Les 10 victoires du monde animal en 2020

Des poursuites judiciaires contre « Tiger King » aux nouvelles mesures de protection des pangolins, tout n’aura pas été noir en 2020.

Publication 8 déc. 2020, 11:57 CET
En novembre, les électeurs du Colorado ont approuvé une mesure de réintroduction des loups gris, chassés ...

En novembre, les électeurs du Colorado ont approuvé une mesure de réintroduction des loups gris, chassés jusqu’à l’extinction dans l’État il y a plus de 50 ans.

Photographie de Ronan Donovan, National Geographic

Personne ne peut nier que 2020 a été une année particulièrement éprouvante. Plus d’un million de personnes dans le monde sont mortes du coronavirus. Les animaux ne s’en sont pas beaucoup mieux sortis. Le gouvernement chinois a fait la promotion de la bile d’ours comme traitement du coronavirus, le braconnage a bondi alors que les confinements liés à la COVID-19 ont mis à l’arrêt l’écotourisme et des animaux en captivité, dont les tigres du zoo du Bronx et des visons de fermes à fourrures au Danemark, ont été testés positifs au virus. Afin de protéger les humains d’une variante de coronavirus découverte chez les visons, le gouvernement danois a ordonné l’abattage des 15 millions d’animaux que compte le pays et qui vivent dans des fermes à fourrure. Ces derniers n’ont cependant pas été enterrés suffisamment en profondeur et des visons « zombies » ont commencé à remontrer à la surface lors de la décomposition de leurs corps.

Mais 2020 aura aussi eu son lot de bonnes nouvelles. Découvrez ci-après les 10 actions qui ont été bénéfiques à la faune sauvage.

 

1. Les animaux sauvages ont profité de certains des changements de modes de vie induits par la pandémie. La transmission du coronavirus à l’Homme sur un marché humide de Wuhan, en Chine, a attiré l’attention sur le commerce mondial d’animaux sauvages et a poussé bon nombre d’entre nous à réfléchir à la manière dont nous interagissons avec la faune. Le gouvernement chinois a ainsi rendu en février dernier une décision qui jette les bases pour une criminalisation de l’utilisation d’animaux sauvages comme denrées alimentaires.

En nous forçant à rester chez nous, la pandémie a permis une reconnexion à la nature. Les sites Internet de scientifiques citoyens, qui encouragent les scientifiques amateurs à observer et signaler ce qu’ils voient autour d’eux, ont connu une légère hausse des saisies de données. Ces informations s’avèrent précieuses pour les projets de conservation. À titre d’exemple, SciStarter, qui oriente des scientifiques citoyens vers des projets de recherche en cours, a constaté une augmentation de 480 % des contributions de données depuis 2019. Ces ressources peuvent être de véritables trésors pour les chercheurs, en particulier ceux qui ont dû mettre en suspens leur travail sur le terrain pendant la pandémie.

En mars et avril, le trafic routier a reculé de 73 % aux États-Unis et les collisions fatales avec les animaux sauvages, comme les cerfs, les élans, les ours et les pumas, ont diminué de jusqu’à 58 %. Fraser Shilling, co-directeur du centre d’écologie routière de l’université de Californie à Davis, a estimé qu’une baisse du trafic de 50 % sur une année éviterait « la mort de 500 millions de vertébrés sur les routes et autoroutes. Ce n’est pas rien pour les animaux sauvages ».

Ces tigreaux et bébés ligre (progénitures d’un lion mâle et d’une femelle tigre) ont été photographiés en 2018 au Tiger Safari de Bhagavan Antle, dit « Doc », à Myrtle Beach en Caroline du Sud. Doc Antle a été condamné pour trafic d’animaux sauvages et cruauté animale un peu plus tôt cette année.

Photographie de Steve Winter, National Geographic

 

2. Aux États-Unis, les propriétaires de zoos privés maltraitants font face à la justice. Cette année a été marquée par une série d’actions en justice, qui met en évidence le manque de réglementations dans l’industrie des tigres en captivité et certains des abus dont ces félins sont victimes dans les zoos de bord de route et comme animaux de compagnie. Début 2020, bien avant le succès de la série documentaire Tiger King (Au Royaume des Fauves en français) de Netflix, Joseph Maldonado-Passage, alias « Joe Exotic », a été condamné à 22 ans de prison pour divers crimes, notamment le complot visant à assassiner Carole Baskin, l’abattage de cinq tigres et la vente illégale de spécimens vers d’autres États américains. D’autres importants propriétaires de zoos qui apparaissent dans la série Netflix, Bhagavan dit « Doc » Antle et Tim Stark ont également connu des démêlés avec la justice. Quant à Jeff Lowe, propriétaire du Greater Wynnewood Exotic Animal Park dans l’Oklahoma qui appartenait autrefois à Joe Exotic, il a perdu sa licence l’autorisant à montrer les animaux au public. Lui et sa femme font également l’objet d’actions en justice et sont soumis à une ordonnance du tribunal qui les empêche de montrer leurs animaux en ligne ou sur les réseaux sociaux. (En savoir plus sur ce qui n’est pas dit dans Tiger King.)

