Comment percevait-on la Lune avant Apollo et Artemis ?

Depuis la nuit des temps, l'admiration de l'Homme pour la beauté de la Lune forge notre histoire, nos croyances et notre soif de science.

De Liz Kruesi
Publication 9 sept. 2022, 18:04 CEST
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Au lever du jour, un croissant de Lune cède la place au Soleil dans le ciel de Tolar Grande, en Argentine.

PHOTOGRAPHIE DE Keith Ladzinski, Nat Geo Image Collection

Les missions Apollo et Artemis de la NASA reflètent l'éternelle obsession de l'humanité pour le satellite naturel de la Terre. En traversant notre ciel, la Lune se montre sous des jours différents, du disque sombre de la nouvelle Lune à celui entièrement illuminé de la pleine Lune; sans oublier les phases intermédiaires que sont la Lune gibbeuse ou les divers croissants. Depuis des millénaires, ces cycles lunaires sont suivis de près par l'Homme qui les utilise notamment pour marquer le passage du temps.

Un cycle lunaire complet s'étale sur 29,5 jours, soit un mois calendaire environ. D'ailleurs, le terme « mois » dérive directement du mot « Lune ». Même si l'actuel calendrier grégorien s'appuie sur le Soleil, le cycle de la Lune reste profondément ancré dans les diverses religions et cultures à travers le monde, servant de point de repère à une multitude d'événements. Par exemple, la date du Nouvel An chinois est déterminée par le calendrier, sur lequel reposent également les calendriers juif et islamique.

(À lire : Artemis, le programme de la NASA pour ramener l'Homme sur la Lune.)

À Chaco Canyon, au Nouveau-Mexique, un artiste a peint ce croissant de Lune il y a plusieurs siècles.

SATELLITE SACRÉ

Bien entendu, la place dominante de la Lune dans le ciel nocturne influence l'humanité depuis des milliers d'années. Associée à diverses divinités, toutes les civilisations lui ont un jour voué un culte. Souvent, la Lune et le Soleil forment un duo, comme en témoigne la mythologie coréenne, et un genre différent est généralement assigné à chaque astre.

La Lune a joué le rôle de déesse ou de dieu dans différentes croyances à travers les âges. Les plus célèbres étaient des femmes, comme Séléné, adorée par les Grecs durant l'antiquité, qui selon la légende tirait chaque nuit la Lune dans son char à travers le ciel. Les Chinois avaient la déesse Chang'e, dont l'histoire est à l'origine de l'actuelle fête de la mi-automne, ou fête de la Lune, qui célèbre la Lune la plus brillante de l'année. Dans l'Égypte antique, la Lune était une divinité masculine incarnée par les dieux Khonshu and Thoth. Le dieu hindou de la Lune, Chandra (ou Soma), était également associé à la fertilité et aux plantes.

Cette représentation de la Lune a été gravée dans le nord-ouest de la République-Tchèque, vers 1 500 avant notre ère.

L'Homme a érigé des structures, comme les cercles de pierre du Néolithique en Écosse et les pyramides au Mexique, pour rendre hommage à ce globe évanescent qui lui rendait visite chaque soir. Le croissant de Lune et l'étoile constituent un symbole associé à l'Islam et présent sur plusieurs drapeaux , comme celui de la Turquie, de la Lybie et du Pakistan.

À mesure que l'Homme s'est familiarisé avec la science, de surprenantes théories sur l'influence de la Lune ont vu le jour. Beaucoup pensaient que les astres affectaient la personnalité ou la santé ; ils imaginaient par exemple que la Lune était porteuse de fièvre ou de soudaines transformations psychologiques. Ces croyances ont d'ailleurs donné naissance aux termes « lunatique », « lunaire » ou « luné », utilisés pour décrire des humeurs. Vient ensuite le folklore, comme la légende d'un homme se transformant en loup-garou à la lumière de la pleine Lune pour semer le chaos dans les parages. Encore de nos jours, les scientifiques se demandent s'il existe une corrélation entre les cycles lunaires et le comportement de l'Homme et des animaux. Même si, comme tout bon scientifique le sait, corrélation et causalité sont deux choses différentes.

La pyramide de la Lune, une structure précolombienne dédiée aux rituels et aux sacrifices à Teotihuacan, au Mexique.

