui a reçu un antidote du dieu Hermès. Le poète Hésiode, dans sa Théogonie (écrite à peu près au même moment que L’Odyssée), affirme que Circé et Ulysse eurent trois enfants : Agrios, Latinus et Télégonos.

Circé sur une peinture à l’huile de John William Waterhouse. 1892. Art Gallery of South Australia, Adélaïde.

Circé sur une peinture à l’huile de John William Waterhouse. 1892. Art Gallery of South Australia, Adélaïde.

PHOTOGRAPHIE DE Fine Art, Album

Circé sur une peinture à l’huile de John William Waterhouse. 1892. Art Gallery of South Australia, Adélaïde.

PHOTOGRAPHIE DE Fine Art, Album

 

LA DÉESSE CALYPSO

Calypso, dont le nom signifie « celle qui scelle », est l’une des dernières rescapées d’une race éteinte. En tant que fille du titan Atlas, elle est une déesse mineure. Elle vivait dans la solitude dans une merveilleuse grotte profonde sur une île perdue. Calypso retient Ulysse naufragé auprès d’elle pendant sept à dix ans (selon les versions), jusqu’à ce que la déesse Athéna (protectrice du héros) ne persuade Zeus de donner l’ordre à Calypso de le libérer

Ulysse avec Calypso. Peinture à l’huile de Pierre Jérôme. 1934. École nationale supérieure des Beaux-Arts, Paris.

Ulysse avec Calypso. Peinture à l’huile de Pierre Jérôme. 1934. École nationale supérieure des Beaux-Arts, Paris.

PHOTOGRAPHIE DE Thierry Ollivier, RMN-Grand Palais

Ulysse avec Calypso. Peinture à l’huile de Pierre Jérôme. 1934. École nationale supérieure des Beaux-Arts, Paris.

PHOTOGRAPHIE DE Thierry Ollivier, RMN-Grand Palais

 

PÉNÉLOPE, PROTECTRICE DE L’OIKOS

Pénélope est décrite comme une femme dotée de qualités physiques et intellectuelles exceptionnelles, capable de maintenir le bon fonctionnement de l’oikos, leur demeure familiale, en trompant les prétendants qui l’assaillent. Elle ne leur dira qui elle a choisi d’épouser que lorsqu’elle aura achevé de tisser le linceul funéraire de son beau-père, Laërte, qu’elle défait secrètement chaque nuit. Pénélope semble comprendre que le mendiant qui vient d’arriver dans le palais est son mari, mais elle garde le silence afin que personne ne le trahisse auprès de ses prétendants, qui le tueraient.

Pénélope défaisant son tissage la nuit. Tapisserie de Dora Wheeler. 1886. Metropolitan Museum of Art, New York.

Pénélope défaisant son tissage la nuit. Tapisserie de Dora Wheeler. 1886. Metropolitan Museum of Art, New York.

PHOTOGRAPHIE DE MMA, RMN-Grand Palais

Pénélope défaisant son tissage la nuit. Tapisserie de Dora Wheeler. 1886. Metropolitan Museum of Art, New York.

PHOTOGRAPHIE DE MMA, RMN-Grand Palais

 

LA PRINCESSE NAUSICAA

Nausicaa, princesse phéacienne, découvre Ulysse alors qu’il vient de faire naufrage. Il apparaît nu devant elle et ses compagnes, qui prennent la fuite de peur. Elle lui donne nourriture et vêtements et tombe amoureuse de lui, mais Ulysse la rejette lorsque ses parents, Alcinoos et Arété, lui offrent sa main.

Nausicaa et l’une de ses domestiques découvrent Ulysse. Détail d’une huile sur toile de Jean Alfred ...

Nausicaa et l’une de ses domestiques découvrent Ulysse. Détail d’une huile sur toile de Jean Alfred Marioton. 1888. Musée d’Orsay, Paris.

PHOTOGRAPHIE DE P. SCHMIDT, RMN-Grand Palais

Nausicaa et l’une de ses domestiques découvrent Ulysse. Détail d’une huile sur toile de Jean Alfred Marioton. 1888. Musée d’Orsay, Paris.

PHOTOGRAPHIE DE P. SCHMIDT, RMN-Grand Palais

Cet article a initialement paru dans le magazine Histoire et Civilisations. S'abonner au magazine

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