 

3. Les conservateurs noirs ont célébré leur amour pour la faune sauvage lors de la toute première Semaine des ornithologues noirs. Ce mouvement est né d’un incident survenu à Central Park, dans la ville de New York, lorsqu’une femme blanche a appelé la police après qu’un ornithologue noir, Christian Cooper, lui a demandé d’attacher son chien. Quatre jours plus tard, Corina Newsome, étudiante de troisième cycle en biologie, a publié une vidéo sur Twitter, dans laquelle elle déclare : « Depuis bien trop longtemps aux États-Unis, on essaie de faire comprendre aux personnes noires que les activités d’exploration en extérieur comme l’ornithologie ne sont pas pour elles, que ce soit à cause de la manière dont les médias choisissent de présenter qui est une personne "qui aime les activités de plein air" ou à cause du racisme dont font l’objet les personnes noires lorsqu’elles partent explorer la nature, comme cela a été récemment le cas à Central Park. Eh bien, nous avons décidé de changer cela ». La jeune femme a coorganisé la Semaine des ornithologues noirs, cinq jours d’événements virtuels ayant pour visée de donner de la visibilité aux scientifiques et passionnés de nature noirs au sein d’une communauté d’ornithologues majoritairement blancs.

 

4. Le pangolin, mammifère le plus braconné au monde, a bénéficié de deux protections clés en Chine. En juin dernier, Pékin a accordé aux pangolins le plus haut niveau de protection existant en vertu de la loi sur les animaux sauvages du pays. Cette décision interdit presque tout commerce intérieur et toute utilisation de l’espèce. La Chine, qui est l’un des principaux pays consommateurs d’écailles de pangolin, a également retiré l’animal de sa liste officielle des ingrédients approuvés pour la médecine traditionnelle. Ce revirement devrait faire diminuer de façon significative la demande pour cette espèce, selon les organisations de défense des animaux. Même si cette décision présente des lacunes, les parties corporelles du pangolin ne peuvent plus être utilisées comme ingrédients crus. L’année dernière, plus de 128 tonnes d’écailles et de viande de pangolin ont été saisies dans le monde, un record absolu. Malgré l’interdiction mondiale du commerce de ces mammifères à écailles, le marché des parties corporelles de pangolin pour la médecine traditionnelle chinoise et la viande de luxe se porte donc très bien.

Mammifère le plus braconné au monde, le pangolin jouit désormais de protections supplémentaires en vertu de la loi sur les animaux sauvages de la Chine. Le pays est l’un des principaux consommateurs de l’animal, recherché pour ses écailles dans la médecine traditionnelle, ainsi que pour sa viande.

Photographie de Brent Stirton, National Geographic

 

5. Les membres présumés d’un réseau de contrebande de polatouches ont été arrêtés. C’est en Floride que les enquêteurs ont démantelé ce qui serait le plus important réseau de contrebande de polatouches des États-Unis (voire du monde). Plusieurs arrestations ont ainsi eu lieu. Selon les autorités de Floride, des milliers de petits polatouches ont été arrachés à la nature ces dernières années et envoyés à un acheteur sud-coréen, qui les vendrait comme animaux de compagnie. Pour démêler cette affaire, les autorités ont eu recours à des traqueurs GPS, à la triangulation cellulaire et à des informateurs anonymes.

 

6. Un nouvel effort pour lutter contre les espèces invasives. Les États-Unis ont intensifié leurs efforts pour empêcher l’importation illégale d’une des espèces les plus invasives au monde : le crabe chinois. Les autorités ont déclaré avoir saisi près de 15 000 de ces crustacés, considérés comme un mets fin, dans divers ports depuis fin 2019. « Si ces crabes s’échappaient dans la nature et se reproduisaient, les conséquences seraient dramatiques », a confié Eva Lara-Figuero, qui travaille pour l’U.S. Fish and Wildlife Service, à National Geographic un peu plus tôt cette année. Les crustacés pourraient endommager les berges des rivières avec leurs tunnels, menacer la chaîne alimentaire en consommant des espèces endémiques et éventuellement rendre les Hommes malades (ils peuvent transmettre un parasite qui s’attaque aux poumons).

 

7. Une nouvelle page s’écrit pour les éléphants de cirque retraités. En septembre dernier, des conservationnistes ont annoncé que les éléphants retraités qui prenaient part aux spectacles du cirque Ringling Bros. and Barnum & Bailey seront transférés l'année prochaine dans un centre de conservation de 1 000 hectares situé en Floride. Selon la White Oak Conservation, qui a acheté les 35 pachydermes, la nouvelle installation accueillera le plus grand nombre d’éléphants d’Asie de l’hémisphère ouest. « C’est une chance pour nous de leur permettre de redevenir des éléphants, dans un environnement aussi proche que possible de la nature », a souligné Michelle Gadd lors d’un entretien avec National Geographic plus tôt dans l’année. Elle dirige les efforts mondiaux de conservation de la branche philanthropique dédiée aux animaux sauvages de White Oak.