PREMIÈRES OBSERVATIONS

En 1609, Thomas Harriot a posé son œil à l'extrémité d'un long tube équipé d'une lentille convexe et d'un oculaire concave. Cinq jours après la nouvelle Lune, cette lentille lui a permis de grossir notre satellite et de l'observer comme personne ne l'avait jamais fait jusque-là. Il s'est emparé d'un crayon et a dessiné les reliefs qui s'étalaient devant ses yeux, les lignes façonnées par le Soleil inondant les vallées entre montagnes et cratères. Il a ensuite reproduit les régions plus sombres des champs de lave figés depuis bien longtemps et désormais connus sous le nom de Mare Crisium. L'étude de la Lune a parcouru un long chemin depuis, tant au niveau des outils utilisés que de notre compréhension de la Lune, mais tout a commencé avec cette observation à travers le tout premier télescope.

Le scientifique britannique Thomas Harriot a esquissé les premiers dessins de la Lune observée au télescope le 26 juillet 1609.

Quelques mois plus tard, Galileo Galilei entamait son étude révolutionnaire de notre fidèle compagne. À l'aide de son télescope rudimentaire, il a observé le ballet des ombres à la surface de la Lune durant les 29,5 jours de son cycle. À partir de ces observations, Galilée a compris que la Lune était recouverte de montagnes, de cratères et de vallées ; elle n'était pas lisse comme l'avaient imaginé pendant longtemps les philosophes.

Auparavant, la croyance voulait que l'ensemble du cosmos orbitait autour de la Terre au sein d'une sphère céleste, avec les étoiles figées à la surface des cieux. Les études astronomiques menées par Galilée sur la Lune, les lunes de Jupiter et les phases de Vénus ont condamné à l'oubli cette théorie.

(À lire : Galilée, le physicien devenu astronome de génie)

Ce tableau du 18e siècle représente Galilée expliquant à Leonardo Donato, 90e doge de Venise, et aux membres du Sénat comment utiliser son télescope en 1609.

LE SOUCI DU DÉTAIL

Année après année, les observateurs se sont succédé derrière l'oculaire de télescopes toujours plus aboutis pour établir des cartes de la surface lunaire. Ces observateurs ont donné aux reliefs de la Lune les noms de membres de la famille royale, de scientifiques et de régions ou de paysages terrestres. Certains pensaient que les régions sombres visibles depuis la Terre étaient des étendues d'eau, comme nos mers ou nos océans. Même si nous comprenons aujourd'hui que ce sont des cratères d'impact remplis de lave solidifiée, leur nom initial perdure et nous les appelons encore « mare » et « oceanus ».

James Nasmyth s'est intéressé de près à la Lune avec son télescope à la fin du 19e siècle. Il a créé des dessins qui ont servi de base à ses modèles lunaires en plâtre. 

PHOTOGRAPHIE DE SSPL, Getty Images

Ces premiers observateurs ont souvent reproduit la variété des paysages lunaires sur leurs cartes, même elles manquaient parfois de précision. Sur ce point, Johannes Hevelius a réalisé d'immenses progrès. Il a passé cinq années à perfectionner les représentations de ce que la Lune nous donnait à voir. En 1647, il publie Selenographia, un recueil d'observations lunaires. C'était le premier atlas de la Lune et son impact fut colossal.

Les cartes établies par Hevelius présentaient une autre curiosité : la Lune s'y dévoilait à plus de 180 degrés. Ce phénomène, appelé libration, provient de la relation entre la rotation de la Lune et son orbite légèrement elliptique autour de la Terre. Cette relation nous donne l'impression que la Lune oscille d'avant en arrière, exposant à l'observateur 58 % de sa surface au cours d'une orbite.

Les modèles lunaires de Nasmyth étaient photographiés car cela produisait à l'époque de meilleurs résultats que la photographie lunaire directe. Les clichés ont été utilisés pour illustrer le livre The Moon publié en 1874 par Nasmyth et James Carpenter.

PHOTOGRAPHIE DE SSPL, Getty Images

Les premiers astronomes ont cartographié les montagnes et les crêtes, les cratères et les mers à travers la surface lunaire. Certains ont cru identifier les signes d'une géologie active, comme des volcans en éruption, mais nous savons désormais que ce type de phénomène n'a pas secoué la Lune depuis fort longtemps.

Les observations des reliefs lunaires allaient s'améliorer avec le temps, notamment suite à l'introduction de la photographie au milieu du 19e siècle. En allongeant la durée d'exposition pour capturer les moindres détails de la Lune, les scientifiques ont pu examiner de plus en plus de reliefs, avec une précision toujours plus grande. À ce jour, la cartographie de la Lune reste une discipline scientifique essentielle.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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