Les éléphants retraités du cirque Ringling Bros. and Barnum & Bailey, ici photographiés lors de leur dernier spectacle en 2016, seront transférés l’année prochaine dans un centre de conservation de plus de 1 000 hectares situé en Floride.

Photographie de Bill Sikes, AP Photo

 

8. Les diables de Tasmanie sont de retour en Australie continentale après des millénaires d’absence. Ces marsupiaux ont disparu du continent il y a 3 000 ans, sans doute à cause des chasseurs indigènes : en décimant la plupart des grands mammifères d’Australie, les Hommes ont aussi supprimé la nourriture des diables, qui se nourrissaient des carcasses de ces animaux morts. Cantonnée à l’État insulaire de la Tasmanie, la population de diables ne comptait plus que 25 000 individus dans les années 1990, alors que l’espèce était victime d’une tumeur faciale contagieuse et mortelle. Un peu plus d’une vingtaine de spécimens ont été relâchés en mars et septembre derniers au sein d’un sanctuaire clos pour la faune sauvage de 400 hectares. Désormais libres, ils s’adaptent à leur terre natale ancestrale. « Ils sont libres. Ils sont là, dehors », a déclaré Tim Faulkner, président de l’organisation de sauvegarde de l’espèce AussieArk, à National Geographic. « Maintenant, c’est aux diables de Tasmanie de jouer ». Charognards, ces marsupiaux jouent un rôle important dans le maintien d’un écosystème sain. Les scientifiques espèrent qu’ils permettront de rétablir l’équilibre des zones où les espèces invasives comme les chats ensauvagés et les renards roux font rage.

Au 19e siècle, les efforts visant à éradiquer le diable de Tasmanie alors considéré comme un nuisible tueur de bétail ont presque porté leurs fruits. En 1941, le gouvernement en a fait une espèce protégée et depuis leur nombre est en constante augmentation.

Photographie de Joel Sartore, National Geographic Photo Ark

 

9. Le trafic d’animaux sauvages ciblé par une rare opération mondiale coordonnée. Entre septembre et octobre 2020, les organes gouvernementaux chargés de la faune sauvage et les forces de l’ordre du monde entier ont saisi des milliers de produits d’animaux sauvages dans le cadre de l’opération Thunder 2020, dont les écailles de 1 700 pangolins et 87 cargaisons de bois. Des animaux vivants ont également été récupérés, notamment une trentaine de chimpanzés et 1 800 reptiles. Coordonnée par Interpol et l’Organisation mondiale des douanes, l’opération annuelle a impliqué plus d’une centaine de pays. Il s’agissait de la quatrième de ce type. De telles actions peuvent renforcer les capacités des pays et s’avèrent essentielles en raison « des nombreux produits de la faune et la flore issus du commerce illégal qui passent entre les mailles du filet ou sont blanchis comme produits légaux avec de fausses autorisations et d’autres documents », confie Rebecca Regnery, directrice principale du service dédié à la faune et la flore chez Humane Society International. Selon elle, lorsque les pays s’associent de la sorte, ils peuvent mieux identifier les délinquants qui récidivent et comparer les documents pour s’assurer de leur validité.

 

10. Les loups gris vont être réintroduits dans le Colorado. En novembre, les électeurs ont approuvé avec une courte majorité une mesure visant à réintroduire les loups gris dans les montagnes Rocheuses du sud. L’espèce y avait été chassée jusqu’à l’extinction dans les années 1940. Aucun État n’avait voté la réintroduction d’un animal dans son écosystème jusqu’alors. Le projet, supervisé par le service du Colorado Parks and Wildlife, débutera en 2022 ou 2023. Selon les biologistes, le Colorado peut accueillir des centaines de loups. Ces derniers contribueront à réduire le surpâturage et l’érosion qui en découle en chassant les cerfs et les élans. En retour, les restes de leurs chasses bénéficieront aux charognards comme les gloutons, les aigles et les ours. « La réintroduction des loups restaurera l’équilibre naturel du Colorado », a déclaré Jonathan Proctor, conservateur pour l’organisation à but non lucratif Defenders of Wildlife, qui a contribué à l’adoption de la mesure. (En savoir plus sur la décision controversée du gouvernement fédéral de retirer les loups gris de la liste des espèces protégées.)

 

Wildlife Watch est un projet d'articles d'investigation commun à la National Geographic Society et à National Geographic Partners. Ce projet s'intéresse à l'exploitation et au trafic illégal d'espèces sauvages. Découvrez les missions à but non lucratif de la National Geographic Society ici. N'hésitez pas à nous envoyer vos conseils et vos idées d'articles ainsi qu'à nous faire part de vos impressions à l'adresse ngwildlife@natgeo.com.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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